‹ Mgr. Joseph-Octave Plessis [microforme]Chapitre 28 sur 44 · TRE TE · texte numérisé non relu

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de Virgile? Dès le temps de ce poëte l’on avait déjà, sans doute, adopté en Italie le genre de culture qui s’y pratique encore.”

‘ Presque partout, dans le Piedmont, on trouve d'espace en espace, sur les bords du chemin, non-seulement des croix plantées, mais de petites chapelles, ou plutôt des colonnes carrées, hautes d'une douzaine de pieds et sur lesquelles sont peintes des images pieuses. Dans les villages, les boutiques ont souvent pour enseignes des peintures de ce genre, appliquées sur le mur: il faut avouer que des yeux catholiques retrouvent avec délectation ces monuments de la piété publique. On sent qu’on approche du centre de la religion.”

Dans la sacristie de l’église métropolitaine de Turin, Mgr. Plessis eut à soutenir un rude assaut, de la curiosité des chanoines. Tous se pressaient autour de l’évêque étranger : les anciens le questionnaient en italien ; les autres écoutaient ses réponses données en latin à une foule de demandes qui supposaient dans ces ecclésiastiques une bien faible connaissance du nouveau monde. Ÿ a-t-il des chrétiens en ce pays ? lui demandait-on.—Les habitants sont-ils noirs ou blancs ?—Ce nègre qui vous suit est-il l’un d’entre eux ?—Y a-t-il longtemps que vous avez laissé l’Europe pour aller demeurer si loin ?—Croyez-vous y retourner ? Turin ne fut pas le seul endroit où il lui fallut subir un semblable

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interrogatoire, qui prètait successivement à rire et à s'impatienter.

Milan, Parme, Bologne, Ancône et Lorette, passèrent tour à tour sous les yeux des voyageurs. A Bologne, le cardinal légat voulut procurer à l’évêque de Québec le plaisir de connaitre un homme dont on commençait alors à parler. C'était l’abbé Mezzofante, devenu depuis célèbre dans tout l'univers comme le linguiste le plus extraordinaire qui ait jamais existé.

Mgr. Plessis en parle avec étonnement dans son journal: ‘ C’est quelque chose d'étonnant” dit-il, ‘“ que la facilité avec laquelle cet ecclésiastique, qui paraît être âgé de quarante ans ou environ, se met dans la tête toites les langues qu’il veut apprendre. Ainsi, il n’a jamais été en France, ni en Angleterre; néanmoins, soit qu’il parle anglais ou français, c’est avec une pureté de langage et une exactitude de prononciation qui feraient croire qu’il a passé la moitié de sa vie dans un de ces deux royaumes, et la moitié dans l’autre!”

L’évêque de Québec exprima plus tard au cardinal légat le plaisir avec lequel il avait vu l’abbé Mezzofante. ‘ Il a beaucoup de mérite,” répondit l’éminence ; ‘‘ malheureusement il est fils d’un menuisier.” Il n’en parut que plus estimable au prélat canadien, accoutumé à mesurer les hommes “ar leur mérite et non par leur naissance !

‘“ mais,” fait-il observer, ‘ en Europe, la

noblesse a une manière différente de voir les choses.”

A Lorette, en parcourant. le trésor de la Santa Casa, où sont déposées les offrandes envoyées de toutes les parties du monde, il fut bien surpris de trouver affichée dans un trumeau la prière suivante, en français et en latin : ‘ Vœu de la nation huronne, envoyé à Laurette pour vupglie la bienheureuse Vierge de procurer la conversion des sauvages de toute la Nouvelle-France, l'an 1673.”

‘“ O Marie, servante de Dieu par excéllence ; comme nous avons appris que toutes les nations qui ont eu, avant nous, le bonheur de se soumettre à votre domaine, vous envoient pour marque de leur reconnaissance, quelque régale de ce qui est le plus estimé parmi elles, nous avons cru que nous étions obligés de les imiter en vous offrant ce que nous avons parmi nous de plus précieux : et comme notre pauvreté ne nous fournit rien qui le soit davantage que notre porcelaine, laquelle est parmi nous ce que sont les perles parini les peuples les plus riches. nous avons tous conspiré ensemble, par un consentement général, de vous en préparer un collier et d’y graver vos propres paroles, qui vous ont élevée à la dignité de Mère de Dieu. Nous désirons que ces caractères de porcelaine tiennent la place de nos cœurs, et qu’ils soient un témoignage immortel de la part que nous

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prenons à toutes vos grandeurs. Souffrez donc, sainte Vierge, que nous vous fassions ce petit présent. Ce sont tous vos sujets de ce nouveau monde qui viennent vous rendre hommage et vous reconnaître pour reine dans la maison où vous ne vouliez être que servante...”

L'’évêque chercha inutilement à se procurer quelque information touchant le collier de porcelaine dont il y est fait mention, maïs il n’en put trouver de vestige.

Ce collier avait été dans le temps envoyé par le P. Chaumonot, fondateur de la mission huronne de N. D. de Lorette ; il en parle dans ces termes : ‘ Je fis donc faire par mes Hurons un beau grand collier de porcelaine : la blanche en composait le fond et la noir en lettres bien formées exprimait ces divines paroles : Ave Maria, gratia plena. Le P. Jésuite, pénitencier des Français, auquel on l'avait adressé, le fit enchâsser dans un cadre doré, avec une inscription qui marquait que la nation huronne, nouvellement convertie à la foi, offrait ce présent à la Mère de Dieu”

ITT

Rome—Le pape et les cardinaux—Bulles de messieurs Lartigue et Provencher—Départ de Rome—Turin—Comte Joseph de Maistre--L'abbé Gazel—Lyon—De Roanne à Orléans—Messas—Paris—M. Mermet—Départ.

