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CHAPITRE XIII

Un évêque missionnaire. — Sa cabane épiscopale. — Les lettres de Mgr Retord. — Situation du Tonkin catholique. — Un apostolat païen par les Maîtres d'école. — Grégoire XVI exhorte les martyrs. — Lettre de Mgr Retord au P. Khoan. — En route pour Macao. — Coupons la tête à ces scélérats. — Consécration épiscopale à Manille.

lERRE Retord devenait évêque missionnaire, c'està-dire chef spirituel et conquérant; chef, il va commander aux prêtres, hier ses égaux, à tous les fidèles du vicariat apostolique qui maintenant forme sa paroisse, juger de haut la situation, prendre des mesures générales, traiter avec la Congrégation de la Propagande, avec le Séminaire de Paris; conquérant, il organisera la résistance et la victoire, il lancera ses missionnaires sur les points les plus menacés ou les plus faciles à emporter, il écrira les travaux, les combats, les triomphes de ceux qui sont sous ses ordres.

Les évêques du Tonkin occidental avaientdepuis plus de cent ans pour gardes fidèles, les générations successives de la paroisse de Vinh-tri, appelée aussi Ke-vinh. C'était un village de quelques centaines de vieux chrétiens situé

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en plein Delta, sur les bords du canal qui joint deux points du Lach-day, et par là atteint le Fleuve Rouge, non loin de modestes arroyos remontant au nord ou descendant vers le sud. Les maisons en terre durcie au soleil, recouvertes de feuilles, s'y groupaient en désordre, séparées par des ruelles étroites ou par des petites cours ornées d'arbres rabougris et convulsionnés, à la façon chinoise.

A l'extrémité du village, le grand séminaire que rien ne distinguait delà demeure des particuliers, abritait une cinquantaine de théologiens, l'évêque, ses catéchistes et les missionnaires de passage.

Le palais épiscopal était pauvre, « une petite cabane près de laquelle il y a un souterrain pour que j'y descende, si les mandarins viennent à ma poursuite, deux catéchistes pour m'aider à répondre aux lettres qu'on m'écrit en français, en latin, en annamite, en chinois, point de cathédrale, point de chanoines, point de secrétaires comme les évêques de France, un grand vicaire qui est très loin, perdu dans les montagnes, tels sont ma résidence et mon personnel. »

De ce réduit, Mgr Retord gouvernera la mission, envoyant des conseils et des encouragements, recevant toutes les mauvaises nouvelles; car le lot du chef, comme celui du paratonnerre, est de recevoir la foudre pour briser son élan, et en ce temps-là il n'y avait guère de bonnes nouvelles, les meilleures étaient le salut d'un catéchiste ou d'un missionnaire par le don de quelques barres d'argent, le martyre de chrétiens courageux. L'évêque consignera ces faits dans de longues lettres adressées en Europe et qui relatent très en détail l'histoire de la Mission du Tonkin occidental, souvent aussi une partie de celle du Tonkin oriental.

Une des premières racontera le triomphe du prêtre Jac-

ques Nam (i) et de deux chrétiens Antoine Mi, d'autres parleront de la mala-

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die de Minh-Mang dont il est tenté « de souhaiter la mort s'il ne se convertit pas ».

Quelques-unes donneront le récit des punitionsdes persécuteurs.

Dieu est patient parce qu'il est éternel, mais sa patience accompagne la justice et parfois elle venge immédiatement ses injures.

Au iv^ siècle de l'Eglise, Lactance écrivit un livre intitulé : La mort des persécuteurs ; un lettré annamite pourrait ajouter un chapitre à cet ouvrage.

Entre temps, l'évêque annonce sa nomination épiscopale à ses parents, paysans de Renaison , qui certes vont s'étonner : <'. Quoi donc, mon frère qui autrefois travaillait la vigne et labourait les champs, le voilà évêque ? — Eh oui, mon bon ami, mais il t'aime autant et toute la famille. » Puis il reprend sa plume d'administrateur pour tracer à la Propagande le tableau de son vicariat.

Ces lettres longues et assez fréquentes, ne présentent nulle part

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