CHAPITRE PREMIER
Les premières atteintes de la maladie. — Premier séjour au Sanatotorium de Hong-kong. — Voyage au Japon. — Attaque d'apoplexie. — L'extrême-onction. — Retour à Hong-kong. — Mgr Blanc nommé coadjuteur. — Départ pour la France. — L'équipage du Natal.
e fut vers le mois de mars 1881 que Mgr Ridel ressentit les premières atteintes du mal qui devait finalement le ravir à l'affectueuse ve'nération de ses parents et de ses amis. D'intole'rables maux de tête accompagnés de violentes douleurs causées par un rhumatisme aigu, et une forte oppression l'obligèrent à se rendre au Sanatorium de Hong-kong.
Quelques jours après son arrivée, le malade rendait ainsi compte de son état à M. Coste. « Lorsque je me suis mis en route j'avais la poitrine fatiguée ; depuis quelque temps, j'éprouvais de fréquentes oppressions, et ressentais un malaise que je pris d'abord pour un rhume. Le voyage de Chang-Hay à Hong-
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kong ne fit qu'augmenter ce malaise, si bien qu'en arrivant à la procure je ressentais une espèce de suffocation ; je ne pouvais prononcer cinq paroles de suite, ni monter quelques marches. Le médecin me sonda. Les poumons étaient bons, mais il me déclara asthmatique. Aussitôt je suivis un régime qui, joint au repos, me procura quelque soulagement. Cependant, je ne pus assister au sacre de Mgr Chausse comme je l'avais d'abord espéré. Encore quelques jours ici, et je serai presque complètement remis. »
Hélas ! le courageux missionnaire se faisait illusion ; cette amélioration n'était qu'apparente. Les privations et les souffrances de vingt années d'apostolat avaient épuisé ses forces; il ne se soutenait plus que par l'énergie de son caractère. N'écoutant que son courage, il se rendit au Japon où il avait résolu de transporter le poste de Notre-Dame des Neiges.
Il serait difficile d'exprimer ici la joie et aussi la douloureuse émotion de Mgr Petitjean en revoyant l'ami qui lui rappelait les belles années du séminaire à Paris, les solennités du concile du Vatican, et qui avait tant souffert pour Jésus-Christ. C'était bien la même pénétration dans le regard, le même sourire sur les lèvres, le même air de bonté sur le visage, mais ses cheveux blanchis avant l'âge, ses traits amaigris disaient éloquemment les longues tortures de la prison.
Cependant rien ne faisait pressentir une fin prochaine. Dans la résidence si hospitalière de l'évêque du Japon, le vénérable malade, se vit l'objet des soins les plus empressés. Dans ces conditions si favorables, sa santé parut un instant se rétablir ; lorsque, le 5 octobre, vers deux heures de l'après-midi, on le
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trouva dans son fauteuil, la tête inclinée, le regard éteint et respirant avec peine. Par bonheur, il y avait ce jour-là un navire de guerre russe dans le port de Nagazaki. On appela en toute hâte le docteur qui s'empressa de venir. Celui-ci déclara aussitôt que c'était une attaque d'apoplexie. Grâce à ses bons soins le danger disparut bientôt, mais le bras et la jambe du côté droit restèrent paralysés. Cependant le docteur russe donna l'espérance que cette paralysie disparaîtrait avant peu. Cette nouvelle épreuve n'altéra point la sérénité de Mgr Ridel. « Notre vénéré confesseur de la foi, écrivait Mgr Petitjean, est magnifique de résignation, il est pour nous tous un grand sujet d'édification. »
« Je ne souffrais pas beaucoup, a raconté lui-même le saint missionnaire, mais autour de moi on était effrayé, on craignait que mon état n'empirât à l'improviste, Mgr Petitjean se décida donc à me parler des sacrements. Je me confessai. Sa Grandeur me proposa ensuite de recevoir l'extrême-onction. Je ne me croyais pas très malade, cependant je lui répondis : « Je le veux bien, je vais m'y préparer, j'avais vu souvent la mort de si près, et dans des circonstances où elle se montrait si terrible, que je n'éprouvai pas la moindre émotion. »
