‹ Mgr Seghers, l'apôtre de l'AlaskaChapitre 5 sur 38 · XXXI · texte numérisé non relu

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pour tonte la vie, de courage et de force, le feu de l'ardeur pour entreprendre, et l'acier de la constance et de l'énergie pour persévérer. On trouve rarement ces deux choses réunies. Préparez-vous à pratiquer ici ce que l'on nomme l'esprit de renoncement et de sacrifice : omnibus oiunia factus; venez pour donner votre coup d'épaule au char de la religion, non pour opérer des milliers et des milliers de conversions. Les S. François Xavier ne sont pas aussi nombreux que l'on se l'imagine en Belgique. Venez pour faire progresser quelque peu ce (pie d'autres ont commencé, pour commencer vous-même ce que vos successeurs feront progresser; et lorsque nous aurons sacrifié notre corps, et notre santé, et notre vie pour le bien, disons-nous après tout : servi inutiles sumvs ».

Voilà comment il comprenait la vie du missionnaire : irregardait im\o\iv de lui, il voyait le bien qu'il y avait à faire, il brûlait de le réaliser; mais en même temps il demeurait maître de lui-même, et savait attendre, s'il le fallait, connne il savait, lorsque les circonstances le permettaient, mettre la main à l'œuvre avec une sui)rême vigueur.

Oh ! comme il brûlait du désir d'aller évangéliser les pauvres Indiens de Vancouver! C'est en termes de feu qu'il en én-rit à son vénéré Recteur de Louvain, le confident de toutes ses pensées :

<f Une mission indienne, sur la côte Nord, reste confiée

aux soins dos Pôios OMais jusqu'à ce quo d'auties missionnaires puissent y être envoyés. Deux missions cliez les mêmes peuplades, sur la eôte Ouest, doivent être fondées; les Indiens n'y ont jamais, jamais, jamais vu un prêtre. Que je voudrais y aller! Mais l'Evéque ne le veut pas : primo, parce que vous, vous! (et je vous en veux toujours de ce chef I lui avez dit que ma santé est trop délicate ! seconde, parce qu'il ne veut pas se séparer de moi ; tertio, parce qu'il a besoin à ^'icto^ia d'un prêtre parlant français. J'avais toujours espéré que lorsqu'arriverait un prêtre un peu plus âgé que moi, il serait préposé an couvent et je pourrais aller aux missions. Mais hélas!... Jugez par vous-même : Il y a quelques jours, je demande à Sa Grandeur (c'est la première fois que je lui demande quelque chosel : ■ — Pourquoi ne cherchez-vous pas un bon prêtre pour vos religieuses; envoyez-moi à la cote Ouest. — Le lendemain il me dit : J'ai écrit en Canada pour demander un prêtre. — Pour les religieuses, n'est-ce pas! — Non, pour les sauvages. — Je reste donc enchaîné à Victoria ! Non sicut ego tolo, scd sicv.t Tvl » (1) Quelques mois plus tard, il revient à son sujet de prédilection : « La côte Ouest, que baigne le Pacifique, n'est habitée que par les sauvages. Pas de blancs; e\ jamais un pi être n'a mis le pied sur cette terre abandonnée! Il FAIT let le mot est trois fois soidigné) qu'une

U) 18 avril 1866.

mission y soit fondée... » 'D II n'en tarit pas, et la même année encore, il épanche son cœur : « J'ai demandé à être envoyé chez les Indiens, et je n'ai obtenu qu'un « non » tout court ! Et cependant quelque chose me dit qu'un jour, si je vis, j'irai chez les Indiens! » (2)

Il ne se fait pas illusion. Il sait les souffrances et les déboires qui attendent le missionnaire parmi ces peuplades grossières et cruelles ; il sait les privations de chaque jour, il sait les répugnances qu'il aura à vaincre, ces souffrances de tous les moments, bien plus difficiles à braver que les dangers les plus terribles. Luimême il écrit :

(( Vraiment il me semble que les Indiens ne ressemblent guère aux autres descendants d'Adam. Leur langage, un abominable jargon ; leur personne, quelle odeur ! quelle malpropreté ! Je puis vous assurer, je n'exagère pas : tout le monde n'est pas appelé à être missionnaire chez les Indiens. Paiici mcati, et non midti! » (3)

Cependant, l'obéissance seule est capable de le retenir; et lorsque, plus tard, son élévation à l'épiscopat l'a rendu maître de ses actes et de sa personne, il se souvient aussitôt qvL il /mU que des missions soient fondées; il part, (( prêt à tout, même au martyre » ; puis, plus

(1) A Mgr De Neve, l»"" octobre 186G.

;^2) » » 14 novembre 186G.

(3) » » 4 novembre 1865.

tard encore, il renonce au siège archiépiscopal d'Orégon pour retourner k sou cher diocèse de Vancouver, })arce qu' f< il s'est lait missionnaire, non pour vivre ou |)ays civilisé, iiuiis liieu parmi les sauvtiges n 0-).

Oh! non, sou dévoùment ne se ré(hiisait pas à de lèrvputs (h'sirs : il a lourni une somme énorme de travail, ce prêtre à la santé débile, vomissant le sang à plusieurs reprises, menacé, si pas atteint, de phthisie pulmonaire, condamné par les médecins. Dès les premiers temps, il cumule les l'onctions de vicaire de la cathédrale, d'aumonier du couvent, avec un personnel d'une dizaine de religieuses et de cent vingt enfants, de secrétaire de son Evèque, chargé à plusieurs reprises par celui-ci de tout le soin et de toute la responsabilité du matériel du diocèse ; il entreprend de longues et pénibles missions dans l'intérieur; et toute cette besogne lui laisse des loisirs pour étudier, pour écrire, à lui le malade, à lui le phthisique! Et lorsque la maladie le trappe plus cruellement, lorsque des amis dévoués le supplient de prendre tjuelque repos, d'aller jouir pour quelque temps de leur fraternelle hospitalité, de leurs soins dévoués, il ré})ond (jue ses occupations le réclament; une seule lois il se rend aux appels de son ami M. Brondel, et se repose chez lui... pendant dix Jours!

(1) Il les ili.Sîiit ces paroles, en novembre 1883, le joui* où il demandait son retour ;i Vancouver.

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