‹ Mgr. Retord et le Tonkin catholiqueChapitre 8 sur 54 · LE CAP DE BONNE-ESPERANCE · texte numérisé non relu

LE CAP DE BONNE-ESPERANCE

A deux cents pieds au-dessous du sommet, les pentes s'adoucissent et s'abaissent insensiblement. Sur cette inclinaison est bâtie la ville du Cap, entourée d'un sol aride où ne croissent guère que des arbres aux formes grêles et bi-

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zarres réunis en petits groupes, des bruyères éparses, et de petites fleurs blanches, roses et jaunes, plantes souffreteuses, à l'aspect doux et mélancolique, qu'on se prend tout de suite à aimer, comme on aime ces enfants étiolés dont le regard intelligent annonce la précocité.

Après le Cap, le CaîJibacét'ès aborda la petite île Sumba, non loin de Timor. Le commissaire du bord y acheta un bœuf pour trois mouchoirs, deux porcs pour un couteau de six liards, et un enfant de 14 à i5 ans pour un petit poignard. Mais l'enfant résista, pleurant à chaudes larmes : son île sauvage, c'est sa patrie à lui ; et, là-bas, les belles villes et les pays civilisés, c'est l'exil. Le commissaire s'attendrit, et laissa l'enfant.

« Oh ! écrit Retord, la terre natale, tous y sont attachés, les sauvages comme les autres. »

A Manille, les voyageurs furent reçus à merveille dans le couvent des Pères Augustins. La ville plaît au missionnaire, moins par son site enchanteur, ses palais, ses jardins, ses promenades, que par le calme qui y règne. Peut-être a-t-il vu tout en beau, et les Espagnols de Manille ne méritent-ils pas tous les éloges qu'il leur prodigue. Mais il avait quitté la France en i83i, au lendemain de la révolution, et il comparait involontairement l'état social de la capitale des Philippines avec celui de Lyon ou de Paris.

« Jamais on n'entend un mot contre la religion; point de mauvais livre, point de café, point de salle de bal, point de théâtre, point de club, point de banquet patriotique dans tout Manille, ville de plus de 60.000 âmes. Il n'y a qu'une auberge, tenue par un Allemand et presque toujours déserte. »

La foi très vive et très apparente des Manillois le touche et il en décrit avec complaisance les manifestations. Telle est la récitation de l'Angelus:

« Je fus témoin de ce spectacle un dimanche soir que j'étais allé voir le cimetière qui est très petit mais très beau. A mon retour, quand je fus près des remparts, je me trouvai au milieu d'une grande foule de personnes qui se promenaient à la fraîcheur. D'un côté, j'avais tout près de moi les soldats indiens, exécutant une musique, qu'on ne mépriserait pas même à Paris; de l'autre, les soldats espagnols faisaient l'exercice. Soudain, je vis tout le monde, militaires et civils, mettre chapeau bas, s'arrêter et faire silence. De brillants cavaliers sautaient à terre et paraissaient se recueillir, des dames descendaient de voiture et, debout au milieu du chemin, faisaient de grands signes de croix; et, sur cette multitude immobile, semblait courir un murmure confus et mystérieux. C'était l'Angelus. »

Une petite excursion dans l'île de laNouvelle-Ségovie lui fournit cette jolie description qui se termine par une pensée grave comme tout ce qu'il écrit ; les parfums montent toujours vers le ciel, lui va toujours à Dieu ou aux choses sérieuses de l'existence.

« La fraîcheur du matin repose, le bruit vague des flots se mêle à la brise passant dans les arbres aux larges feuilles, les flocons des nuages courent au-dessus de l'Océan, l'aurore ouvre les portes de l'Orient, fait pâlir les radieuses étoiles, illumine la campagne couverte d'une éternelle verdure ; quelles brillantes phrases on pourrait laisser glisser sous sa plume ! Mais un missionnaire doit avoir renoncé aux charmes du style comme aux charmes de la vie. »

[ACAO. — Jardin de la Grotte du Camoiins.

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