Ce fut une scène bien touchante. Les prêtres de la mission revêtus de leurs blancs surplis accompagnaient Mgr Petitjean ; les élèves du séminaire tenant à la main des cierges allumés et plusieurs chrétiens venaient ensuite. Le malade pouvait à peine articuler ses paroles, toutefois au mouvement de ses lèvres, on voyait qu'il s'unissait de cœur et de bouche aux prières. Son visage radieux exprimait la joie et l'ac-
tion de grâce. La seule pensée des années éternelles l'absorbait tout entier; on eût dit que sa belle âme impatiente de briser son enveloppe terrestre et de prendre son essor, entrevoyait déjà, dans la gloire, Dieu qui devait être sa récompense. Les prêtres, les séminaristes, les fidèles agenouillés et répondant aux prières de la sainte liturgie ne pouvaient se contenir ; tous pleuraient. « Pour moi, disait encore plus tard Mgr Ridel, j'étais heureux, je voulais bien mourir ; car je me sentais bien préparé. Cependant un nuage de tristesse passa sur mon cœur quand je songeai aux miens. « Que vont-ils devenir, me disais-je, lorsqu'ils « l'apprendront ? » Puis, j'offris le sacrifice de ma vie et de mes affections pour le salut de la Corée, pour mes chrétiens, et je ne songeai plus qu'à Dieu et à l'éternité. »
Le troisième jour un léger mieux se déclara et se continua quelques semaines; mais la chaleur était insupportable. Jour et nuit, deux élèves du séminaire venaient à tour de rôle remplir près de lui l'office de garde-malade, et s'occupaient àchasserles moustiques. Son bon sourire, caressant et patient, sa douceur, ses délicatesses paternelles eurent bientôt gagné le cœur de ces jeunes gens qui rivalisaient de soins et d'attentions.
Dans cette immobilité complète, les jours étaient sans fin, mais la douleur et l'insomnie rendaient les nuits plus longues encore. Le mâtin on le portait dans un fauteuil, le soir on l'étendait sur son lit; c'était pour le pauvre paralytique une variété bien monotone ; mais sa patience courageuse lui faisait conserver toute sa gaieté. Malheureusement, les espérances d'une guérison prochaine s'évanouirent peu à peu.
Vers la fin d'octobre, le navire de guerre russe partait
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de Nagazaki. Avant son départ, le docteur conseilla de transporter le malade au Sanatorium de Hong-Kong: Les soins qu'il trouverait là, le changement d'air, la traversée même, ne pouvaient avoir qu'un salutaire effet sur une santé si délabrée. Ce bon conseil fut un ordre.
Le 23 novembre, Mgr Ridel, étendu sur une sorte de brancard, quittait la résidence épiscopale de Mgr Petitjean. Les chrétiens de Nagazaki voulurent l'accompagner jusqu'au port et témoigner ainsi à l'évêque de Corée leur amour et leur vénération. Avant de se diriger vers le vaisseau, on prit le chemin de l'église, gracieux édifice situé sur le penchant d'une colline qui domine la rade et la ville tout entière, et d'où se déroule le plus vaste panorama. On monta les degrés du saint lieu ; sur le seuil, on s'arrêta et on entonna l'hymne Ave maris Stella. Aussitôt les chrétiens, unissant leurs voix à celles des missionnaires, rirent monter vers Marie, étoile de la mer et salut des infirmes, les accents de la plus ardente supplication. Le malade pria ceux qui le portaient de le tourner vers la foule qui implorait le Ciel pour lui avec tant de ferveur, et, sa main gauche soulevant péniblement sa main droite, il la bénit. Au même instant plusieurs vaisseaux entraient dans le port, et le canon, saluant leur arrivée, retentissait de toutes parts. La foule sanglottait ; le chant du Magnificat sortait entrecoupé de toutes les poitrines. En présence de ce spectacle inattendu, le missionnaire se sentit dominé par l'émotion, de grosses larmes roulèrent le long de son visage et ses lèvres murmurèrent : « Que cet adieu solennel ressemble à un dernier adieu ! »
Quelques instants plus tard, Mgr Ridel, assisté de M. Poisnel, missionnaire destiné à la Corée, repre-
nait le chemin de la Chine. Après un assez long séjour à Chang-Haï, il arrivait à Hong-Kong au commencement de l'année suivante.
