‹ Mgr Ridel, évêque de Philippolis, vicaire apostolique de CoréeChapitre 27 sur 42 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Démarches des gouvernements chinois et japonais pour la délivrance de MgrRidel. — Nouvelles difficultés. — Prudence de Mgr Ridel. — Voyage au Japon. — Bienveillant accueil du gouvernement japonais.

n apprenant la captivité de Mgr Ridel, M. Brenier de Montmorand et Mgr Delaplace, vicaire apostolique de Péking, s'étaient empressés de réclamer, par l'intermédiaire du gouvernement chinois, la liberté de l'évêque de Corée.

On n'était plus alors aux jours où le fameux régent, après le massacre de Mgr Berneux, répondait avec arrogance à la Chine : « Nous avons tué plusieurs fois des Européens, jamais leurs compatriotes n'ont réclamé. Personne n'a rien à voir dans les affaires de notre pays.» Le ministre de France se renditlui-même auTsong-ly-Yamen et pria le prince Kong, président de ce ministère, d'obtenir du roi de Corée la délivrance du prisonnier français. Un décret de l'empereur était nécessaire ; il fut fendu sans retard ; et, le i5 mai, un courrier rapide était expédié avec une lettre officielle pour le gouvernement coréen. Quelques jours après, Mgr Ridel était libre, si toutefois Pexil peut s'appeler du nom de liberté.

Pendant que le représentant de la France s'occupait activement de cette affaire à Péking, Mgr Osouf, vicaire apostolique du Japon septentrional, et M. de Geofroy, ministre de France à Tokio, faisaient tous leurs efforts pour obtenir le même re'sultat du gouvernement japonais. Le Hugon et le Cosmao, navires de guerre français, qui mouillaient en ce moment dans les eaux du Japon, furent envoyés sur les côtes de la Corée pour intimider le gouvernement de Séoul et secourir les missionnaires en détresse. Enfin, l'empereur décida d'accueillir favorablement la demande du résident français. Il ordonna à son ministre des affaires étrangères d'adresser une dépêche au roi de Corée. Le ii juin, un ambassadeur spécial était chargé de la portera Séoul ; voici en quels termes elle était conçue :

« Il est arrivé à la connaissance du gouvernement japonais que le gouvernement coréen a fait mettre en prison des prêtres catholiques français.

« Les bons rapports qui existent entre la Corée et le Japon et aussi entre les gouvernements japonais et français, autorisent le gouvernement japonais à faire au gouvernement coréen les représentations suivantes :

« Le massacre des prêtres français exécutés précédemment (en 1866), par ordre du gouvernement coréen, est resté impuni parce que la France était en guerre avec un pays d'Europe.

« Mais si la Corée la bravait par de nouveaux actes de rigueur, elle aurait probablement à subir les armes de la France.

« Le Japon veut bien s'interposer pour conserver la paix entre les deux pays. Le moyen d'avoir la paix,

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c'est de rendre les prisonniers entre les mains et sous la sauvegarde des autorités japonaises établies à Fousan . »

Lorsque le porteur de cette dépêche arriva à Séoul, Mgr Ridel n'était plus en Corée. Néanmoins cette démarche de l'empereur du Japon est un événement qu'on ne saurait laisser passer inaperçu dans les annales des Eglises de l'extrême Orient. En effet, elle rehaussait le prestige des missionnaires et mettait le gouvernement coréen dans l'obligation de réfléchir avant de renouveler les violences d'autrefois. Elle montrait surtout, d'une façon manifeste, que si les nations chrétiennes refusent de se prêter à l'œuvre de Dieu, Dieu se sert au besoin des nations païennes pour l'intérêt de sa cause et prend ses instruments où il lui plaît. Ainsi, deux gouvernements hier encore persécuteurs, ennemis acharnés du nom chrétien, deviennent aujourd'hui les protecteurs des missionnaires.

L'Eglise de Jésus-Christ sur la terre doit être militante, c'est l'un de ses caractères distinctifs; aussi les difficultés que Mgr Ridel n'avait cessé de rencontrer sur sa route étaient loin d'êtreaplanies.

