CHAPITRE XIV
L'Angleterre en Chine. — Une ambassade annamite à Paris. — Retour de Mgr Retord au Tonkin. — Arrestation de MM. Galy et Berneux. — « Je prendrai sa place au ciel. » — Sacre de Mgr Hermozilla. — Arrestation de M. Charrier. — Cangue et mitre. — Sacre de Mgr Gauthier.
L y a des mères qui admirent même les de'fauts de leurs enfants, des négociants qui soutiennent les méchefsde leurs employés. L'Angleterre ressemble-t-elle aux mères ou aux négociants ? Aux deux sans doute, car partout elle défend les intérêts de ses marchands qui sont ses fils.
En 1840, les Anglais de Canton étaient en querelle avec le vice-roi, le Chinois Lin; ils voulaient vendre leur opium en toute liberté, Lin refusait, arguant de ce que semblable marchandise empoisonnait le peuple. L'Angleterre ne répondit pas à l'objection, elle décida simple-
ment que si la Chine n'était pas plus e'quitable, elle lui déclarerait la guerre.
Les amiraux bloquèrent la rivière de Canton, le fleuve Bleu, la rivière Min et détruisirent les fortifications élevées près de Macao. L'affaire se poursuivit plus tard avec les mêmes procédés.
Mgr Retord, revenu de Manille à Macao, vit arriver VAriel portant les ordres du cabinet britannique et l'escadre commandée par sir Gordon Bremer, il eut occasion de rencontrer l'amiral G. Elliot. Il était évident que des faits graves allaient se passer. Quels seraient-ils? L'Angleterre serait victorieuse... Comment profiterait-elle de sa victoire? Les premiers coups de canon d'une nation protestante briseraient-ils la barrière qui arrêtait l'élan du catholicisme? Et la France, absente maintenant, paraîtrait-elle à son tour? Le Tonkin ressentirait-il le contre-coup de ces événements? Telles étaient les questions que se posait le nouvel évêque et qu'il terminait par ces mots : « Nous ne pouvons rien savoir, ni rien prévoir, mais peut-être que Dieu tirera quelque bien pour nous de l'ambition et de la cupidité des Anglais. Nous n'avons qu'à attendre en priant la Providence de faire son œuvre pour sa plus grande gloire. »
A trois cents lieues de Macao, un autre homme interrogeait l'avenir avec plus d'anxiété encore, et pour se rassurer, il n'avait pas la foi en Dieu. Minh-Mang connaissait les hostilités de l'Angleterre et de la Chine. Qu'en résulterait-il ? Les barbares osaient attaquer le grand Empereur. — Que machinaient-ils contre le royaume d'Annam et son souverain ?
Comme les malfaiteurs qui se trahissent eux-mêmes pour savoir s'ils sont soupçonnés, Minh-Mang se trahit.
Il envoya en France trois mandarins qui se dirent
chargés de nouer des relations commerciales, en réalité, ils venaient connaître les dispositions de notre pays.
Dès leur arrivée, ils se hâtèrent de publier que les missionnaires étaient bien traités chez eux et que le catholicisme y jouissait d'une liberté complète. Ce mensonge, qu'on ne leur demandait pas, fut promptement contredit avec pièces à l'appui.
Les Directeurs du séminaire des Missions Étrangères adressèrent au maréchal Soult, président du conseil, un mémoire exposant l'état des choses : édits publiés contre la religion, emprisonnements et martyres de missionnaires, arrestations et exils de chrétiens.
Grégoire XVI pria Louis- Philippe d'user de son autorité pour mettre un terme à la persécution.
Plusieurs journaux insistèrent afin que le gouvernement intervînt au nom de la France.
La question que la dernière expédition du Tonkin a fait entrer dans une phase qui n'est peut-être pas la dernière, se posait déjà en 1840. Les choses passées sont ce qu'elles sont et rien ne les changera plus, il n'en est pas de même de leur signification. L'intervention européenne en Orient se développe avec les années, à la lumière de faits nouveaux, au spectacle de conséquences imprévues; plus celles-ci se déroulent nombreuses, interminables, plus se précise le sens de ces événements. C'est pourquoi vouloir dès à présent, prononcer sur les résultats de la présence de l'Europe en Extrême Orient un jugement irréductible, serait affirmer qu'elle a produit tout ce qu'elle pouvait, en bien ou en mal. N'est-ce pas se hasarder beaucoup?
