CHAPITRE XXVIII
Vingt-cinq ans d'apostolat. — Sentence de naort. — Tristesses et joies. — Un portrait idéal. — La France en Annam. — M. de Montigny. — Retraite. — Insuccès de son ambassade. — Mgr Pellerin. — Regrets de Mgr Retord. — Le dernier bulletin de victoire.
i856. — Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis que Retord a quitté la France. Il pourrait célébrer ses noces d'argent avec le Tonkin. Le moment hélas ! n'est pas aux fêtes.
L'édit de Tu-Duc a jeté l'épouvante dans le cœur des catholiques, et si l'Evêque n'avait, malgré son âge et ses fatigues, repris son bâton de voyageur et d'apôtre pour ranimer les courages, l'effroi eût entraîné bien des malheureux loin de leur demeure, à la recherche d'un asile dans les forêts ou dans les montagnes.
Mais le chef avait paru, il avait parlé, calme et fort comme aux beaux jours, et l'anxiété avait fait place à la tranquillité, tranquillité de proscrits cependant, pour qui le moindre bruit est un signal d'alarme.
Le danger, en effet, était toujours grand.
Deux prêtres indigènes, le P. Huong et le P. Tru (i), étaient en prison avec des catéchistes et des chrétiens, attendant leur sentence. Elle fut rendue au mois de juin : les prêtres furent condamnés à mort, les autres captifs à l'exil. « Ces jugements causent tout d'abord quelque tristesse, écrivait Retord, mais cette tristesse s'apaise bientôt, pour faire place à la joie qu'inspirent les saints combats et les glorieux triomphes des confesseurs et des martyrs, alors on entonne à l'envi le cantique d'espérance : Quand combatt7^ai-je dans V arène...? Comme les matelots, qui oublient toutes les alarmes de la tempête, dès que le ciel est redevenu serein, les missionnaires oublient aussi toutes les épreuves passées, aussitôt que la paix semble un peu se rétablir, et reprennent gaîment le train ordinaire de leur apostolat. »
Avant de s'élancer de nouveau sur le champ de bataille, les ouvriers apostoliques s'étaient agenouillés sur le parvis de l'autel.
Au mois de juin, les évêques et les prêtres français s'étaient réunis à Vinh-tri pour y faire leur retraite, c'està-dire pour se recueillir, s'examiner, se renouveler: « ainsi nous remontons notre machine spirituelle, disait Retord, et nous nous retrempons dans l'esprit de notre belle vocation. »
Excepté M. Néron, tous les missionnaires du vicariat du Tonkin occidental étaient présents : Jeantet, le vénérable coadjuteur, qui avait amené ses théologiens recevoir les ordres sacrés, Castex et Titaud, que la mort marquait pour les enlever bientôt, Theurel,Vénard, le martyr dont on a dit, afin de caractériser le charme et la grâce de ses lettres,
(i) Ce dernier du Tonkin central.
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« qu'il était né avec un bouton de rose sur les lèvres et un oiseau pour chanter à son oreille », Charbonnier et Mathevon, dont l'un devait mourir évêque et l'autre lépreux.
