‹ Mgr Ridel, évêque de Philippolis, vicaire apostolique de CoréeChapitre 14 sur 42 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

M. Ridel à Chang-Haï. — Souvenirs et espérance.— Travaux du missionnaire dans son exil. — Voyage au Japon. — Nagasaki. — Retour à Chang-Haï. — Les Coréens se construisent des bateaux àvapeur.

e qu'il y a de grandeur dans le sacrifice du |j* missionnaire n'échappe pas aux regards même distraits de la foule. Au moment où il dit à sa patrie un éternel adieu, il n'ignore aucune des épreuves qui l'attendent. Il sait qu'au terme du vo)^age il trouvera les privations, les souffrances, peut-être la mort; qu'en portant la Croix chez les infidèles, il pourra la rougir de son sang; tout cela il l'accepte librement, avec joie, s'estimant heureux .d'être jugé digne de souffrir pour le nom de Jésus- Christ.

Mais ce que M. Ridel n'avait pas prévu, ce qui jeta son âme dans une tristesse pareille à celle du Sauveur pendant son agonie, ce fut de sentir ses plus belles années se consumer loin de tout ce qu'il aimait. « Jugez si je dois souffrir, écrivait-il au commencement de 1867; je ne suis pas en Bretagne et je ne suis pas en Corée. La Bretagne et la Corée ont toutes mes affections, Quitter la Bretagne pour la Corée, la Corée pour le ciel !..

Maintenant je suis exilé de cette terre pour laquelle j'ai tout abandonné. Cette terre me repousse et me

rejette, néanmoins c'est toujours vers elle que se tournent mon regard et mon cœur. S'il faut encore attendre longtemps, malgré les ennuis, les dégoûts, les difficultés d'une pareille situation, j'attendrai avec patience, car là se trouve le poste que le ciel m'a confié ; là, se trouvent les enfants que Dieu m'a donnés, enfants que je porte toujours dans mon cœur, et je ne peux ni les consoler, ni les revoir. Cependant, ces enfants malheureux, oh ! je les aime ! Volontiers je donnerais tout mon sang pour me retrouver au milieu d'eux, pour alléger leur misère et leur montrer le chemin du paradis. »

Les jours, les mois s'écoulent, la préoccupation du missionnaire est toujours la même. Sa chère mission est l'unique objet de ses pensées et de ses travaux.

Lorsqu'on apprit en Bretagne son exil et le délabrement de sa santé, on lui retraça sous les plus riantes couleurs les charmes du pays natal, on lui rappela qu'il y avait toujours là-bas des bras et des cœurs ouverts qui l'attendaient. A cette occasion le saint missionnaire laissa parler son cœur et se révéla tout entier.

« Je n'ai rien oublié, je vois encore ce chemin que nous avons parcouru ensemble, ces sentiers que les grandes routes ont coupés, que les chemins de fer ont gâtés. Ces rochers, ces grèves, ces vieux arbres, je les salue d'ici; mais cette transformation dont vous me parlez me glace d'effroi. Ces prairies, ces champs, témoins de nos jeux enfantins, le grand chemin de l'église que nous suivions si souvent en compagnie de notre mère, cette maison où nous avons passé des jours si heureux, tout est changé Ou détruit. La grosse pierre, le petit mur, le grand noyer, les saules, jusqu'à l'air embaumé des champs, tout a disparu.

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« Déjà je paraîtrais un étranger, et puis que faire làbas? Oh ! vous serrer sur mon cœur, et pleurer sur des tombeaux !.. Mais vous le savez, entre deux amis également chers, je n'ai jamais hésité à me donner tout entier au plus malheureux.