Louis-Philippe ne donna pas audience aux ambassadeurs, se retranchant derrière cette excellente raison, que leur visite ne lui avait pas été officiellement annoncée.
lôO MONSEIGNEUR RETORD
Les ministres les reçurent et essayèrent de leur faire comprendre que les cruautés de Minh-Mang étaient connues, et que tôt au tard elles attireraient sur lui et sur son royaume une éclatante vengeance. En même temps qu'il prononçait ces graves paroles à l'adresse des Annamites, le ministère ordonna aux commandants de nos vaisseaux dans les mers de Chine de protéger nos missionnaires sans cependant engager notre drapeau. C'était une demi-mesure dont on se promettait beaucoup de bien, mais les mesures d'ordre politique ne doivent pas toujours être comme la vertu, entre les extrêmes. Malheureusement il semble que ce soit de tradition dans la politique coloniale française. On dit, sans beaucoup le croire, que Pierre le Grand a laissé un testament dont ses successeurs doivent suivre les prescriptions, peut-être quelque chef de bureau a-t-il laissé quelque testament de ce genre...
Après cet avertissement qu'ils n'étaient pas venus chercher et dont ils comprirent peu l'importance, les ambassadeurs repartirent pourHuê. A la même époque, Mgr Retord voguait vers le Tonkin :
« Ce retour sera périlleux, écrivait-il, et il pourrait bien arriver qu'après avoir reçu la mitre, je reçoive un coup de sabre qui abatte en même temps et la mitre et la tête. »
Avant son départ de Macao, quelqu'un lui avait conseillé un voyage en France, il s'était redressé de toute sa hauteur :
« Sans doute la patrie m'est chère, et je la reverrais avec bonheur, avait-il répondu ; mais faut-il que je laisse périr les deux cent mille chrétiens qui sont dans ma mission, et que l'on voie s'éteindre par ma lâcheté ce flambeau de la foi que d'autres ont allumé avec tant de sueurs et de fatigues ? Est-ce au moment où les lions rugissent
ET LE TONKIN CATHOLIQUE l8l
avec le plus de fureur que le pasteur doit s'éloigner du troupeau? Convient-il à un soldat d'abandonner son poste, parce qu'il voit le glaive e'tinceler à ses yeux? Non, non, dussent toutes les arme'es du tyran être échelonne'es sur ma route, pour me fermer l'entrée du Tonkin, il faut que je réponde à l'ordre qui m'y appelle. Les murs de ma Jérusalem sont tombés ; nouveau Néhémie,il faut que j'aille les relever ou m'ensevelir sous leurs derniers décombres. »
Il avait trois compagnons : deux missionnaires français, Galy (i) et Berneux(2), et un dominicain espagnol, Emmanuel Rivas. Il débarqua les deux premiers sur les côtes de la province de Ninh-Binh, et, s'avançant dans l'intérieur du pays, le 20 janvier 1841 à une heure après minuit, il était à Vinh-tri. A la même heure, dans le palais de la citadelle de Huê, le roi Minh-Mang mourait des suites d'une chute de cheval, à l'âge de cinquante ans, après vingt-un ans de règne.
(( La religion qu'il s'était flatté d'anéantir est encore debout, écrivait Retord, toujours féconde, plus aguerrie, aussi consolée par ses nouvelles conquêtes qu'elle est fière de ses nombreux martyrs. » Les catholiques respirèrent ; même dans la population païenne, il n'y eut pas de regrets. On cita sur le défunt des anecdotes effroyables, pas une seule qui révélât la bonté ou même la bienveillance. Les plus saisissantes étaient celles-ci :
Il assassina son frère, il fit égorger une jeune fille dépositaire d'un secret important, et, pour s'assurer de sa mort,
(i) Jean-Paul Galy, du diocèse de Toulouse, parti de France pour le Tonkin le i5 mai i838, mort à Saigon le i5 octobre 1869, à l'âge de Sg ans.