Ce fut en contemplant ces vaillants , qui bravaient gaiement tous les périls, que Mgr Retord traça le portrait de l'apôtre, tel qu'il le concevait. Le tableau, fait de main de maître, atteint l'idéal :
« Un bon et vrai missionnaire. Ce mot dit toutà ceux qui savent de combien de qualités et de sublimes vertus doit être doué un apôtre : constance inébranlable, fermeté invincible, humilité profonde, pureté exemplaire, patience à toute épreuve, détachement absolu de tout ce qui est terrestre, abnégation entière de soi-même et de sa propre volonté, résignation totale à la volonté divine, tendre amour pour la croix et les souffrances, haine implacable pour toutes les joies illicites de la chair et du monde, simplicité d'enfant, ardeur du jeune homme, expérience de l'âge mûr, prudence de la vieillesse, douceur angélique, caractère égal dans toutes les circonstances de la vie, foi robuste, accompagnée d'un parfait repos d'esprit dans les vérités révélées, espérance sans ombre de découragement, même lorsque tout paraît perdu, charité sans bornes, avec un cœur d'or et vaste comme l'univers, amour divin par-dessus tout, avec une âme de feu, dont la flamme rayonne sur la terre et s'élève jusqu'aux cieux, tels sont les principaux attributs d'un bon et vrai missionnaire. »
C'est un idéal, nous le disions et Retord, qui peut-être de tous les missionnaires du Tonkin en approcha le plus près, le pensait aussi, car il ajoutait :
« Ne croj^ez pas que j'aie voulu vous retracer mon image ni que tous mes confrères soient déjà doués des qualités et
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vertus comprises dans ce programme ; certes, ils seraient trop lieureux, s'ils e'taient arrivés au sommet d'une si haute perfection ! mais cela signifie qu'ils se sont enrôlés sous une même bannière, pour tâcher de les acquérir peu à peu avec le secours de la grâce. »
La retraite achevée, les apôtres restèrent quelques jours ensemble. C'était si bon cette réunion de frères autour du père ; on l'eût volontiers prolongée, et d'ailleurs on employait si bien son temps. « Nous étions occupés à lire, à étudier des livres chinois et annamites, et parfois, affirmait l'évêque avec un sourire, à causer savamment de tout ce qui existe sous le soleil. »
Son expérience lui faisait sentir l'utilité de cette vie commune; il l'exprimait ainsi :
« Ces conférences sont très précieuses; on se console, on s'encourage mutuellement; le moral se remonte, le cœur se rafraîchit; chacun s'anime d'un même esprit pour agir avec unité dans un même sens; le bien se fait mieux, les abus se combattent avec plus d'avantage, quand les efforts sont dirigés avec ensemble. Dans ces entretiens, les vétérans rallument leur zèle refroidi à la flamme ardente des nouveaux, et les débutants s'instruisent de la prudence et de l'expérience des anciens; enfin, chacun met en accord les cordes de sa harpe apostolique, pour lui faire rendre des sons et plus harmonieux et plus forts, c'est-à-dire, pour parler sans figure, que chacun s'exerce à devenir de plus en plus un véritable apôtre. »
Bientôt, les missionnaires se dispersèrent de nouveau, « chacun de son côté, comme une poignée de poussière jetée au vent, et c'est là une grande tristesse, parce que l'on pense que peut-être on ne se rencontrera plus jamais en ce monde. »
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Ce pressentiment de l'évêque devait se réaliser. La persécution allait devenir plus violente, sous l'empire d'événements imprévus.
Depuis Mgr Pigneau de Béhaine qui, en 1787, avait appelé la France en Annam, notre pays avait plus d'une fois tourné ses regards vers ces plages lointaines, illustrées par la bravoure de ses soldats et de ses missionnaires.
Des navires français s'étaient présentés pour essayer de renouer avec la cour de Hué des relations politiques ou commerciales, ils avaient été éconduits : Bougainville en 1825, de Kergariou en 1827.
La Restauration n'avait pas demandé raison de ces mauvais procédés.
Louis-Philippe n'était pas porté aux expéditions belliqueuses et n'avait aucun désir d'intervenir par les armes en Cochinchine et au Tonkin. Cependant, l'honneur et l'humanité ne lui permirent pas de laisser, sans réclamations, égorger nos nationaux. Nous avons exposé comment, en 1843, en 1844 et en 1847, "^^ marins ouvrirent aux prêtres français les portes des prisons de Hué.
Les Annamites avaient été épouvantés; mais, lorsqu'ils virent les années se succéder sans autre incident que des coups de canon tirés sur leurs côtes, ils se rassurèrent et leur haine se donna de nouveau libre carrière. Les têtes de Schœffler et de Bonnard étaient tombées sous le glaive, comme autrefois celles de Marchand, de Borie, de Jaccard.
C'était un défi jeté à l'humanité et à la civilisation, c'était surtout une insulte à notre pays. Le gouvernement impérial releva le gant.
