‹ Mgr Ridel, évêque de Philippolis, vicaire apostolique de CoréeChapitre 29 sur 42 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Mgr Ridel encourage et dirige les missionnaires reste's en Corée.

— L'œuvre du secours aux captifs. — Création du collège des vieux.

— M. Blanc demande du renfort. — Mort du P. Richard. — Départ de MM. Mutel et Liouville pour la Corée. — Tribunal ecclésiastique en Corée. — Mgr Ridel professeur de huitième.

endant que l'on s'occupait à Paris et à Rome

0 de la mission de Corée, Mgr Ridel suivait

d'un regard plein de sollicitude les travaux

de ses missionnaires. Il entretenait avec eux de fréquentes correspondances, et ressentant leurs angoisses, prenant part à leurs joies et à leurs succès, il les encourageait avec la bonté et l'autorité d'un père.

« Nous sommes entre les mains de Dieu, leur disaitil, des instruments que sa providence peut employer ou briser selon son bon plaisir, et pour sa plus grande gloire. Or, nous ne voulons ici-bas que cette gloire de notre Maître et que l'accomplissement de sa sainte volonté; soyons donc toujours soumis, abandonnonsnous avec confiance et amour à sa sainte providence. Pas un cheveu ne tombe de notre tête sans sa permission. »

« Dieu veut par nous sauver la Corée. Pour cette

œuvre sainte, s'il faut souffrir, s'il faut mourir, c'est continuer l'œuvre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est acquérir un poids immense de mérite pour l'éternité. C'est sur nous que Dieu a jeté les yeux>pour un ministère si auguste et si grand. Quelle belle vocation ! et comment assez nous humilier et dire au Seigneur notre reconnaissance?

« Vous savez comme je vis de votre vie ? Je compatis à vos peines et à vos souffrances. J'ai été obligé de vous quitter et de vous abandonner dans les angoisses et les alarmes, mais, chaque jour, je vous place amoureusement dans le cœur de Jésus. Vos lettres me font connaître votre position-, je bénis Dieu qu'elle soit relativement bonne ; jusqu'ici, vous avez eu à souffrir, mais vous avez été courageux et vaillants. J'en remercie Notre-Seigneur; il me semble l'entendre dire à chacun de vous : Euge, serve boue. Courage, bon serviteur. Moi aussi je redis avec Lui : Euge, euge, courage! courage! Bientôt, vous entendrez son miséricordieux appel : intra in gaudium, entrez dans la joie et le bonheur : car les souffrances et la croix de Jésus, c'est le chemin qui mène à la résurrection et à la gloire. Per passionem ejus et crucem ad resurrectionis gloriam. »

Déjà, par sa généreuse initiative, une œuvre nouvelle, l'œuvre du secours aux captifs avait été fondée ; elle prospérait dans toute la chrétienté. Les fidèles, malgré leur dénûment, se cotisaient entre eux pour leurs frères prisonniers, tandis que les plus intrépides s'abouchaient avec des satellites ou des païens influents, et tantôt par des flatteries, tantôt par des largesses, arrivaient à soulager ceux qui confessaient généreusement Jésus-Christ dans l'horreur des ca-

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chots. Cette générosité des uns et ce dévouement des autres rappellent les scènes les plus touchantes' du christianisme naissant.

Une autre pensée préoccupait encore Mgr Ridel. En ce moment la moindre tentative en Corée, faite avec un peu de fermeté parles nations de l'Europe, aurait été couronnée de succès. Disons plus, cette démarche aurait répondu aux secrets désirs du gouvernement coréen, qui de lui-même ne pouvait rompre, ni trop vite ni trop ouvertement, avec les traditions séculaires du pays. Mais la France ou les autres puissances de l'Occident profiteraient-elles de ces dispositions favorables ? Le passé ne garantissait pas cette espérance. Dès lors, la paix relative dont jouissait la chrétienté dépendait d'une révolution de palais; et il était à craindre que, dans un avenir plus ou moins lointain, l'ère des persécutions ne recommençât et ne plongeât de nouveau dans les plus grands malheurs cette mission infortunée. Les missionnaires actuellement dans le pays pouvaient donc disparaître un jour, comment les remplacer? Ou bien, et c'était déjà une réalité du moment, leur petit nombre ne leur permettrait pas de suffire au travail. Dans ces conditions, l'idée de créer le plus vite possible un clergé indigène se présenta naturellement à l'esprit du pieux évêque.