La France avait poussé la Chine et le Japon à porter secours aux missionnaires ; mais ce n'était plus, hélas ! pour répondre aux nobles élans de sa foi et se montrer digne de sa mission sublime de Fille aînéede l'Eglise et de Champion du Christ. Elle ne voyait, dans le refus obstiné de la Corée de- nouer des relations avec les Etats de l'Europe et dans les massacres restés si longtemps impunis, qu'un scandale politique et qu'un mauvais exemple pour les grandes- nations entre lesquelles ce petit royaume est situé.

D'ailleurs, les hommes qui persécutaient la religion sur le sol de la mère patrie pouvaient-ils se faire sincèrement ses protecteurs à l'étranger? Pouvaient-ils apprécier les bienfaits que le christianisme apporte aux peuples barbares?

De retour en Chine, l'évêque de Corée allait se voir obligé de recommencer la lutte avec nos diplomates. Mais cette perspective n'était point faite pour le décourager. En effet, dès les premiers jours du mois de septembre, Mgr Ridel recevait communication d'une dépêche du prince Kong au ministre de France.

Le roi de Corée, dans sa réponse au président du Tsong-ly-Yamen, suppliait le prince chinois de dire au gouvernement français de bien veiller sur les missionnaires, de les empêcher de renouveler leurs tentatives. Ainsi on aurait l'avantage d'éviter tout embarras et la tranquillité serait maintenue.

Sous cette inspiration, le ministre chinois écrivit à notre représentant une lettre qui se terminait par ces mots :

« Monseigneur Ridel, après ce qui vient de lui arriver, a dû regretter de ne pas avoir suivi vos conseils et ne doit plus avoir envie de retourner en Corée. Si, toutefois, d'autres missionnaires étaient tentés de le faire, nous espérons fermement que Votre Excellence, s'inspirant de ce que les coutumes de ce royaume diffèrent des autres, voudra bien, comme par le passé, les en dissuader et s'y opposer, afin de prévenir de regrettables complications. »

A cette communication, M. Brenier n'ajoutait que la note suivante : « Je m'abstiens de toutes conclusions, Sa Grandeur les devinera en se reportant à mes lettres et à mes conversations antérieures. »

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« D'après ces documents, concluait à son tour le courageux évêque, vous voyez que par ici il me faut encore batailler, mais Dieu est pour nous et avec nous; courage et confiance. Certaviriliter, sustine patienter. C'est ma devise, j'y serai fidèle. »

Rien d'étonnant qu'un prince chinois s'imaginât que les souffrances d'une longue captivité arrêteraient un évêque missionnaire dans l'accomplissement de sa tâche. Quant à Mgr Ridel, comme le soldat relevé du champ de bataille qui attend avec impatience la guérison de ses blessures pour rentrer dans le rang et donner à la cause qu'il soutient ce qui lui reste de force et de vie, les dangers de la veille ne lui faisaient point redouter ceux du lendemain. Du reste, une seule lettre de lui au ministre de France à Pékin aurait dissipé bien vite les illusions du prince Kong.

Après avoir rendu hommage au zèle et au dévouement que M. Brenier de Montmorand avait déployés dans cette affaire, il ajoutait : « Quel cœur catholique ne compatirait pas à la situation de ces pauvres chrétiens ! Quel évêque en songeant au malheur de ses enfants, ne sentirait pas son cœur se briser?... C'est dans de telles circonstances que le gouvernement chinois se persuade que nous allons tout abandonner? Oh ! il n'y a qu'un cœur égoïste et païen qui puisse avoir de telles idées. Pour vous, Monsieur le Ministre, vous savez ce que la foi me commande, ce que le devoir m'ordonne. Mais vous semblez vous inquiéter d'un excès de zèle, d'un zèle imprudent.de ma part. Je vous en prie, rassurez-vous ; je ferai toujours mes efforts pour agir avec une prudence ' vraiment chrétienne et un zèle tout apostolique. »

En effet, si le zèle du vénérable évêque ne reculait

devant aucun obstacle lorsque le devoir commandait, d'un autre côté, sa sagesse et sa prudence ne laissaient rien au caprice ni au hasard. Il pouvait donner cette dernière assurance au représentant de la France, celui qui, presque le même jour, écrivait à son frère les lignes si touchantes qu'on va lire:

« Il y a dans ta lettre une question que je résume ainsi : « Peut-on actuellement rentrer en Corée? Estil prudent d'y rentrer? De fait, c'est une question dont la réponse exige beaucoup de réflexions. J'y ai pensé; j'y pense; je ne l'ai pas résolue. J'espère bien que la bonne Providence suscitera une circonstance, un événement qui donnera la solution. Pour moi, je désire ardemment rentrer dans ma mission, parce que c'est mon poste. Hors de là, je suis comme un os déboîté, situation très peu agréable, mais bien faite pour la patience. Cependant, sois tranquille; j'agirai toujours avec prudence. Mes désirs ne sont pas ordinairement la règle de ma conduite ; ils n'ont pas voix dans mon conseil, ni d'influence sur mes décisions. On désire tant de choses en ce bas monde! Dieu nous conduit bien plus sûrement que notre imagination, que nos désirs et même que notre sagesse ! Qu'il est doux de s'abandonner ainsi à cette conduite de Dieu! Pour moi, je suis toujours prêt, disposé à tout, dès que les circonstances m'auront fait connaître la volonté du Maître. Alors rien ne me détournera de ce chemin où l'on ne peut errer. Ce que Dieu veut, je le veux, c'est la seule liberté que je me reconnaisse; liberté sainte, qui donne force et courage pour arriver au but; liberté des enfants de Dieu, qui n'est pas tout à fait celle que le monde proclame, mais il est facile de comprendre qu'elle vaut mieux... »

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Les membres de la légation crurent à tort que le courageux missionnaire allait reprendre immédiatement le chemin de sa mission. M. Brenier parut mécontent et menaça de faire revenir en Chine tous les missionnaires qui étaient restés en Corée.

Cette cruelle perspective déchira le cœur du pieux évêque, l'avenir lui parut un instant bien sombre. Que deviendrait sa mission désolée, si la France, par l'entremise du gouvernement chinois, enchâssait les prédicateurs de l'Evangile ? Qui donc instruirait les fidèles et les gouvernerait? qui leur administrerait les sacrements, source de force et de persévérance? Sans doute, il y resterait encore des catéchistes zélés et fidèles ; mais malgré tout, ils n'étaient que de simples chrétiens ; pour vivifier et féconder leurs travaux, il fallait l'action du prêtre ; il fallait sa main pour bénir, sa parole pour absoudre et consacrer.

Mgr Ridel, afin de détourner l'orage, essaya de calmer les inquiétudes du ministre. Il lui montra qu'on avait mal interprété sa pensée. Car, après ce qui s'était passé, l'impossibilité d'un retour immédiat en Corée n'était que trop évidente.

Mais entre le retour immédiat et un abandon complet de sa chrétienté il y avait un abîme : Son désir unique était de conserver pour l'avenir une liberté d'action complète et de rester juge de l'opportunité.

Il exposa ensuite quels désastres aurait à subir sa mission, si le roi de Corée écoutaitla demande du représentant de la France. Les satellites sb mettraient de nouveau à la poursuite des missionnaires, saisiraient les chrétiens et les appliqueraient à la torture pour les forcer à dénoncer les pères. Ceux-ci ne trouveraient d'asile que dans les montagnes et se verraient bientôt

exposés à mourir de froid, de faim, ou de la dent des bêtes fe'roces. En un mot, on exposerait les chrétiens à toutes les horreurs d'une cruelle persécution.

« Je vous en supplie, disait en terminant le vénérable évêque au nom du dévouement que vous avez pour les missionnaires, ne poussez pas la chose à ce point. Contentez-vous d'exiger que les missionnaires aient la vie sauve, s'ils sont pris. N'exigez pas qu'on les recherche, qu'on les poursuive, et qu'on les arrache à leur saint ministère pour les ramener en Chine.

« Vous me confiez, que vous faites des efforts pour obtenir un traité avec la Corée; nous le désirons depuis longtemps. Puissiez-vous réussir ! Pour ma part, je serais heureux que la France fût la première à traiter. Nous aurions tout lieu de compter sur votre bienveillance pour obtenir par ce traité, une liberté complète. Nos chrétiens indigènes aiment la France depuis si longtemps ! Aujourd'hui ils tournent vers elle leurs regards-, en elle reposent leurs espérances. »

On parut écouter les prières du vicaire apostolique. La France n'empêcha pas les missionnaires d'accomplir dans ce pays inhospitalier leur œuvre de régénération et de salut. Ce n'était pourtant pas la fin de la lutte.