En i856, M. de Montigny fut envoyé par l'empereur à Siam, au Cambodge et en Cochinchine, pour négocier avec ces différents Etats des conventions de commerce. Il était autorisé à traiter la question religieuse, et devait exiger pour les missionnaires la sécurité et le droit de vivre en Annam, sans y être traqués comme des bêtes fauves. Evidemment, il n'y avait rien d'exorbitant dans ces réclamations; c'était une simple question d'humanité et d'honneur national; tout pays civilisé en eût fait autant.
La nouvelle de cette ambassade fut accueillie au Tonkin avec enthousiasme. « Une joie incroyable se répandit partout, disait Mgr Retord. Il fallait voir comme nous nous empressions de bâtir les plus brillants châteaux en Espagne au sujet de nos succès et de nos travaux futurs ! Déjà tout ce pays nous apparaissait catholique, avec de jolies églises dans chaque village, avec d'élégants clochers, dont il nous semblait entendre les joyeux carillons. Oh ! que c'était beau ! »
Hélas ! ce ne fut beau qu'en rêve ! Par suite de circonstances indépendantes de la volonté du négociateur qui, pendant une longue carrière, se montra, en Chine et en Annam, l'habile et courageux défenseur des intérêts de la France et de la foi catholique, la mission de M. de Montigny fut malheureuse.
Il devait se présenter sur les côtes d'Annam avec trois navires.
Le 16 septembre i856, le Catinat, parti le premier, parut dans les eaux deTourane; il apportait des lettres et des présents pour le roi de Cochinchine. Mais Tu-Duc avait défendu, sous les peines les plus sévères, d'entrer en relations avec les sauvages d'Europe.
« En effet, écrivait Sa Majesté annamite à ses mandarins,
ces barbares sont très ignorants et très corrompus; ils ne rendent aucun culte à leurs ancêtres; sous le rapport religieux, ils sont semblables à des chiens; pour le courage, ce sont des chèvres; ils courent les mers comme des pirates, e'tablissent leurs repaires dans les îles désertes, ou s'embusquent sur les côtes, et de là fomentent des troubles et des révolutions dans les pays voisins. Ce serait donc pour notre royaume une honte et une calamité si nous les recevions. »
Les mandarins si bien stylés refusèrent avec insulte de se charger des lettres adressées au roi et s'opposèrent au ravitaillement. Le commandant du Catinat^ poussé à bout, canonna les forts de Tourane, et obtint ainsi que ses lettres fussent portées à Hué, et qu'on lui vendît les vivres dont il avait besoin. Puis, comme M. de Montigny n'arrivait pas et que le Catinat ne savait que faire en pays ennemi, il s*en retourna à Hong-Kong.
Ce départ inattendu fut un triomphe pour le roi, qui avait tremblé bien fort malgré ses bravades. Immédiatement il expédia à tous les gouverneurs de province une petite note très peu diplomatique conçue en ces termes :
« Comme on l'avait prévu, les barbares d'Europe sont venus avec un navire à feu jusqu'au fort de la capitale, mais ils sont repartis aussitôt, pour échapper par la fuite au châtiment qu'ils ont trop bien mérité. Il n'y a donc plus à s'inquiéter d'eux. »
Les envoyés de France ignoraient encore que, dans l'Extrême-Orient, il ne faut jamais reculer après s'être avancé, sous peine de se faire mépriser de ces peuples excessivement orgueilleux, toujours prêts à s'imaginer sottement que nous les craignons. C'est la première faute de ce genre que nous fit faire en Annam l'ignorance où nous
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sommes trop généralement des mœurs des nations étrangères avec lesquelles nous avons à traiter; ce ne devait pas être la dernière.
Un mois à peine après le départ si fâcheux du Catinat^ la corvette la Capricieuse arrivait à son tour. On reprit les négociations ; mais comme M. de Montigny était absent, on ne pouvait encore traiter sérieusement. Les Annamites voulurent mettre ces retards à profit; le commandant, M. Collin, fut invité avec ses officiers à un grand festin, chez le mandarin de Tourane ; bien leur prit de n'y pas loucher, les mets étaient empoisonnés.