Les prêtres indigènes en effet, échappent plus facilement aux recherches des satellites ; dans leur langage, dans leur physionomie, rien ne les trahit. Enfants du pays, ils en parcourent tous les sentiers sans secours et sans guide; d'une chrétienté dans une autre, ils portent aux fidèles les consolations de leur saint ministère sans péril pour personne. Aussitôt

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que le calme se fait, ils sont là, prêts à réparer les ruines, ou à soutenir une ferveur- excitée par les combats.

Déjà en 1876, à Notre-Dame des Neiges et plus tard en Corée, Mgr Ridel avait recueilli des enfants dans l'espoirde fonder un collège. Malheureusementla persécution avait dispersé les maîtres et les élèves. Mais un premier insuccès n'était pas de nature à décourager notre apôtre.

Aussi, loin d'abandonner son projet, il le reprenait en 1880 sur une plus large échelle. Il ordonnait à ses missionnaires de rechercher parmi leurs plus vertueux catéchistes ceux qui, voulant bien se consacrer au service de Dieu, paraissaient les plus dignes de cet honneur. En Chine on leur enseignerait les connaissances théologiques indispensables et les éléments du latin nécessaires pour la célébration des saints mystères et l'administration des sacrements.

Pour le moment, il ne fallait pas songer à faire des prêtres savants : ce qui importait avant tout, c'était de les former à la pratique des vertus sacerdotales, de leur inspirer le zèle, le dévouement et le courage qui conviennent à tous les prêtres, mais surtout à ceux qui exercent leur auguste ministère dans un pays aussi barbare.

L'exécution de ce dessein était assurément difficile, mais le souvenir du vénérable Kim et du pieux Jean Tsoi, prêtres coréens, permettait d'en attendre d'excellents résultats.

« Cherchez donc écrivait le vaillant évêque à ses missionnaires , cherchez parmi vos chrétiens ceux qui vous paraissent dignes de parvenir au sacerdoce. Lorsque vous les aurez éprouvés, commencez à les

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instruire et à les former à la pratique des exercices spirituels et aux vertus sacerdotales, fondement -dé tout. Qu'ils aient de vingt à quarante ans, et même, s'ils ont de grandes dispositions, acceptez-les jusqu'à cinquante ans.

Qu'ils soient libres de tout engagement, de bonnes mœurs, et qu'ils jouissent de la meilleure réputation dans le pays.

Qu'ils soient intelligents, instruits de la religion, qu'ils soient surtout vertueux, humbles, graves etpieux.

Après avoir tracé cette ligne de conduite pleine de sagesse, le grand évêque n'osant se fier à ses propres lumières écrivait le même jour, le 20 avril, à son provicaire.

« Sur le collège des vieux je vous demande votre avis comme sur tout autre sujet. Mais je vous laisse la plus grande liberté d'action pour ne pas vous gêner ni mettre entrave au bien que vous auriez en vue. Aussi, j'ai bien moins l'intention de vous donner des ordres que de vous indiquer une direction. Je fais ce que je peux et de mon mieux, mais je sais que je puis me tromper, je serais donc heureux de connaître votre avis.

« De plus, dans quelques années, bientôt probablement (car je sens que je me fais vieux), vous aurez à diriger la Corée, et je ne voudrais pas créer d'embarras à mes successeurs. J'agis ainsi dans un but d'avenir et pour le bien de la mission. Je voudrais vous consulter plus souvent, mais la correspondance n'est ni prompte ni facile. Encore une fois, je ne veux pas entraver votre action : vous êtes dans le pays, de fait vous dirigez la mission, et, je ne crains pas de le dire, votre direction a toujours été sage, prudente,

pour la plus grande gloire de Dieu. Je ne saurais assez vous en témoigner ma reconnaissance. Aujourd'hui je m'acquitte de ce devoir, vous le savez, avec toute la sincérité de mon cœur. »

M. Blanc répondait le 28 août suivant : « Mes confrères et moi nous ferons notre possible pour répondre aux vœux de Votre Grandeur, mais la chose n'est pas facile, au moins cette année. Cène sera que pendant l'administration que nous serons à même de chercher et de découvrir des sujets capables de faire partie de l'œuvre projetée. Lorsque nous les aurons trouvés, comment ferons-nous ensuite?

Vous le savez, Monseigneur, pendant plus de six mois, chacun de nous est occupé à la visite des chrétiens. Dans ces conditions, il est bien difficile que le missionnaire se charge de mener avec lui, de chrétienté en chrétienté, les aspirants au sacerdoce qu'il aura pu rencontrer. Quoi qu'il en soit, il est de notre devoir d'essayer ; plaise au divin Maître de bénir cette nouvelle fondation. »

Quelques semaines plus tard, les premiers élèves du collège des vieux prenaient le chemin de la Chine pour commencer leurs études. Mais en Corée, les missionnaires succombaient à la peine, et M. Blanc se voyait dans la nécessité de demander du secours.

