‹ Mgr Seghers, l'apôtre de l'AlaskaChapitre 6 sur 38 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

En 1878 il revient d'un pénible voyage de seize mois dans les neiges d'Alaska. Il trouve sa nomination de coadjuteur de l'Archevêque d'Orégon. Il ne veut point quitter son diocèse sans en avoir visité de nouveau toutes les missions; il parcourt tout Vancouver, il retourne en Alaska. A peine reveini tle celte lointaine course apostolique, il se rend à Portland ; huit jours plus tard il se remet en route et vo^'age pendant seize mois à. travers les montagnes d'Orégon, d'Idaho et de Montana.

Plus tard, lorsqu'après le Concile de Baltimore il s'attarde dans les provinces de l'Est pour recueillir les tonds nécessaires à ses expéditions en Alaska, il croirait })erdre son temps, s'il ne travaillait d'une façon directe au salut des âmes; pendant les heures (pii lui restent, il donne des retraites, il prêche des missions aux ouvi-iers des grandes villes.

Dans son dernier voyage, après une marche de près de deux mois, il arrive à la Stewart River. Les circonstances lui semblent exiger qu'il se sépare de ses compagnons. Tout autre eût pris au moins un jour de repos; mais il voit seulement le devoir qui l'appelle et les travaux (pii le réclament : arrivé le 7 septembre 1886, il part le lendemain pour un voyage de trois cent cinquante lieues, à travers un pays inexploré, en compagnie de son seul domestique, qui devait devenir son meurtrier.

Il ne pouvait entendre parler de repos. Le père

Cataldo, qui fît avec lui plusieurs courses apostoliques dans rOrég-on, lui représentait un jour qu'il se fatiguait à l'excès, en courant à cheval par monts et par vaux, pour instruire et assister les habitants ëpars de ces contrées. L'archevêque lui répondit axec un sourire : « Lorsque je prêche, je me repose d'être à cheval; lorsque je suis à cheval, je me repose de prêcher, j) (i)

Travailler, toujours, sans relâche, fut le rêve de sa vie, un rêve qu'il réalisa.

Aussi n'est-il pas étonnant qu'un tel prêtre, dès les premiers jours de sa vie apostolique, ait été regardé comme le missionnaire par excellence, comme la cheville ouvrière des missions auxquelles il s'était consacré, que sa présence ait été considérée comme une bénédiction toute particulière de la Providence pour les contrées de l'extrême Ouest. Son Evêque rendait de lui, en 1867, ce témoignage qui suffirait à nous le faire admirer : <' 11 i)eut se trouver quelque part un prêtre connne M. Seghers ; nulle part il ne peut y en avoir' de meilleur ! » (2)

En 1869, lorsque le vénérable recteur du Séminaire américain songe à demander le retour en Europe de M. Seghers, comptant trouver en lui un auxiliaire dans l'administration de son important établissement, M. Jonc-

(1) Lettre du P. Cataldo à M. Talibé Vau Hulse, i5 avril 1894.

(2) Ces paroles ont été prononcées par Mgr Demers au Séminaire auiéi"icain de Louvain, en 1867.

kaii jette un cri de détresse : « Non, M. Seghers ne peut quitter ce pays sans exposer sa santé, et ce qui est plus grave, sans exposer le diocèse » (i). Le même M. Jonckan bénit Dieu « de lui avoir fait trouver dans ce tout jeune prêtre un directeur sage, pieux et zélé. Il est estimé et aimé au plus haut point, et on a pour lui plus de déférence que pour les plus hauts personnages » (2).

Cette défé-rence, ce respect, ce suprême attachement de la population dépassait, en effet, tout ce que l'on pourrait imaginer. Lorsqu'on 1869 la mort menace de l'enlever bientôt, tout Victoria en est affligé comme d'une calamité publique; l'Evêque lui-même supplie le Pape d'obtenir de Dieu la guérison de ce prêtre, « parce qu'on ne pourrait se passer de son zèle et de son dévoûment » .

Et lui-même, le vaillant, alors qu'il eût reconnu son état, il n'avait qu'une préoccupation : travailler! « On me dit que je suis atteint de phthisie ! J'espère ({ue ce sera une de ces phthisies lentes, qui permettent de travailler pendant quarante ans ! »

« J'ai eu un crachement de sang. Si c'est la volonté de Dieu, je suis prêt à quitter cette vie, mais, comme mon Evêque le répète souvent après S' Martin, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail! » (^)

(1) A Mgr De Neve, 7 juin 1869.

(2) » » 21 janvier 1869.

^3) » » 11 mai 1868.