Cependant, pour gagner du temps, le roi se montra disposé, cette fois, à écouter les propositions du gouvernement français : celui-ci demandait la liberté de commerce, la résidence d'un consul à Hue, le droit d'établir un comptoir à Tourane et la liberté religieuse pour les missionnaires et les chrétiens. Evidemment, de pareilles propositions ne pouvaient aboutir que si elles étaient appuyées par les armes.
Pendant que nous perdions le temps en négociations stériles, le roi concentrait ses meilleures troupes sur Tourane, des batteries s'élevaient de chaque côté de la rivière de Hue, de nouveaux barrages en obstruaient le cours; tout se préparait pour la résistance.
Le vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, Mgr Pellerin, voulut avertir le commandant français de ce qui se passait. Toutes les routes étaient gardées, les postes de douane doublés, le port de Tourane surveillé ; arriver jusqu'au navire était jouer sa tête. L'évêque la joua avec son aventureuse hardiesse.
Dans un lambeau de toile peinte, il se tailla un semblant de pantalon européen, se découpa un gilet, une espèce de
tunique, et se confectionna un soi-disant ke'pi. Il orna le tout de je ne sais quels vieux galons. Un prêtre indigène endossa à peu près le même costume, et voilà nos deux marins de contrebande en route vers la corvette. L'un e'tait censé officier supérieur et portait une longue-vue en guise de fusil de chasse; l'autre suivait en qualité d'ordonnance et n'avait qu'une canne à la main. Ils traversèrent ainsi tous les postes de soldats annamites, qui firent semblant de ne pas les apercevoir. Arrivés en face du navire, ils attirèrent son attention par des signaux, un canot vint à eux et les conduisit à bord.
Grâce aux explications de Mgr Pellerin, le commandant, qui sut désormais ce qu'il fallait espérer de la bonne foi des Annamites, prit ses précautions, mais ne pouvant attendre plus longtemps M. de Montigny qui n'arrivait pas, il se dirigea vers Hong-Kong; la Capricieuse après le Caiiiiat...
Que faisait donc le plénipotentiaire français, que l'on espérait depuis plusieurs mois, et dont l'absence inexplicable compromettait le succès des négociations? Ce long retard ne pouvait lui être imputé. En quittant Siam, un de ces typhons si fréquents à cette époque de l'année, dans les mers de Chine, l'avait forcé de relâcher à Singapour ; de là, il s'était rendu à Bornéo, puis à Manille, d'où il était enfin parti pour la Cochinchine.
Le 23 janvier iSSy, il arrivait en rade de Tourane sur un petit vapeur ; trop tard ! le roi d'Annam, revenu de sa première frayeur, encouragé secrètement par la Chine qui lui
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avait fait dire de tenir bon, avait eu le temps d'organiser la résistance et de se préparer à lutter contre ces barbares d'Occident, qui n'étaient pas, après tout, si redoutables, puisqu'ils ne savaient pas même combiner une expédition, et qu'ils venaient les uns après les autres, au lieu de concentrer leurs forces et de frapper un grand coup. Après quelques essais de négociations, qui demeurèrent sans succès, le plénipotentiaire français, n'ayant ni vaisseaux, ni soldats pour appuyer ses demandes, se vit forcé, à son tour, de quitter Tourane, sans avoir rien fait, et de partir pour Hong-Kong le ii février iSôy.
Mais, avant de s'éloigner, il eut, dans sa générosité chevaleresque, la malheureuse pensée d'écrire à Tu-Duc, pour lui recommander les chrétiens et les missionnaires, le menaçant de la colère de la France, s'il osait encore les mettre à mort. C'était oublier que, dans ces pays, il ne faut jamais menacer, si l'on n'est en mesure d'appuyer aussitôt sa parole d'arguments plus sérieux.