Ainsi que la plupart des voyageurs qui arrivent à Rome pour la première fois, l’évêque de Québec fut grandement surpris de la solitude qui règne aux abords de la ville éternelle. ‘ Les approches de cette ville fameuse, ” écrit-1l dans son journal, ‘‘ seront apparemment des vergers, des châteaux, des campagnes cultivées et nt riantes. Ainsi s'amusent dans leur imagi-

AE nation ceux qui n’y sont jamais allés ; net mais ils se trompent. Dans toute cette ll 0 distance, il n’y a pas un arbre, pas un

| || champ tani soit peu soigné, pas même une ie habitation, si ce n’est quelques maisons | LUN éparses, que l’on aperçoit à une très-longue Li] distance, et deux maigres villages. Cette partie du patrimoine de Saint-Pierre est une vraie Thébaïde, triste et ennuyeuse | par son exirème solitude. On croit appro- { cher du bout du monde, plutôt que de la grande cité qui depuis longtemps en est regardé comme le centre. ”

Arrivés à Rome le douze novembre, les deux voyageurs qui devaient y passer trois if mois,se décidèrent à louer des appartements LL dans une maison privée, plutôt que de pie demeurer à l'hôtel où ils étaient descendus.

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Ils en obtinrent de convenables, grâces à la complaisance d’un ami du marquis de Montmorency, qui leur avait remis des lettres de recommandation à Par* …

Sincèrement attaché à la foi et a.” raditions de l’église catholique, Mgr. ?lessis éprouvait un véritable bonheur de 2 trouverau sein de la capitale du monde chrétien, de visiter les lieux consacrés par la présence des saints apôtres Pierre et Paul et de tant de vénérables pontifes, de fouler un sol arrosé du sang de milliers de martyrs. D'un autre côté, après avoir étudié sérieusement les classiques latins comme il l'avait fait, il ne pouvait parcourir sans un vif intérêt les différentes parties du théâtre où s'étaient passés les grands événements de l'histoire romaine.

‘ Rome ” écrivait-il, ‘ n’est pas la plus belle ville du monde, mais elle est assurément la plus curieuse, la plus célèbre, la plus digne de fixer les regards d’un étranger et d’exalter son imagination, par des souvenirs de toute espèce, par les monuments profanes et religieux, anciens et modernes, dont elle est remplie. On se sent élever l’âme, en réfléchissant que l’on marche sur les mêmes places et dans les mêmes rues que foulèrent autrefois les pieds du sage Numa, du sobre Quintus Fabius, des Camille, des Scipion, des Pompée, des Cicéron, des César, des Constantin. Mais ce sentiment acquiert bien une autre énergie,

lorsqu'un chrétien y reconnait les lieux arrosés des sueurs des apôtres et du sang des martyrs ; lorsqu'il voit le chef de l'Eglise catholique régner en souverain et faire régner la vraie religion et toutes les vertus, sur le même trône où tant de scélérats et d’'impies s’assirent autrefois en maitres, et dans la même ville qui fut si longtemps livrée au culte sacrilége de toutes les fausses divinités.”

On aimera sans doute à connaître le jugement que portait un homme si sage, sur le gouvernement pontifical et sur les chefs de l'état; son journal nous fournit à ce sujet les passages suivants.

‘ Considéré sous le rapport politique, le souverain pontife a une autorité sans bornes. Sa volonté fait loi; mais il s’en faut bien que ce despotisme tende à molester le peuple. Au contraire, il est avoué que le gouvernement de l’état ecclésiastique est le plus doux et le plus paternel qui existe au monde. S'il y avait quelque chose à lui reprocher, ce serait moins un abus d’autorité qu'un défaut d'énergie. .

‘ Des écrivains mal intentionués, les uns protestants, les autres mauvais catholiques, se sont beaucoup récriés sur le luxe des cardinaux et les ont donnés comme tout occupés de vanité et menant une vie oisive et délicieuse. Rien de plus calomnieux que ces imputations. Les cardinaux sont généralement des personnages qui ne sont

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conduits à cette dignité que par leur piété, leur savoir et les services qu'ils ont rendus à l'Eglise, dans des situations moins importantes. Parvenus à la pourpre, ils mènent une vie fort retirée, mangent rarement au dehors et donnent encore plus rarement à manger chez eux. S'ils habitent des palais, s'ils ont des donestiques et des équipages, ils ne font en cela que ce que font les ambassadeurs étrangers, les princes et les nobles de l’état pontifical, qui tous leur sont inférieurs en dignité. Car chacun des cardinaux peut parvenir au souverain pontificat, et ils sont réellement à la cour de Rome ce que sont les princes du sang dans les autres cours. D’après cette observation, on ‘a pas droit de trouver mauvais qu'ils garuent un certain décorum ; on a plutôt à s’édifier de leur modestie et de l'emploi que font de leurs revenus ceux d’entre eux qui sont riches par eux-mêmes ; les autres, réduits au traitement de cinq mille scudis par an, qui leur est alloué par le pape, n’ont pas le moyen de faire grande figure, quand on leur en supposeraît l’inclination. Mais ils sont plus remarquables par leur régularité et leur piété, que par ce prétendu luxe qui leur est attribué par la malveillance de ceux qui veulent que tout soit mauvais dans la cour de Rome, et par lignorance d’autres qui, ne l’ayant pas vue, sont les dupes de ces calomnies”

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