CHAPITRE X
Révoltes au Tonkin et en Cochinchine. — Martyre de M. Marchand. — Confession royale. — Un nouvel édit de persécution (janvier i836). — Retord forme ses chrétiens à la bataille. — Les Exceptions. — La tactique des faibles qui veulent être forts. — Un prêtre indigène sous l'autel, en prison, en liberté. — Dans la tombe. — Des fleurs sur une tombe. — Appel aux braves.
L faut une soupape de sûreté à toutes les machines pour laisser un libre essor à la vapeur -, il en faut une à la machine gouvernementale pour donner un libre jeu aux aspirations du peuple. Minh-Mang ignorait cet élémentaire principe d'administration. Il pressurait ses sujets avec une impitoyable dureté.
La compression amena l'éclatement, c'est-à-dire des révoltes. La guerre civile désola les provinces septentrionales du Tonkin où les partisans de l'antique dynastie des Le s'agitaient, voulant faire remonter cette famille sur le trône ; les tribus laotiennes se soulevèrent le long des frontières occidentales. Les deux rébellions furent comprimées et leurs chefs mis à mort. Une troisième révolte plus sérieuse se déclara en Basse Cochinchine.
Le Tonkin et la Cochinchine ont été politiquement
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séparés en fait, mais non en droit, pendant plusieurs siècles. Par les victoires qu'il remporta , grâce aux Français, Gia-long réunit de nouveau dans une seule main le gouvernement de ces deux pays. Minh-Mang hérita du royaume qu'avait gouverné son père, aussi tous les événements qui, pendant son règne, ébranlèrent la Gochinchine, eurent leur contre-coup au Tonkin.
Une infamie royale fut la cause de cette troisième rébellion. Minh-Mang outragea la mémoire de l'ancien vice-roi de Saigon, un des plus vaillants capitaines de Gia-long et le défenseur des missionnaires. Pour se venger de l'opposition qu'il lui avait faite lors de l'arrestation des prêtres européens, le souverain ordonna de mettre sa tombe à la cangue et de la battre de cent coups de verges, peine odieuse dans un pays où le respect des morts est porté si loin.
Les officiers du vice-roi prirent les armes pour venger l'injure faite à leur maître. La révolte s'étendit rapidement, et la Basse Gochinchine tomba au pouvoir de Khôi le chef des rebelles, qui prit le titrede Nguyên-Soai, généralissime des armées.
Khôi était païen et n'avait aucune intention de se convertir au catholicisme : mais, par politique, il prit le contrepied de la conduite de Minh-Mang. Il offrit sa protection aux catholiques, il voulut même avoir un missionnaire près de lui, fit enlever M. Marchand de sa paroisse, et l'enferma dans la citadelle de Saïgon qui bientôt fut assiégée.
Le roi avait envoyé ses meilleures troupes pour prendre cette ville, quartier général des rebelles. Le siège dura deux ans et demi. Enfin le 8 septembre i835, l'armée royale entra victorieuse dans les forts. Marchand fut emmené à Hué, capitale de l'Annam.