(2) Siméon-François Berneux, du diocèse du Mans, parti de France pour le Tonkin le i5 janvier 1840, missionnaire au Tonkin et en Mandchourie, évéque de Capsc, vicaire apostolique de la Corée en 1854, décapité pour la foi à Sai-nam-to, près de Séoul, le 8 mars 1866, à l'Age de 52 ans.
l8-2 MONSEIGNEUR RETORD
il se fit apporter sur un plat la langue de sa victime. Un jour, par un caprice sanguinaire, il jeta je ne sais quel objet dans la cage de son tigre favori, et ordonna à un soldat qui se trouvait là d'aller lui chercher cet objet; le malheureux, entre ces deux bêtes fe'roces, espe'ra dans le tigre et ne se trompa point ; plus humain que le tyran, l'animal laissa le soldat entrer et sortir sain et sauf.
Aussi déraisonnable que cruel, il faisait mettre à la cangue et fouetter les navires qui ne marchaient pas bien, les idoles qui ne lui accordaient pas à son gré la pluie ou le beau temps ; il allait jusqu'à faire administrer des médecines aux canons exposés à l'air lorsqu'il les voyait se ternir par l'humidité « parce que, disait-il, ils suent de la peine qu'ils ont eue pendant la guerre aux rebelles ».
Le successeur de Minh-Mang fut son fils Thiêu-Tri, prince faible et irrésolu, affirment les historiens; nous dirions plus volontiers, prévoyant et circonspect. Il laissa ses ministres gouverner sous son nom. Les ministres furent prudents, craignant de perdre leur situation. On trouve de ces ministres-là en Annam, plusieurs de nos contemporains et compatriotes s'en étonnent...
Mgr Retord attendit avec anxiété la conduite que le nouveau souverain tiendrait vis-à-vis des catholiques. S'il imitaitl'ancien, qu'adviendrait-il du christianisme au Tonkin?
Pendant l'absence de l'évêque, des calamités avaient fondu sur la mission, bien des vides s'étaient faits dans les rangs des prêtres indigènes et des catéchistes !
ET LE TONKIN CATHOLIQUE l83
Le P. Khoan avec deux catéchistes, fut de'capiié le 28 avril 1840, le curé de Ha-noi, le P. Loan, le 5 juin. Le 10 juillet, Antoine Nam et Pierre Tu furent étranglés; le 8 novembre, trois prêtres et deux chrétiens (i); d'autres prêtres encore furent mis à mort pendant le mois de décembre, nous ne pouvons les citer tous, pas plus que nous ne pouvons raconter en détail la vie et la mort de ces vaillants, l'honneur du clergé indigène du Tonkin ; qu'il nous soit au moins permis de citer quelques-uns des faits ou des paroles qui ont illustré leur captivité, leur trépas ou leur mémoire.
Lorsque le premier mandarin exhorta le P. Khoan à fouler la croix aux pieds, celui-ci répondit doucement :
« Ce que vous me proposez n'est pas raisonnable. — « Comment ne serait-ce pas raisonnable, puisqu'en le faisant tu conserves ta vie, et qu'en ne le faisant pas tu la perdras ? »
— « Mandarin, ne serait-ce pas pour vous une lâche ingratitude et une honteuse infidélité, si vous abandonniez le roi au moment de la guerre, sous prétexte qu'en combattant pour lui vous vous exposeriez à la mort ? Eh bien ! de même, j'ai reçu les grâces et les bienfaits du Seigneur du ciel depuis ma naissance, et vous voudriez que je l'abandonne au temps de l'épreuve? non, cela n'est pas raisonnable. »
En se rendant au supplice le P. Khoan et ses catéchistes chantaient le Te Deum, qu'ils terminèrent par le Benedicamus Domino, expression suprême de leur amour pour Dieu et de leur allégresse.
Quelque temps après la mort du P. Loan, et sur le
(i) Les PP. Joseph Nghi, Paul Ngan, Martin Thinh, et les chrétiens Martin Tho et J.-B. Con.
conseil de Mgr Retord, un chre'tien devenu aveugle s'adressa au martyr afin d'obtenir la guérison par son intercession, et il fut exaucé (i).
Pendant les interrogatoires simultanés du P. Joseph Nghi et de ses compagnons, la haine inspira au magistrat une de ces pensées que la charité a fait parfois germer dans le cœur des saints, il ordonna aux fidèles de lécher les plaies des prêtres debout dans la cour du prétoire.