Mgr Ridel, à peine remis des souffrances qu'il avait endurées pendant sa longue captivité, fut obligé de prendre le chemin du Japon. Depuis deux ans, l'un de ses missionnaires, M. Coste, résidait à Yokohama et dirigeait l'impression des livres coréens. Cet infatigable travailleur donnait sans compter, son temps, sa peine et son talent. Cependant, malgré les ressources prodigieuses de, son esprit, il était parfois arrêté par les difficultés d'une langue dont il n'avait pu encore

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pénétrer tous les secrets. Pour l'exécution d'un semblable travail, toute correspondance même la plus active était insuffisante ; la difficulté des communications retardait sans cesse l'achèvement d'une œuvre impatiemment attendue.

De plus, si les événements de Corée avaient excité la vigilance des satellites sur les frontières de la Mandchourie au nord, les obstacles s'aplanissaient dans le sud. Des relations nouvellement établies entre le Japon et la Corée offraient à Mgr Ridel des avantages précieux; il se hâta de les mettre à profit.

Durant ce long voyage, les sympathies, la respectueuse vénération de tous entourèrent le confesseur de la foi.

A Tokio, le gouvernement lui réservait le meilleur accueil. On lui promit de n'épargner aucun soin podr améliorer le sort de ses missionnaires et de ses chrétiens. Grâce à la haute intervention de M. Térashima, ministre des affaires étrangères, le consul japonais résidant à Fousan se chargerait lui-même de faire parvenir aux missionnaires les lettres et les objets qu'on lui remettrait pour eux. Par cette voie, il devenait donc facile d'envoyer en Corée le vin de messe, les saintes huiles, les objets de .piété, avec l'argent nécessaire aux frais du culte et de la mission.

Ce magnifique résultat encouragea Mgr Ridel à implorer le gouvernement japonais en faveur de ses enfants. Il lui demanda d'être son intermédiaire auprès du roi de Corée et de réclamer pour les chrétiens la liberté qu'on leur accordait au Japon. L'amourpropre des Japonais fut flatté de cette prière ; le ministre fit pour l'avenir les plus belles promesses. Sans doute, ces promesses n'étaient encore que des paroles,

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mais elles permettaient au missionnaire de renouveler plus tard la même demande.

La liberté de prêcher l'Evangile, et d'arborer la croix sur la terre coréenne, c'était le rêve de notre apôtre. Hélas ! ce rêve il ne le verra pas se réaliser ici-bas; Dieu réserve à un autre ce bonheur. Pour sa part d'héritage, il a reçu la lutte et la contradiction, il ne devra goûter en ce monde que les amertumes de la croix.

Heureux d'avoir atteint son but au Japon, Mgr Ride! s'apprêtait à revenir en Chine, lorsqu'une lettre de M. Blanc lui annonça qu'un de ses missionnaires/ M. Deguette(i), était arrêté. Chose extraordinaire! les

(1) Nous apprenons la mort' de M. Deguette.

Au commencement d'avril 1889, Mgr Blanc appelait M. Deguette à la capitale. Le missionnaire se rendit immédiatement à l'invitation de son évêque ; mais le lendemain de son arrivée à Séoul, il tombait malade et mourait quelques jours après.

M. Victor-Marie Deguette naquit à Pont-sous-Avranches, le 7 août 1848. Il quitta la France le 27 février 1876 et arriva en Mandchourie au moment où Mgr Ridel se préparait à retourner en Corée. Il s'embarqua le lendemain de son arrivée à Notre-Dàme-des-Neiges ; il n'eut même pas la peine de déboucler ses malles.