Le départ des vaisseaux français jeta la consternation dans le cœur de tous les catholiques annamites dispersés des frontières de Chine à celles du Cambodge. Chaque expédition précédente avait amené un redoublement de persécution, cette fois il en serait certainement de même.
« Jamais déception ne fut plus navrante pour les chrétiens s'écriait Mgr Retord ! Et nous, il faut bien l'avouer, nous avons éprouvé un indicible serrement de cœur en voyant s'écrouler si vite tout l'édifice dejnos plus chères espérances, enentendant répéter autour de nous desplaintesaccusatrices et des propos extrêmement durs pour nos oreilles françaises « Sont-ce là, disait-on, vos compatriotes si vantés? C'était bien la peine de venir de si loin, s'ils ne voulaient que manger des buffles, aller à la chasse des singes ou se pro-
mener en amateurs sur les rivages de la mer ! Ils sont venus sans que nous les ayons appelés, et ils nous quittent après nous avoir compromis ! Ils ont commencé par une bravade et fini par une lâcheté l » Voilà quelques-unes des paroles qui traduisaient autour de nous le désappointement général. Il est vrai qu'elles étaient injustes : M. de Montigny a fait tout ce qu'on pouvait attendre d'un homme de cœur; son dévouement ne s'est arrêté que devant l'impossible. Mais la conséquence fut de nous laisser sous les griffes du tigre après l'avoir bien irrité contre nous. »
Que devenait l'évangélisation pendant ces alternatives de craintes et d'espérances? Elle était entravée, sans être complètement arrêtée.
Mgr Retcrd a tracé dans une page illuminée de foi et d'enthousiasme les résultats des labeurs de ses prêtres. C'est la dernière fois qu'il nous parle de ces moissons si belles que l'ouvrier offre avec joie au Père de famille. Désormais, il nous ne entretiendra plus que de la moisson san-. glante, broyée avant d'être mûre.
Lisons donc ce dernier bulletin de pacifiques victoires.
« Voici un nouvel essaim de vingt-six mille quatre-vingtseize âmes qui vient s'abriter dans le jardin de l'Eglise : c'est la troupe des baptisés. Elle forme quatre séries distinctes : la première se compose de grandes personnes, d'adultes conquis par le zèle sur le paganisme ; il n'y en a que six cent quarante-deux, au lieu de mille à quinze cents que nous recrutions dans les années précédentes.
« La seconde catégorie embrasse une spécialité d'enfants, dont l'âge varie et s'échelonne entre deux et quatorze ans. Ils sont bien pétulants, bien légers, sans doute ; mais à leurs grands signes de croix et à l'ardeur qu'ils mettent à réciter leurs prières, on voit bien qu'ils sont chrétiens. Oui, ils sont chrétiens, mais leurs parents ne le sont pas ! Ce sont deux cent trente-neuf orphelins que nous avons achetés, instruits, baptisés et placés dans des familles pieuses, pour augmenter d'autant le troupeau de Jésus-Christ.
« Le troisième groupe, beaucoup plus considérable, contient cinq mille huit cent soixante-huit petits enfants, encore à la mamelle. Voyez comme ils sont beaux sur les bras de leurs mères ! Comme elle est blanche et pure, la robe d'innocence dont leur âme est revêtue I Vous avez compris que ce sont là les nouveau-nés de nos chers néophytes.
« Mais c'est surtout le quatrième groupe qui est magnifique : il compte dix-neuf mille trois cent quarante-cinq petits anges, qui de la terre sont montés au ciel par le chemin le plus court, le plus prompt et le plus sûr. Comme ils sont joyeux de se trouver en paradis! Comme ils sont étincelants de lumière ! Comme ils se parent avec bonheur d'une couronne qui ne leur a rien coûté !
« Nésdans lepaganisme, sousl'empirede Satan, ilsétaient entre ses griffes, et les voilà devenus les enfants de Dieu et les cohéritiers du royaume éternel : ceux-là sont des enfants d'infidèles baptisés à l'article de la mort, et qui tous, à l'exception d'un bien petit nombre, ont survécu peu de jours à leur baptême ! »