« Comprenez- vous maintenant? Etre loin d'un ami que l'on sait heureux, c'est triste, mais supportable. Etre loin d'un ami que l'on sait malheureux, sans pouvoir partager sa peine, connaissez-vous une plus poignante douleur? Pauvres chrétiens de Corée, malheureux orphelins, pas un Père pour les consoler, pour subvenir aux besoins de leurs âmes ! Comprenezvous l'amertume de mon âme? Vous êtes chrétiens, généreux, eh bien ! prononcez maintenant: où doit être ma place, mon poste de soldat de Jésus-Christ? Ces chers néophytes me donnent le nom de père ; je me sens pour eux un cœur de mère, une mère abandonne-t-elle ses enfants dans le malheur? La lionne à qui on a enlevé ses petits pour les enfermer dans une cage de fer vient, la nuit, rôder tout autour pour les délivrer, et quand elle a reconnu son impuissance, elle se couche auprès d'eux, et se repaît de leur vue. Or c'est une lionne, et moi je suis prêtre, prêtre de Jésus- Christ!

Que mereste-t-il donc à faire ? Attendre; et lorsque le moment sera venu, rentrer dans cette mission et y travailler ; comme un bon laboureur, défricher le champ que les épines auront envahi; comme un bon médecin, y panser les plaies de ces pauvres âmes*, comme une bonne mère, les instruire, les aimer. »

Le missionnaire accepte cette nouvelle épreuve sans proférer la moindre plainte, le moindre murmure, et cependant pour lui quelle épreuve! N'est-ce pas le

supplice du soldat plein de vaillance que l'on condamne à assister au désastre de la patrie ? Sa consigne est de rester là, immobile, l'arme au bras, pendant que l'ennemi sème sous ses yeux la ruine, la désolation et la mort. N'est-ce pas encore le supplice d'une mère qui voit ses enfants périr, qui entend leurs cris de détresse et ne peut leur porter secours ? Il est missionnaire, il en éprouve toutes les amertumes et il ne goûte aucune de ces joies, aucune de ces consolations qui donnent du charme à la douleur, de l'attrait au danger, une saveur au pain d'exil.

Entrerons-nous maintenant dans le détail de cette phase nouvelle de son existence ? A la suite de la désastreuse expédition française en Corée, M.Ridel était venu s'établir à la procure de Chang-Haï. Il espérait que la France ne tarderait pas à réparer son échec, et que, d'autre part, l'Amérique et TAngleterre vengeraient bientôt la mort de leurs équipages jetés par la tempête sur le littoral coréen et lâchement massacrés par les habitants. Il entrevoyait déjà, dans un avenir prochain, des traités internationaux qui ouvriraient la Corée au commerce européen, et dans lesquels on stipulerait la liberté religieuse. Dès lors il lui serait facile de retourner dans sa mission et de recommencer sa vie de dévouement. Mais de nombreuses années devaient s'écouler encore avant que l'objet de ses désirs se réalisât.

Cependant rien de plus naturel que cette pensée de notre missionnaire, et l'on s'étonne que les nations européennes, la France et l'Angleterre surtout, aient à peine songé, même de nos jours, à obtenir pour leurs nationaux le droit de commercer librement en Corée, ou tout au moins dans les ports de ce

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pays (i). Les Japonais ont obtenu de bons résultats. Pourquoi les gouvernements européens n'essaieraient-ils pas d'obtenir des concessions, qui, nous n'en doutons pas, deviendraient considérables en peu de temps ? Le peuple coréen n'est pas mal disposé envers les étrangers. Il est même bien mieux disposé envers eux que ne le sont les chinois ; il est moins arrogant, moins ennemi de toute espèce d'amélioration et de progrès, moins fanatique de sa prétendue supériorité sur les barbares qui peuplent le reste du monde. L'opposition vient du gouvernement seul, qui croit que cet isolement et l'état d'ignorance dans lequel il tient les masses, est nécessaire à son maintien.

Au mois de janvier 1867, M. Ridel se voyait condamné par son état de santé à une réclusion presque complète. Mais pour lui l'heure du repos n'avait pas encore sonné ; elle ne sonnera qu'au ciel. Son temps appartenait à Dieu, à sa mission; il lui semblait qu'il n'avait pas le droit d'en distraire une parcelle. Il utilisa donc, au profit des âmes qui lui étaient confiées, les longues heures de souffrance, ses moments de loisir,commeil les appelait. Il se mit simplement à recueillir tous les documents, tous les matériaux nécessaires à la composition d'une grammaire coréenne et d'un dictionnaire coréen-français. Ces monuments littéraires, qui allaient ouvrir la voie aux études philologiques coréennes devaient demander des années de labeurs, et quels labeurs ! Le zélé missionnaire va nous le dire :

« Ici, je suis toujours enfermé dans ma chambre.