Les confesseurs y coururent, ils se prosternèrent devant les ministres de Dieu et collèrent leurs lèvres sur les chairs saignantes.
Beaucoup de chrétiens avaient été emprisonnés, d'autres avaient dû s'acheminer vers la terre d'exil.
Le front du pasteur se courba sous ces cruels soucis de l'heure présente, son cœur s'étreignit dans les plus pénibles angoisses. Dieu seul, il n'y avait vraiment que Dieu qui pût sauver son infortuné vicariat apostolique !... Cependant, encore avait-on quelques mois devant soi, du moins on le croyait, puisque les convenances du deuil imposaient au nouveau roi une sorte de repos officiel. Mais l'incertitude cessa bientôt quand on vit Thieu-Tri « occuper ses loisirs à faire, comme dit Mgr Retord, une collection de missionnaires français et de prêtres indigènes ».
Le i3 avril, en effet, un courrier arriva en toute hâte près de l'évêque, porteur d'une lettre d'un catéchiste annonçant que les deux missionnaires nouvellement débarqués au Tonkin, les PP. Galy etBerneux, avaient été arrêtés.
Ils venaient de célébrer la fête de Pâques dans la chrétienté de Phuc-Nhac. Averti de l'arrivée des mandarins et de leurs satellites, au moment même où ils cernaient le
(i) Ce chrétien s'appelait Thomas Nguyèn van Ha.
village, M. Berneux se réfugia dans le couvent des Amantes de la Croix, se glissa sous une claie de bambous et se blottit dans une corbeille d'oignons. Les soldats furent bientôt sur ses traces; son asile n'était point sûr, aussi, la seule religieuse restée dans la maison, eut-elle recours à un singulier stratagème pour mieux le cacher. « Elle brûlait de la paille au-dessous de mon gîte, écrivit plus tard M. Berneux, et m'enveloppait dans un épais tourbillon de fumée, il lui arriva même dans l'excès de son zèle ou de sa crainte, de me chauffer plus que je n'aurais voulu. » Malgré cette ruse, il fut découvert et conduit devant le mandarin ; M. Galy y était déjà ; il avait été pris couché dans un fossé, caché sous des broussailles. « Voilà un beau jour, dit-il à M. Berneux en l'embrassant. — Oui, répondit celui-ci, c'est bien le jour que le Seigneur a fait; réjouissons-nous. >>
Le grand mandarin de Nam-Dinh avait reçu du roi l'ordre de prendre le dominicain espagnol Hermozilla, il voulait absolument le reconnaître dans le P. Galy. Celui-ci ne le nia pas, mais il dit en français à son compagnon : « Je prendrai sa place au ciel. »
Tous les deux furent conduits à Nam-Dinh d'abord et ensuite à Huê.
Pendant ce temps, Mgr Retord sacrait évêque le P. Hermozilla « car ici, disait-il, il faut se hâter d'imprimer l'onction sur d'autres fronts, quand notre tête est à la veille de tomber sous le fer des bourreaux ». La cérémonie eut lieu le 25 avril 1841, vers une heure du matin, au village de But-son, à quelques lieues de Phu-ly. La forêt était proche, et à la moindre alerte, consécrateur, consacré et assistants s'y seraient jetés.
Temps héroïques que nous admirons , dont nous envierions les saints combats et les brillantes couronnes, si
l86 MONSEIGNEUR RETORD
nous ne savions que la vocation de l'apôtre est de prêcher plutôt que d'être enfermé dans les cachots, que si son sang fait germer des chrétiens, encore cette moisson veut-elle des ouvriers prêts à la recueillir.
Cette année 1841 devait être fatale. Elle n'était pas achevée qu'un vétéran du Tonkin tombait entre les mains des persécuteurs. Après Galy et Berneux, Charrier était arrêté en quittant Bau-nô dans les circonstances suivantes que lui-même a racontées :
« Comme nous passions en vue d'un hameau païen, nous entendons crier :
« Qui va là ?