Le Sanatorium, que les missionnaires appellent encore Maison de Béthanie, est une résidence spacieuse, parfaitement accommodée à l'état de ses hôtes. Elle est située sur un monticule qui domine la ville et d'où la mer se déroule jusqu'à l'horizon. Là, le malade respire l'air le moins insalubre de la Chine; la vue de l'Océan, continuellement sillonné par les bâtiments de guerre et de commerce le repose et le récrée. Il trouve encore dans cet asile tous les secours de l'art et les attentions que la charité fraternelle seule est capable d'inspirer.
En arrivant à Hong-Kong, Mgr Ridel fut l'objet des plus vives sympathies. « Ici, disait-il, on me prodigue tous les soins possibles avec la plus grande charité. J'étais venu pour être soigné, mais je vois qu'on veut me gâter. De ma chambre, j'aperçois la mer et des îles dans le lointain ; le soir, j'assiste souvent à de magnifiques couchers de soleil. Mais le plus précieux, c'est que je suis tout près de la chapelle, le voisin du bon Dieu ! et tous les jours, j'ai le bonheur de faire la sainte communion. Appuyé sur les bras d'un autre malade, je fais quelques pas autour de la maison. Le médecin dit que je pourrai me rétablir, moi je pense que le mieux est ce que Dieu veut. »
Ces courtes promenades occasionnaient parfois de cruelles souffrances, mais le courageux évêque les recommençait souvent, pour donner à ses membres paralysés plus de vigueur et de souplesse. De retour dans sa chambre., il exerçait sa main gauche à lui rendre les services que lui refusait sa main droite.
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Nous avons, éparses devant nous, les lignes qu'il traçait ainsi péniblement. Toutes respirent la même sérénité, le même contentement d'une âme sainte dont le suprême désir est de se conformer en tout au bon plaisir de Dieu. A la vue de ces caractères tracés par une main tremblante, au prix de tant de douloureux efforts, le cœur se serre, et involontairement les yeux se mouillent de larmes. Ces lettres ne sont que de simples billets, qui deviennent plus longs à mesure que les forces augmentent : dans chacune le missionnaire met toute son âme. Nous citons au hasard.
Mgr Ridel à sa famille :
Hong-Kong, 26 janvier 1882.
Biens chers Amis,
Je voudrais vous écrire plus souvent, mais vous voyez la difficulté que j'éprouve. En ce moment, je suis un peu mieux ; mais le bras droit me fait toujours souffrir. C'est la volonté du bon Dieu. Qu'il soit béni ! Je ferai en sorte de vous écrire désormais. Courage et patience, et surtout pas de tristesse. Ici, nous sommes toujours gais. Réjouissez-vous dans le Seigneur.
25 février. — Je pense continuellement à vous, je voudrais bien vous écrire plus souvent, mais comment faire? Ma main gauche ne fait pas de progrès, et ma main droite est toujours aussi paresseuse. On me dit cependant que je suis mieux, on m'affirme toujours que je guérirai. Je ne sais, et personne je crois, ne peut le savoir. Ce que Dieu voudra sera toujours le
meilleur et le plus avantageux. Si je ne puis pas répondre à toutes vos lettres, je puis du moins les lire. Ne vous découragez donc pas, et continuez à m'écrire le plus souvent que vous pourrez ; ne vous inquiétez pas, j'ai ici tout ce que je puis désirer, mais priez pour moi afin que je sache profiter de mon état pour travailler efficacement à ma sanctification.