(1) En Corée, il n'y a encore aujourd'hui que trois yorts ouverts au commerce européen. Le reste du royaume est absolument fermé aux étrangers.

d'après sa correspondance i3i

Rien ne m'intéresse beaucoup dans ce monde. Je ne cesse de penser à ma chère Corée, et pour mieux y entretenir ma pensée, j'ai entrepris la composition d'une grammaire coréenne et celle d'un dictionnaire coréen-français. J'ai déjà réuni beaucoup de matériaux; mais c'est un travail immense. Il faudrait des mois pour le mettre un peu en état d'être utile, et des années pour l'achever. Malgré les difficultés et mon peu de ressources, j'espère le mener à bonne fin. Mais quelle fadeur, quelle aridité ! et pourtant je suis tellement à cette œuvre, que lorsque j'écris à mes amis, la pensée de mon travail me revient naturellement à l'esprit; mes lettres s'en ressentent et doivent paraître bien froides et bien sèches. »

Jamais aucune grammaire n'avait été écrite en Corée pour l'usage des indigènes. Dans de telles conditions, M. Ridel avait d'autant plus de mérite qu'il devait tout approfondir par lui-même.

Dès le mois d'Avril suivant, il annonçait que sa grammaire était achevée. Evidemment, ce n'était qu'une ébauche, mais c'était déjà beaucoup. Grâce à ce premier travail, les trois nouveaux missionnaires MM. Blanc, Martineau et Richard, qui venaient remplacer les martyrs, se mirent en arrivant à l'étude de la langue de leur mission. Ainsi, leur début dans la vie apostolique deviendrait efficace dès qu'ils fouleraient le sol de la Corée.

Deux mois plus tard, une lettre de Mgr Petitjean, vicaire apostolique du Japon, apprit à M. Ridel que plusieurs Coréens naufragés avaient été recueillis en mer sur des jonques japonaises. Ils s'étaient réfugiés à Nagasaki, et n'attendaient qu'une occasion favorable pour retourner dans leur pays. D'un autre côté, il eut

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été téméraire d'attendre plus longtemps le concours de l'Amérique ou de la France: ni l'une ni l'autre ne songeait à relever l'honneur de son pavillon. Pour aborder en Corée, les missionnaires n'avaient à compter que sur la Providence. Ils décidèrent que MM. Ridel et Martineau s'embarqueraient pour le Japon, et qu'en même temps M. Calais partirait pourTché-fou, et se rendrait de là en Mandchourie. Il fallait trouver le moyen, soit de pénétrer directement dans la mission, soit d'établir une communication avec quelques chrétiens ; on fixerait alors le lieu et l'heure d'un rendez-vous, et l'on prendrait toutes les dispositions nécessaires pour assurer un prompt retour.

La santé de notre missionnaire s'était un peu affermie. Il prit passage à bord du trois-mâts V Arc-enciel. Le vénérable éveque du Japon lui réservait l'accueil le plus fraternel. Les deux apôtres s'étaient connus à Paris, dix ans auparavant, et depuis cette époque, les liens de la plus étroite amitié n'avaient cessé de les unir. En ce moment, ils étaient loin de songer que bientôt ils se trouveraient encore réunis, mais auprès du tombeau de saint Pierre, dans la capitale du monde.

A peine arrivé M. Ridel reconnut l'inutilité de son voyage. Les naufragés coréens étaient de pauvres habitants de Quelpaert, grande île située à trente lieues environ du continent. Le bruit des graves événements qui avaient agité leur patrie était à peine venu jusqu'à leurs oreilles, et la prudence défendait aux missionnaires d'entrer dans leur mission à la suite de ces pauvres païens. Toute tentative de pénétrer parle sud fut donc abandonnée.

Avant de quitrer le Japon, accepterons-nous l'ai-

mable invitation de notre missionnaire? Jetterons-nous avec lui un rapide coup d'œil sur ce pays si vanté?

