‹ Mgr. Retord et le Tonkin catholiqueChapitre 23 sur 54 · M. CHARRIER · texte numérisé non relu

M. CHARRIER

ET LE TONKIN CATHOLIQUE igi

Mais il n'était plus seul à souffrir, il avait pour compagnons de captivité Galy et Berneux, pris avant lui.

Tous les trois furent enfermés dans le cachot où était mort M. Delamotte le 3 octobre 1840 (1).

Deux missionnaires de Cochinchine, Miche (2) et Duclos (3), arrêtés en allant évangéliser les sauvages, habitant les montagnes de l'ouest, partagèrent leur sort en 1842. A aucune époque, les espions annamites n'avaient eu la main aussi heureuse.

Tous les cinq furent condamnés à mort, mais avec sursis, ce qui équivalait ordinairement à la prison perpétuelle.

« Tout mon regret est de n'être pas de leur nombre, écrivait Retord, que la sainte volonté de Dieu soit faite ! Mourir d'un coup de sabre pour monter au ciel tout droit est une chose que j'aimerais beaucoup, cependant si le bon Dieu veut que je vive pour travailler à sa vigne, je le veux aussi bien volontiers. »

C'était la parole de saint Martin. On la retrouve sur les lèvres de tous ceux qui aiment les rudes labeurs, mais qui préfèrent à tout le repos en la Providence, sachant que c'est une façon très commode et très douce de se reposer.

Mgr Retord n'avait plus avec lui que cinq missionnaires, Jeantet, Masson, Simonin, Gauthier et Taillandier.

Lui-même pouvait être arrêté d'une heure à l'autre, il ne

(i) Gilles-Joseph-Louis Delamotte, du diocèse de Coutances, agrégé à celui du Mans, parti de France le 4 novembre i83o, missionnaire en Cochinchine.

(2) Jean-Claude Miche, du diocèse de Saint-Dié, parti de France le 27 février i836, missionnaire en Cochinchine, vicaire apostolique du Cambodge en i852, vicaire apostolique de la Cochinchine occidentale en 1864, mort à Saigon le i" décembre 1873, à l'âge de 69 ans.

(3) Pierre-Irénée Duclos, du diocèse de Bayeux, parti de France le 12 juin 1837, missionnaire en Cochinchine, deux fois prisonnier pour Jésus-Christ, mort dans les cachots de Saigon le 17 juillet 1846.

voulut pas que la mission demeurât sans évêque, il choisit M. Gauthier pour coadjuteur et le sacra le 6 février

Les contraires s'attirent. Est-ce pour cette raison que Mgr Retord avait élu ce coadjuteur? On eût pu le croire. Dans les deuxévêques, sans doute il y avait le zèle, l'amour des âmes, le désir du bien, mais que de contrastes dans les hommes !

Froid, méthodique, plutôt pessimiste que facile à l'espérance, écrivant peu, concentrant ses idées dans quelques mots ou dans quelques lignes, tel était Mgr Gauthier.

Et Mgr Retord ardent, plein d'espoir même au plus fort de la tempête, d'une initiative qui ne redoutait pas les complications, souple jusque dans ses hardiesses, toujours prêt à prendre la parole ou à laisser courir la plume, et pourtant dans son exubérance, plus résistant encore que son coadjuteur dans sa fermeté un peu rigide.

Cette consécration achevée, les missionnaires se dispersèrent de nouveau avec ce mot d'ordre : « Travaillez en silence, voyons ce que décidera Thieu-Tri et comment se conduiront les mandarins. »

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BAIE DE TOURANE

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