3 Mai. — Du temps, de la patience, surtout de la confiance ! Je n'ai pas l'intention de retourner en Europe comme vous m'y engagez, parce qu'un pareil voyage dans ma position serait bien difficile ; ensuite, je ne sais si je guérirais plus facilement en France qu'ici, et surtout je craindrais que, si je ne guérissais point, on ne cherchât à me retenir. J'ai toujours au fond du cœur l'amour de ma Corée. C'est là que je voudrais vivre et mourir. Mais par-dessus tout, que Dieu soit aimé et sa sainte volonté soit faite ! Vous comprendrez mes raisons, vous les agréerez, et vous ne douterez pas de ma vive affection pour vous. Comme nous nous aimerons bien en paradis, où nous nous retrouverons pour ne plus nous quitter !
Adieu, bien chers amis, restons unis dans le cœur de Notre-Seigneur; je le prie de vous protéger et de vous bénir.
10 Juillet. — Merci pour vos bonnes lettres et vos souhaits affectueux. Je suis à peu près dans le même état; vous voyez que c'est bien long, mais patience. Il est bon, ah ! bien bon de souffrir ici-bas. C'est le plus sûr moyen de faire son salut. Le ciel est si beau qu'il ne faut rien épargner pour s'en assurer la possession. Et puis, Notre-Seigneur, par amour pour nous, a tant souffert ! N'est-il pas juste, en retour, que nous aussi, par soumission à sa sainte volonté et surtout par
amour pour un si bon Maître, nous souffrions volontiers les misères que sa providence miséricordieuse sème, pour notre plus grand bien, sur le chemin de la vie. Courage donc, il est si bon de se reposer au ciel !...
Ces lignes sont à peu près les dernières que l'e'vêque missionnaire ait écrites à sa famille. Nous l'avons déjà remarqué, la pensée surnaturelle est toujours présente dans cette correspondance. Véritable apôtre, Mgr Ridel veut que tout en lui soit une prédication, et nous ne connaissons pas une de ses lettres, même parmi les plus familières, qui ne contienne un mot pour élever l'âme.
Déjà près de dix mois s'étaient écoulés depuis le jour où la maladie l'avait arrêté dans ses courses apostoliques. Les ressources de l'art, les soins les plus assidus n'avaient pu vaincre l'opiniâtreté du mal. De toutes parts alors, de ferventes prières s'élevèrent vers le ciel ; mais d'autres amis priaient aussi là-haut pour rappeler à eux le confesseur de Jésus-Christ. Les amis du ciel furent plus forts que les amis de la terre.
Dieu, qui voulait récompenser son serviteur, mesura l'épreuve à son courage. Avant le sacrifice suprême, il en exigeait un autre. .. Lorsqu'on parla au courageux missionnaire de retourner en France, son premier mouvement fut de repousser cette idée avec énergie. Toutes ses pensées, toutes ses aspirations le portaient vers la Corée. Malgré son mal impitoyable, il y songeait toujours, il s'en occupait sans cesse.
Sa vie avait eu des stations bien rudes ; aucune souffrance, aucune contradiction ne lui avait été épargnée ; néanmoins de tous les sacrifices que Dieu pouvait lui imposer, le plus grand et le plus douloureux
était de s'éloigner encore de sa mission, peut-être pour toujours. Mais l'avis de ses confrères était unanime ; l'opinion des médecins, formelle. Seul, le pays natal était capable de lui donner sinon une guérison complète, du moins assez de forces pour travailler encore à la conversion de la Corée. Cette dernière considération le toucha ; il lui sembla que Dieu lui demandait cette nouvelle épreuve. Pendant quelques jours, on sentit la lutte, on devina le sacrifice ; mais le désir de se conformer à la volonté divine l'emporta sur sa plus chère affection. Dès lors, sans qu'une plainte effleurât ses lèvres, sans qu'une ride trahît sa douleur, le sacrifice était accompli. Cette immolation de ce qu'il aimait le plus au monde fut l'achèvement de sa vertu.
On se rappelle que Mgr Ridel avait reçu du Saint- Siège les pouvoirs nécessaires pour se choisir un successeur. Le moment lui parut opportun de faire valoir ce privilège.