« Prenez un fauteuil, nous dit-il, et asseyez-vous devant ce balcon. Quel charmant pays ! à droite, à cinquante pas de vous, voici l'église dédiée à saint Pierre Baptiste (i) et à ses compagnons de martyre ; c'est la cathédrale du Japon. A gauche encore, c'est la sainte colline où les bienheureux ont été mis en croix. Voyez maintenant, au sommet des coteaux, ces maisons qui ressemblent à de véritables palais : ce sont les différents consulats et les habitations des commerçants européens ; comme elles dominent les bonzeries, les pagodes et les humbles maisons japonaises ! Vous êtes étonnés de voir ici les trottoirs au milieu des rues ! Vous n'en devinez pas la raison ? C'est que personne au Japon, pas même l'empereur, ne se promène en carrosse.

En parcourant ce pays, on se croirait dans le sud de la Corée : des montagnes couronnées de bois de bamboux, des vallées fertiles couvertes de rizières; c'est absolument le même aspect, peut-être ici un peu plus de fertilité. Quant aux Japonais, qu'ils sont loin d'être ce que Ton pense en Europe ! Ce sont encore de petits enfants, et surtout de petits esprits. J'aime mieux les Coréens. Personne ne sera de mon avis, cependant, qui pourrait être juge? Le Coréen est plus

(i) Saint Pierre-Baptiste, prêtre et religieux franciscain, naquit à Saint-Estevan, en Espagne. Le Gouverneur de Manille l'envoya en ambassade au Japon, avec quatre autres religieux du même ordre, en i5g3. Dans les premiers jours de décembre i5q6 il fut condamné à mort par Taïco-Sama, en haine du nom chrétien. En même temps, cinq autres religieux franciscains, dix-sept tertiaires de Saint-François et trois membres de la Compagnie de Jésus eurent le même honneur. Leur martyre solennel eut lieu le 5 février 1597.

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fort que le Japonais, il est plus propre, peut-être plus pauvre, mais pas moins heureux, aussi habile et plus sérieux, aussi rusé, et pas moins orgueilleux. »

Au commencementdel'automne, M. Ridel seretrouvait à Chang-Haï, tout entier à ses recherches philologiques.

Il ne pouvait prévoir la fin de son exil. Aussi, pour rompre la monotonie de ses travaux, et surtout pour prémunir ses jeunes confrères contre les épreuves de la vie apostolique, il rappela ses souvenirs et les réunit en un recueil intitulé : Renseignements pour régler la cotiduite d'un missionnaire en Corée. Ce petit livre entre pour une large part dans le Coutumier de la mission de Corée que Mgr Blanc vient de faire publier. Ces renseignements indiquent la manière de se comporter pendant l'administration des chrétientés; ils dévoilent aux missionnaires l'étendue de leur tâche, et les mettent au courant des coutumes et des mœurs de la contrée qu'ils évangélisent. Avantage précieux, dans un pays où la variété des usages et des formes de l'étiquette n'est dépassée que par la susceptibilité des habitants.

Le lecteur n'apprendra peut-être pas sans plaisir ce qui se passe en Corée depuis 1866.

Deux des Coréens que M. Ridel avait amenés avec lui en Chine étaient partis pour leur pays l'année précédente. Après douze mois d'absence, ils revenaient dans le Céleste Empire et racontaient aux Pères les détails suivants qui ne manquent pas d'intérêt. Nous les empruntons à une lettre de M. Calais.

Les Coréens avaient vu les bateauxà vapeur de l'escadre française. Ne doutant pas de leur génie, ils résolurent d'en construire de semblables et même de

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perfectionner le système européen. Aussitôt, les ouvriers de se mettre à l'œuvre. La chose leur semble des plus simples; car évidemment, ce qui distingue un bateau à vapeur d'un navire ordinaire, ce sont les roues et la cheminée.

Après toute une année d'un travail incessant, auquel avaient pris part une foule d'ouvriers recrutés parmi les plus habiles du pays, les trois fameux bateaux à vapeur coréens furent lancés sur le fleuve qui baigne les murs de Séoul.