M. Poisnel, missionnaire de Corée et compatriote de M. Deguette a dit, dans une très intéressante notice, les travaux et les vertus de ce vaillant missionnaire. Nous reproduisons ici les dernières lignes de ce travail, en faisant connaître le missionnaire elles donnent aussi une idée des progrès faits par la religion catholique en Corée :

« Dès que la nouvelle de la mort du P. Deguette se fut répandue, tous les chrétiens de la capitale vinrent prier auprès de ses restes, avec l'empressement delà douleur la plus filiale, mais aussi de la plus chrétienne résignation. La chambre, où futexposé pendant deux jours son ccrps, revêtu des ornements sacerdotaux, ne désemplit ni le jour ni la nuit. La cérémonie funèbre qui eut lieu le 2 mai, à dix heures du matin, à la Mission catholique, colline de Tjyong-hyen, donna lieu à une manifestation imposante, non seulement de la part des chrétiens indigènes, mais aussi des résidents étrangers qui tinrent à don-

satellites n'avaient pris que trois ou quatre chrétiens dans un village qui en comptait plus de cent. Ils avaient même contraint les autres à fuir, leur permettant d'emporter tout ce qu'ils voudraient.

La missive de M. Blanc, avant d'arriver au Japon, avait passé par N.-D. des Neiges. En apprenant la captivité de M. Deguette, le procureur de la mission

ner à Mgr Blanc, en cette circonstance, un témoignage de leur sympathie. A la messe des funérailles assistaient les représentants de six puissances étrangères : Angleterre, Allemagne, Etats-Unis, Russie, Chine et Japon, sans compter la France. M. Collin de Plancy, commissaire du gouvernement français en Corée, tint à venir en costume officiel, et à suivre le convoi funèbre, qui traversa, croix en tête, toute la capitale, au milieu d'une population païenne étonnée mais respectueuse. Le parcours était précisément celui qu'avaient suivi à diverses époques tous les martyrs. Le P. Deguette quittait cette ville de Séoul, où il était resté pendant quatre mois prisonnier du Christ, par cette même porte de l'Ouest, qu'il avait passée pour aller en exil, et il allait dormir son dernier sommeil à une lieue et demie de la capitale, en face de la plaine de Sai-nam-hte, et de l'arène sur laquelle étaient tombées, avec plus de gloire, mais avec moins de peine peut-être, les victimes de la persécution de 1866. C'est là, en un lieu nommé Sam-ho-tjyang, que repose le regretté P. Deguette, en attendant la résurrection glorieuse.

« La mission de Corée a perdu en lui un de ses plus saints et meilleurs ouvriers, et ellel'a perdu au moment où, par son expérience et des gens et des choses, par sa connaissance de la langue, il paraissait le plus nécessaire. 11 laisse un vide qui ne pourra être de sitôt comblé. Homme de foi, d'oraison, de travail, l'ami que nous pleurons était pour tous un soutien et un modèle. Mort à tous les intérêts terrestres, et ne vivant que pour les âmes, ennemi de la louange et du bruit, d'une piété tendre sans affectation, d'une délicatesse de conscience extrême, sans scrupule, généreux jusqu'au sacrifice, cœur ardent, ami dévoué, saint prêtre, missionnaire dans toute la force du terme, on peut dire, sans craindre d'excéder dans la louange, qu'il fut toujours l'homme apostolique, tel que l'Eglise le désire pour le salut des peuples. »

(Extrait du compte rendu des travaux de la Société des Missions étrangères.)

de Corée s'empressa d'en avertir M. Patenôtre, successeur, depuis quelques jours, de M. Brenier de Montmorand à la légation de Pékin. Il réclamait avec instance sa bienveillante intervention près du gouvernement chinois. Les ministres du Fils du Ciel, jaloux de toute influence étrangère, se montrèrent d'abord difficiles, mais cependant finirent par céder. Leur démarche fut couronnée d'un succès d'autant plus grand que le roi de Corée semblait n'attendre que leur intervention dans cette affaire pour renvoyer le missionnaire en Chine. .

Cet événement aurait dû éclairer nos diplomates de" Péking, leur montrer que l'influence de la France grandissait toujours, et qu'à Séoul, malgré le mépris qu'on avait pour les étrangers, on comptait maintenant avec elle. Malheureusement, ils fermèrent les yeux à l'évidence : loin d'écouter les conseils patriotiques d'évêques et de prêtres enfants de la France, ils préférèrent suivre l'avis d'un prince et de quelques ministres chinois. En agissant ainsi, ils facilitaient leur tâche, mais ils retardaient pour la Corée les progrès de l'Evangile et de la civilisation ; ils enlevaient à leur patrie l'honneur de venir avant l'Allemagne, avant l'Angleterre et la Russie, planter son drapeau sur cette terre qui avait déjà bu tant de sang français.

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