« Notre patron déconcerté répondit quelques mots en tremblant; aussitôt on battit le tambour et voilà tout le village à notre poursuite, les uns en barque, les autres à pied. Nous nous jetâmes dans le fleuve ; mais bientôt je me sentis harassé de fatigue; je tombai trois ou quatre fois, je croyais ma dernière heure arrivée. Cependant, je m'efforçai de marcher dans l'eau, tantôt jusqu'à la ceinture, tantôt jusqu'au cou, quelquefois aussi, jusque par-dessus la tête; une fois je disparus dans un trou et ce ne fut qu'en frappant fortement du pied contre le fond que je parvins à surnager.
« Après une course aussi pénible, n'ayant plus la force de faire un pas, me voyant poursuivi par plus de cent personnes sans qu'il fût possible de leur échapper, je dis à ceux qui étaient avec moi de faire comme ilspourraient et de
me laisser seul, afin que les païens n'impliquassent aucun néophyte dans mon procès. Ces derniers m'arrêtèrent donc et me conduisirent mouillé de la tête aux pieds à la guérite de leur village. »
Deux jours après, M. Charrier fut transféré au chef-lieu du département.
Comme on l'emmenait, son regard chercha dans la foule et rencontra un chrétien ; aussitôt il lui donna pour l'évêque, son ami, un mot de souvenir et de joyeuse familiarité. « Tu diras à Monseigneur, cria-t-il en riant, que j'aime mieux ma cangue que sa mitre, et ma chaîne que sa crosse. Il n'y a que sa croix qui vaille quelque chose ; mais j'en ai de plus précieuses que la sienne. »
Aux questions des juges, il répondit avec tant de calme, de fermeté et de prudence, que le mandarin général dit au chef de la justice :
« Ses réponses sont adroites, il faudra l'examiner encore. »
Les juges crurent utile pour le second interrogatoire de se faire aider par le bourreau. Le missionnaire reçut nombre de coups de rotin (f que, dit-il, je demandai au Seigneur de compter et qu'il compta si bien pour les adoucir, que je n'éprouvais presque aucune douleur.» Naturellement, il ne donna aucun des renseignements qu'on lui demandait. Les témoins de cette scène murmuraient entre eux : « 11 est intraitable. » Le grand mandarin lui posa alors cette question : (( Si le roi vous pardonne, et vous renvoie en Europe, n'en serez-vous pas bien aise ? — Non, au contraire, répondit le confesseur de la foi, je reviendrai à la première occasion, prêcher de nouveau la religion aux Annamites. » ' Le courageux prêtre devait tenir parole.
Il subit également le supplice des tenailles, sa vaillance
lOO MONSEIGNEUR RETORD
n'en fut point abattue. Selon ses vœux, Dieu lui mit dans les veines du sang des martyrs lyonnais.
Aussitôt que Mgr Retord avait appris la nouvelle de l'arrestation de son compatriote, il avait chargé deux catéchistes de lui porter dix barres d'argent pour ses plus pressants besoins, avec une lettre d'encouragement et de consolation.
Les envoyés parvinrent jusqu'au captif, eurent la joie de l'entretenir longuement et rapportèrent à l'évêque deux lettres qui racontaient les glorieuses souffrances du héros de la foi.
Le 20 octobre, Charrier fut tiré de sa cage et enfermé dans la prison des condamnés à mort « bâtiment immense^ habité par quarante-trois prisonniers, tous assassins, voleurs, brigands ou rebelles ».
On le traita avec honneur et ce n'est pas le moindre sujet d'étonnement de ceux qui ignorent l'Annam de voir les relations qui s'établirent entre un condamné à mort, ses gardiens et ses juges.
Le mandarin chargé des prisons le visita, il le fit asseoir près de lui, il lui donna des sandales, lui offrit le thé; bien plus, il invita M. Charrier chez lui, lui fit partager son goûter et permit à tous les chrétiens de venir le voir.
Notre formalisme occidental est bien loin et les mémoires de nos prisonniers doivent contenir peu de récits semblables.
Charrier croyait, espérait être bientôt conduit au supplice, mais un ordre du roi l'appela à Huê ; il retrouva à la capitale des magistrats qui lui posèrent les mêmes questions, auxquels il fit des réponses identiques, également récompensées par des coups de verge.
fjp«**"!lf!*3!i^