CHAPITRE XX
Administration générale. — Statistique. — Finances. — Division du Tonkin occidental. — Hiérarchie. — L'action de la grâce. — Combat des Français à Tourane. — La tête des missionnaires mise à prix. — Le désir du martyre et le devoir. — Nouveaux travaux.
''administration des sacrements, la visite des paroisses, le renouvellement de la vie chrétienne, ne sont pas tout le travail d'un évêque vicaire apostolique. Bien d'autres questions s'imposent à son attention, plus hautes par certains côtés, parfois très délicates et influant sur la direction générale de la mission. Elles étaient traitées dans les mandements que Mgr Retord adressait à ses prêtres à intervalles irréguliers et assez rapprochés.
Ces mandements sont rédigés en langue annamite dans un style souple et doux. Le P. de Rhodes, qui évangélisa le Tonkin au commencement du xvii^ siècle, comparait le langage des Annamites à un gazouillement d'oiseaux; en lisant les mandements de Retord, on se souvient instinctivement de cette comparaison; les mots glissent sans difficultés, sans heurts, s'appelant pour ainsi dire les uns les autres.
Toutes les mesures de gouvernement et d'administration s'échelonnent dans ces lettres officielles : divisions de districts, formations de paroisses, réglementation de mariages, marche et précautions à prendre dans la rédaction des procès-verbaux des martyrs, exhortations à baptiser les enfants de païens à l'article de la mort, encouragements pressants à convertir les adultes, rappels à l'ordre pour l'envoi des comptes annuels, résumé des principaux événements du vicariat.
C'est dans l'un de ces mandements, lancé après son expédition au Lac-thô et dans la province de Thanh-hoa, que Mgr Retord publia un des grands faits de son administration : la division de la mission du Tonkin occidental.
Il mettait en pratique la maxime politique « diviser pour régner », mais il lui donnait la signification qu'elle a rarement eue et qu'elle devrait avoir toujours : Diviser pour régner mieux. Les avantages de la division des vicariats apostoliques ont été souvent énumérés : la proximité de l'évêque, la précision du commandement qui s'exerce rarement bien à de grandes distances, la multiplication des centres d'action, l'augmentation des ressources.
Le vicariat du Tonkin occidental, s'étendant des frontières de Chine à celles de Cochinchine, lui avait paru trop vaste pour qu'il pût être régi par un seul chef, surtout depuis l'accroissement du nombre des chrétiens.
En 1846, dans l'état qu'il adressait à la Propagande, il présentait cette statistique, le meilleur des arguments, parce qu'il est le plus irréfutable et le plus court :
Evêques 2
Missionnaires 7
Prêtres indigènes g3
Séminaristes 323
Mgr GAUTHIER, VICAIRE APOSTOLIQUE DU TONKIN