Selon la coutume du pays, Sa Majesté coréenne ne sort de sa capitale qu'une fois l'an. Comme on était à la veille de la promenade annuelle, le but naturellement désigné de cette promenade fut une visite aux trois bateaux récemment construits. Le roi paraissait fort désireux de les admirer et de donner à son peuple le spectacle d'une bataille navale. Seulement, pour se rendre à l'endroit choisi par le prince, les trois bâtiments devaient faire une lieue de navigation.

On avait adapté à trois jonques des cheminées et d'énormes roues ; on avait ensuite pratiqué à l'intérieur tout un système de poignées et de manivelles. Mais il fallait mettre le tout en mouvement; là était le difficile.

Au premier signal, une nuée de matelots envahissent les flancs des navires, saisissent les poignées des fameuses roues et font pour les mouvoir tous les efforts imaginables. Les bateaux à vapeur restent immobiles. Les matelots essoufflés se remettent à l'ouvrage-, leurs membres ruissellent de sueur. Peine inutile. On crie, on examine, on emploie tous les moyens que suggèrent les gens habiles. Les navires s'obstinent dans une immobilité qui provoque les cris

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d'indignation des uns, les rires et les moqueries des autres, l'étonnement de tous. Il fallut reconnaître que la cheminée, que les roues n'étaient pas d'une très grande utilité dans un bateau à vapeur, et se décider à se servir de câbles pour traîner les fameux navires comme de simples bateaux. Encore, malgré toute la bonne volonté que l'on déploya, fallut-il trois longues journées pour faire faire une lieue à ces navires, œuvres magnifiques du génie coréen!

Les bateaux arrivés, on donna la représentation d'une victoire navale. Une vieille jonque à demi ruinée et abandonnée sur les bords du fleuve depuis plusieurs années, représente la flotte européenne; c'est chose convenue. Les navires coréens prennent leurs mesures : on attache sous la cale de la jonque une caisse de poudre à laquelle est adaptée une mèche abritée par un long tube de bambou.

Le roi donne ses ordres, le feu commence, la mèche est allumée. Un instant après, les débris de la pauvre jonque s'abîment dans les eaux du fleuve, aux applaudissements d'une foule en délire.

« Voilà s'écrie le roi, comment seront traités désormais tous les navires barbares qui viendront aborder en mon royaume ! » Cela dit, le roi reprend le chemin de son palais.

Les trois bateaux, décorés du titre de frégates, se reposaient encore sur le théâtre même de leur triomphe, lorsque, au printemps de 1868, un navire américain apparut sur les côtes. Ordre de la cour est expédié aux trois frégates de marcher contre lui. Malheureusement le trajet n'était pas court ; ilétait de dix lieues aumoins. Aussi l'ordre fut-il reçu avec répugnance. On se mit à l'œuvre. Grâce à de nombreux aides, grâce à des câbles

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de toutes dimensions, la distance fut franchie en trois mois. Le vapeur américain était depuis longtemps reparti. « Sans nul doute, dirent les Coréens, il aura eu peur de nos frégates. »

Aujourd'hui les trois navires sont sous les murs de Kang-Hoa, et malheur à ceux qui les approcheraient de trop près !

En même temps que les ministres réformaient ainsi la marine, ils redoublaient de violence contre les chrétiens.

Ce n'était plus des arrestations isolées, mais des proscriptions en masse. Il s'agissait d'anéantir tout vestige de christianisme. Dans les provinces, les chrétiens subissaient des interrogatoires et des tortures ; à la capitale, ceux qui étaient reconnus pour avoir été autrefois chrétiens, étaient dispersés, et grand nombre de fidèles périssaient de misère. Les païens profitaient de la persécution pour leur enlever le peu de bien qu'ils avaient. Une nouvelle loi ordonnait à tous les immigrants de se présenter au mandarin du territoire où ils arrivaient, afin que l'on sût s'ils étaient chrétiens ou non.

Ces difficultés ne devaient pas paraître insurmontables aux missionnaires ; loin de ralentir leur ardeur, elles enflammaient leur désir de revoir leurs chers néophytes. Ils résolurent de tenter un nouvel effort pour pénétrer en Corée.

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