« J'ai réfléchi de nouveau devant le bon Dieu, disaitil, j'ai tenu conseil de guerre, et maintenant je crois qu'il est de notre devoir d'entreprendre une nouvelle expédition cette année. Nos santés ne sont pas robustes; pour moi, je suis à demi écloppé, mais j'irai tant que je pourrai; s'il faut s'arrêter, on s'arrêtera. M. Doucet n'est guère plus solide. M. Robert seul, jouit d'une santé convenable. »

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Lorsque cette lettre arrivait en Mandchourie, la petite communauté de N.-D. des Neiges se trouvait plongée dans le deuil. Le bon père Richard venait de rendre son âme à Dieu. Ce missionnaire à l'âme ardente, dont la douce piété et l'aménité de caractère faisaient la joie et l'admiration de tous, mourait en exil, loin de la France, qu'il aimait de l'amour le plus tendre, au seuil de la Corée, sa patrie d'adoption, vers laquelle il dirigeait chaque jour ses regards et les aspirations de son cœur.

Le soir même de sa mort, le 28 septembre 1880, Mgr Ridel écrivait la lettre suivante. Ces lignes tracées à la hâte, font aussi bien l'éloge du père qui les écrivait d'une main tremblante, que du missionnaire ou plutôt de l'enfant bien-aimé qui en était l'objet :

« Mes chers Amis,

« Quoique l'heure soit très avancée, et malgré les fatigues des jours qui viennent de s'écouler: je tiens à vous écrire moi-même au dernier moment. Unis comme nous le serons toujours par les liens de la charité, il est impossible que mes joies et mes afflictions ne soient pas les vôtres, et que les vôtres ne soient pas les miennes.

« Aujourd'hui, c'est une grande douleur que je vous annonce. Je sens que mon cœur déborde et que mes yeux se remplissent de larmes : je viens de perdre un de mes missionnaires.

« Ce cher père Richard que vous connaissiez, qui vous avait écrit, que vous aimiez, mon ami, mon compagnon, mon conseil, et plus que tout cela, mon enfant, n'est plus.

« Ce matin même il nous a quittés. Après une courte

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maladie, endurée avec patience et résignation, son âme s'est envolée au ciel ! Car c'était un bon, un saint prêtre, dont la vie édifiante a été couronnée par une sainte mort.

« Nous sommes tous ici dans la douleur et la désolation; cependant chacun se dit : puissé-je mourir de la sorte. Oui, cela a été pour nous une grande consolation d'avoir été témoins du calme, de la foi, de la confiance, de la résignation de notre cher confrère. Nous pleurons parce que nous avons fait la perte d'un ami, mais notre foi nous console et nous dit d'espérer que sa vie toujours édifiante, lui a mérité la couronne des élus.

« Nous prions néanmoins, et nous prierons beaucoup pour lui, vous n'oublierez pas de vous unir à nous pour demander à Dieu de le recevoir dans sa miséricorde, dans son saint paradis.

ce Qu'ils sont heureux ceux qui meurent de la sorte, mais aussi comme il est bon, comme il est prudent d'être toujours prêt à répondre à l'appel de Dieu ! Quand on songe que quelques jours de maladie suffisent pour nous transporter dans notre éternité ! »

Malgré ce douloureux événement, le mois suivant, MM.Mutel et Liouville se mirent en mer pour répondre à l'appel de M. Blanc. Après une longue navigation qui faillit leur coûter la vie, les deux missionnaires abordèrent heureusement en Corée. Ces deux apôtres, pendant leur séjour à N.-D. des Neiges, s'étaient mis à l'étude de la langue coréenne avec une telle ardeur, qu'en arrivant sur la terre des martyrs, ils étaient prêts à se mettre en campagne.

M. Mutel, on ne l'a pas oublié, avait une mission spéciale. Aussi, bientôt l'on vit au sein même de la capitale de Corée, paraître devant un tribunal ecclésias-

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tique régulièrement formé, les chrétiens qui avaient assisté à la mort de Mgr Berneux, de Mgr Daveluy *et de leurs compagnons. Ils venaient dire, la main sur le saint Evangile, les actes et la mort héroïque de ces martyrs qu'ils avaient connus, leurs dernières -paroles qu'ils avaient entendues.

On songea ensuite à mettre en lieu sûr les précieuses dépouilles des confesseurs de la foi, car malgré la vigilance des chrétiens, le hasard ou la trahison pouvaient les faire disparaître.