XXXYIII

Il ne tenait point à vivre, « Je vous suis très reconnaisscxnt, écrivait-il, pour votre souhait d'une longue vie. J'y suis personnellement bien inditferent. Non recam laborem. et d'un autre coté, je consens volontiers à quitter la terre, n'ijnporte (piand. » (i)

Mais son rêve était de mourir sur le champ de bataille. A peine s'établit-il dans le pays auquel il s'est consacré, que la pensée de tomber en combattant pour Dieu l'anime et l'encourage :

« Lorsque je serai établi ici, ou dans l'endroit où Dieu me voudra, j'espère me préparera mourir comme un soldat du Christ, sur le cliani}) de bataille, les armes à la main; au moins s'il veut qu'il en soit ainsi, w (2) H le proclame à diverses reprises : son plus vif désir est de mourir pour son Dieu, comme le Saint qu'il a pris pour son patron et son modèle, S' Liévin.

Aussi, le jour où la mort violente vient le thq)})er, ne le surprend-elle pas. Il y est préparé depuis longtemps, et il l'accueille dans toute la sérénité d'une calme et parfaite résignation.

Son dévoùmeut, son énergie, la lorce indompiable de son àme, étaient un de ces dévoiiments froids et calmes, une énergie de ter et d'acier. << Il faut; » il pronouç;iit ce

(1) A M. Tabbé V. L., 19 nvù ISSl .

(2) A Mgr De Neve, juin 18()4.

mot avec un accent (lui frappait, et je l'ai entendu, un jour, ajouter : « C'est bien dur, mais cela ne tait rien; » le ton dont il disait ces paroles si simples, si banales, si nulles en apparence, m'impressionna si vivement, qu'après douze ans je le vois, je l'entends' encore les dire. Voilà l'énergie chrétienne, faite de la vue claire du devoir, et du mépris des propres convenances, des aises, du bien-être, (c C'est bien dnr, mais cela ne fait rien! » voilà la vertu, voilà la

sainteté.

' Ce renoncement, cet esprit de sacrifice, Mgr Seghers

l'a pratiqué dans la plus large mesure. Ce (pi'il a soutfert

•flans ses courses apostoliques est indicible; jusqu'à tomlîer

sur les, rochers du 'chemin, exténué de faim et de

fotigue ; jusqu'à être méconnaissable, tant le froid l'avait

, défiguré dans les neiges des régions polaires, par 45" sous

zéro. Mais ces soufi'rances, il les méprisait; et le lendemain

il était en route de nouveau, pour sauver des âmes.

(Qu'étaient d'ailleurs ces souffrances physiques à côté des douleurs morales (pi'il endura, surtout dans ses premières années à ^^ictoria. l'our s'en rendre compte, il faudrait un cœur comme le sien, sensible et délicat, affiné ])ar un amour sans limites pour Dieu, pour l'Eglise et pour les âmes. Dieu, il le voyait insulté; l'Eglise, il la voyait honnie si souvent; les âmes, ces âmes pour lesquelles il eut donné sa vie, il les voyait se perdre à cc^té de lui, sans pouvoir voler à leur secours !

Non, on n'apprécie pas ces douleurs, si l'on ne possède le cœur qui battait dans sa poitrine. Mais lui, il les a senties, senties si vives, si poignantes, qu'il leur attribue le dépérissement de sa santé. « C'est l'angoisse de l'âme unie à trop de fatigue de la voix qui m'a causé cette maladie... » (i) Et cependant il ne se plaint pas; les souffrances sont incapables de l'abattre, et il dit, en modifiant le mot de l'Apôtre : ((forispugnœ, intnsjpugnœ, timorés nuUi; je suis assuré que rien ne sera capable de briser mon énergie ! » (2)

A bon droit il le disait, car son énergie, comme son dévoûment et son zèle, comme sa patience et son renoncement, il la puisait à la source de tout ce qui est indéfectible et immuable : en Dieu.

En etfet, la force d'âme de ce grand missionnaire, et ses vertus furent le fruit du chrétien esprit de perfection et de l'ascèse chrétienne.

Non que nous voulions nier l'importante influence de la nature et du tempérament. Chaque homme est, jusqu'à un certain point, ce que le fait l'évolution de son naturel. Mais cela même est entre ses mains un instrument, une arme qu'il emploie à son gré. Cette arme, il peut la diriger

(1) A Mgr De Neve, 6 avril 1869 .

(2) » « 13 décembre 1867.

Où il veut, en faire l'usage qu'il lui plaît. Qu'il tire sur reiinemi, ou que, en révolté, il tire sur les troupes de son camp, l'arme est la même, mais elle lui sert au devoir ou au mal, selon qu'il le veut.

L'homme admirable que l'on appelle Charles Jean Seghers parvint, par un effort constant de volonté, à faire converger vers le plus grand des buts toutes les forces de sa riche nature; cet effort se trouva surtout dans la méditation et la prière.