Après avoir longtemps imploré les lumières de l'Esprit Saint, le vénérable apôtre écrivit à M. Blanc pour le prier de se laisser imposer les mains et se faire sacrer au plus vite évêque coadjuteur de Corée, sous le titre d'évêque d'Antigone.
Voici ce document :
Bien cher père Blanc,
« Mon grand désir serait de vous voir, de vivre près de vous, de prendre part à vos fatigues et à vos peines. La persécution m'a brusquement séparé de vous et voici que la maladie m'oblige à m'éloigner encore. On m'envoie en France chercher la santé. Que me réserve l'avenir ? Je ne sais. Ce départ est le sacrifice qui me coûte le plus ; que la volonté de Dieu soit faite !
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« Après avoir longtemps réfléchi en la présence de Dieu, le jour de la fête de sainte Anne, je vous ai nommé coadjuteur. Veuillez accepter en toute simplicité et confiance en la bonté de Dieu et vous faire sacrer le plus tôt possible.
«Je vous transmets tous mes pouvoirs, je vous confie l'administration intérieure et extérieure de la mission et mets à votre disposition tous mes insignes. »
Les lignes qu'on vient de lire ont été dictées par MgrRidel, celles qui suivent sont écrites de sa main.
« Vous savez, Monseigneur, je puis bien le premier vous donner ce titre, vous savez mes sentiments d'affection pour Votre Grandeur. Je voudrais vous les témoigner de vive voix pour le dévouement dont vous m'avez donné tant de preuves dans les circonstances les plus difficiles. Hélas ! je pars, et ma main gauche est trop inhabile pour retracer ce que mon cœur veut dire.
« Je vous recommande bien tous les confrères, tous les chrétiens, et particulièrement M. Poisnel, qui m'a soigné avec tant de charité, au nom de tous les missionnaires de la Corée.
« Continuez les travaux commencés : l'administration des chrétiens, le procès des martyrs, la traduction, la correction et l'impression de livres nouveaux, utiles aux chrétiens. Veillez surtout à la sanctification de tous les confrères, de tous les chrétiens.
« Que Dieu vous conserve, voUs donne la paix et de nombreuses conversions. Puissé-je bientôt revenir !
« Adieu, ou plutôt au revoir ; comme il plaira à Notre-Seigneur. Tout pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes. Priez pour moi, votre ami, votre frère en Notre-Seigneur et sa sainte Mère. »
Ce devoir accompli, Mgr Ridel s'embarqua pour la France. Dans sa douleur, le missionnaire eut encore la bonne fortune de rencontrer à bord du Natal, à la tête d'un équipage chrétien, un homme chez qui la bonté du cœur, l'aménité du caractère s'alliaient à une vive intelligence et à des convictions profondes. C'était avec vérité que M. le commandant Nodier disait aux missionnaires qui lui confiaient leur cher malade : « Ne craignez rien, Messieurs, monseigneur avec nous sera en famille. »
Dès les premiers jours de la traversée, le pieux évêque s'était conquis l'affection de tous ses compagnons de voyage; la bonté lui semblait si naturelle, la gaieté si facile !
Bientôt sa louange fut sur toutes les lèvres. Quand on s'approchait de cette âme si pieuse et si forte on éprouvait le sentiment et comme le parfum de sa vertu. L'admiration allait croissant, et la vénération en résultait :
« Je n'oublierai de ma vie, écrivait deux ans plus tard l'un des passagers, le mois que nous avons passé ensemble à bord du Natal.
« Malgré ses souffrances et la très grande gêne que lui faisait éprouver sa paralysie, c'était lui qui avait le caractère le plus égal et qui nous remontait le moral ; car, si nous n'avons pas eu de mauvais temps, nous avons dû faire deux quarantaines, ce qui excitait peu notre belle humeur.
« Lécher Monseigneur espérait guérir et retourner dans sa mission où son long séjour et les connaissances spéciales qu'il y avait acquises le rendaient si utile. Dieu en a décidé autrement, c'est un saint de plus. »