Les chrétiens qui avaient recueilli les reliques des martyrs vivaient encore. Sous la conduite de M. Blanc ils se rendirent au lieu de la sépulture, exhumèrent chaque corps séparément, et munirent chaque partie du corps d'une inscription spéciale et du sceau du provicaire.

Quelques mois plus tard, ces restes vénérés étaient remis entre les mains de Mgr Petitjean. Et maintenant c'est encore au Japon qu'ils reposent en attendant qu'il plaise à la sainte Eglise de les exalter et de les revêtir de la gloire qui couronnera dès ici-bas leurs travaux et leur martyre.

Après le départ des deux missionnaires, on fut longtemps inquiet à N.-D. des Neiges. En effet, à peine les deux voyageurs avaient-ils quitté le rivage, que le vent s'était mis à souffler avec furie. Cette effroyable tempête dura quatre semaines.

« Le voyage se fait ordinairement en douze ou quinze jours, raconte Mgr Ridel ; or, il y avait un mois que la barque chinoise était partie, et depuis, pas de nouvelles I M. Deguette et moi nous n'osions nous parler de peur de nous communiquer nos craintes. Le vent du nord soufflait avec une violence qu'il est difficile

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de s'imaginer, même quand on connaît les vents d'e'quinoxe sur les côtes de Bretagne. Il neigeait. On ne peut pas dire que la neige tombait ; emportée horizontalement par la tempête, elle allait s'accumuler sur le flanc des montagnes. En plaine, il n'en paraissait pas ; je me souviendrai toujours de ces longues journées et de ces nuits sans fin.

« Un soir, vers dix heures, je songeais encore tristements à mes deux missionnaires, quand un bruit se fit entendre à notre porte ; un charriot venait de s'y arrêter. Je me levai à la hâte, et je vis bientôt trois élèves coréens que M. Blanc nous envoyait. Depuis trois jours, ils étaient au port, mais la mer démontée rendait impossible tout débarquement. Après une journée en plein air sur le charriot, ils arrivaient transis de froid, pouvant à peine prononcer une parole. La barque chinoise qui a heureusement déposé MM. Mutel et Liouville en Corée nous les amène.

« Que Notre-Seigneur soit mille fois béni ! »

Depuis la mort du bon père Richard, M. Deguette remplissait la fonction de procureur de la mission de Corée, qui donc allait se charger de l'éducation des élèves coréens ?

Mgr Ridel va nous répondre.

« Enfin les classes ont commencé ce matin : me voici devenu professeur. J'ai trois élèves qui savent déjà lire et écrire, mais c'est tout. Nous avons commencé aujourd'hui par la première déclinaison, mensa. Mes fonctions de professeur me prennent beaucoup de temps, car j'ai tout à faire, grammaire et dictionnaire aussi ; pour vous écrire, je suis obligé de prendre sur la nuit. » [Lettre du 10 octobre 1880).

Les nouveaux élèves soutenus, guidés par l'affection

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et le talent d'un pareil maître, trouvaient naturellement leur tâche facile et se livraient courageusement aux études les plus arides. L'illustre évêque avait pris à cœur ses nouvelles occupations de professeur, et quelques mois plus tard il écrivait : « Mes élèves sont en huitième, ils vont bien et commencent à traduire de petites phrases en latin. » Enfin, il ajoutait avec une humilité touchante : « Les deux plus jeunes réussiront, ils auraient déjà fait de plus grands progrès s'ils avaient un meilleur maître. »

Pendant que le vicaire apostolique de Corée se faisait modeste professeur de huitième, la renommée jetait sur son nom un éclat nouveau. Le dictionnaire coréen-français, la grammaire coréenne, étaient enfin achevés; la première de ces œuvres avait paru. Le soin avec lequel ce dictionnaire avait été préparé, l'abondance des renseignements qu'il contenait, avaient fixé l'attention des savants, des commerçants, des diplomates, de tous ceux, en un mot, qui s'intéressent à la Corée. Les journaux du Japon, de la Chine, de l'Amérique, de l'Angleterre en firent le plus grand éloge.

De plus, cette œuvre importante arrivait à son heure ; car déjà ces diverses puissances avaient parlé d'entrer en négociations avec le gouvernement coréen. Le bruit se confirmait que le gouvernement chinois se montrerait favorable à l'ouverture de la Corée, qu'il avait même conseillé au roi de ce pays d'accueillir des propositions dans ce but, si les nations étrangères en prenaient l'initiative.

Malgré l'aridité d'une pareille étude, il est impossible de passer sous silence une œuvre qui a demandé à notre missionnaire tant de peines et tant de veilles, pendant plus de quinze ans.

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