La haute estime dans laquelle il tenait ces pratiques se traduit en ces conseils qu'il donnait à un ami : « prenez la ferme résolution de n'omettre jamais votre méditation le matin, votre examen de conscience le soir, et votre chapelet. Suivre ici une règle de vie est impossible; mais négliger ces choses-là est dangereux; et j'ose dire : Malheur au' prêtre qui ne célèbre pas les SS. Mystères chaque jour, lorsqu'il en a l'occasion. « (D

Il avait compris la nécessité absolue de la méditation. Si facile, si inévitable est l'entraînement de toutes les contingences qui nous environnent, ce que l'Ecrivain sacré nomme avec tant de justesse et.de force \^ fascifnatio nugacUaMs, la fascination de la bagatelle ; si profondément ressenties sont les sollicitations de l'amour de soi-même et des passions, qu'il faut, si on veut les vaincre et les dompter,

(1^ A M. Jonckau, V" octobre 18(Î6.

so remettre chaque jour «levant les yeux l'idf'al diviu que l'on a choisi pour la boussole de sa vie ; chaque jour il iaul, dans le calme et la paix, se remettre en présence de soimême, et se demander ce que Ion veut ; sinon, on s'en va à la dérive, abandonné aux mille courants qui sollicitent Y;une en sens divers, et. ballotté par la vag'ue, on échoue tinalement bien loin du luit (pie l'on s'était proposé. Chaque jour, il faut se redire : voilà ce que je veux; voilà le princii)e de toutes mes actions, et leur lin suprême. Non content d'avoir proposé à son âme la norme de ses actions, il faut se demander, la journée iinie, si l'on ne s'est point laissé entraîner par les courants, si l'on a marché droit dans la voie fixée : l'examen de conscience, cette discussion et ce juii'ement de nos pro})res actes, doit être la contre-partie d<^ la méditation. Voilà ce qu'avait com})ris le jeune missionnaire, comme l'ont compris tous ceux (pii ont s<M'vi Dieu dans la perfection de leur vie.

Il avait compris aussi (juil est perdu, l'homme se confiant en ses propres forces; il ne trou\e pas trop foi-t ce mot d'une effrayante énergie : « Malheur au prêtre (|ui ne célèbre pas les SS. Mystères chaque jour! " Il savaii que lo^uvrc (!<' la sjuictiticatiou, de la sanctitication }ir(i})r<' comme de celle d'autrui, ji'est pas r(euvre de l'homme, mais l'œuvre de Dieu. Lui seul est l'auteur et le distributeur des grâces, tout ce que Dieu n'a point bâti est condamné à la ruiiK', tout ce qu'il ne tient pas sous sa prarde est perdu!

Aussi Mgr Seghers fut-il houime de prière ;ivant tout. La prière était sa joie et sa consolation ; elle l'était pour sou aine de jeune prêtre, quand Dieu ne lui ménageait point ces intimes douceurs que ceux-là seuls comprennent, ([ui les ont goûtées; elle l'était encore, lorsque Dieu lui retira les consolations sensibles, lorsque, selon ses propres paroles, « il ne trouva plus dans la prière cette douceur, cette satisfaction de l'enfant parlant à son père n (i) ; il continua à chercher dans l'oraison la force dont il avait besoin, le courage au milieu des travaux et des souffrances. Ceux ([ui l'ont vu de près, pourraient citer bien des exemples de cet esprit de prière ; citons-en deux : C'était en 1884. Il se trouvait en Flandre, à Hauthem- S* Liévin. Accompagné de plusieurs prêtres, il avait fait une visite au tombeau du Saint qu'il regardait comme le patron des Evèques missionnaires, du Saint dont il enviait la mort, la mort du martyre. Après une longue station au tombeau vénéré, tous se trouvaient réunis au presbytère, lorsqu'on s'aperçut de l'absence de l'archevêque d'Orégon. On le chercha partout, sans le trouver ; enfin deux des prêtres i»résents eurent l'idée de retourner à l'église. Une porte était entr'ouverte ; ils aperçurent, prosterné devant le tombeau du Martyr, dans l'attitude du plus profond recueillement, le missionnaire qui priait. Après avoir joui.

(1) A Mgr De Nftve, 11 novembre 18G7,

non sans émotion, du pieux spectacle, les prêtres se retirèrent, laissant l'P^véque à son entretien avec Dieu et le Saint. L'après-midi, dans une allocution qu'il fit aux fidèles, Mgr Seghers laissa soupçonner quelle avait été sa prière. Dans un pieux enthousiasme il s'ëcria : « S* Liévin est mon patron, le patron des Evéques missionnaires, il n'est rien que je désire plus vivement que de mourir comme il est mort ! »

Quelques mois plus tard, les fidèles de Baltimore se racontaient que, chaque jour, on pouvait voir à la cathédrale, derrière im pilier du sanctuaire, l'archevêque d'Orégon priant longuement, tout absorbé en Dieu.

Dans sa profonde humilité il demandait sans cesse que l'on priât pour lui et pour ses missions ; il n'est guère de ses lettres qui ne se terminent, non par une formule banale, mais par un instant et éloquent appel à la prière.

ce Priez, faites prier, surtout durant la S*^ Messe pour moi et pour mes missions. Je sais trop l)ien que Dens mcrementum dat. (i)

c( Je vous en supplie, per viscera miser icordi<B Del nostri, priez pour moi surtout pendant le S, Sacrifice. » *>2>

(c L'avenir nous apparaît beaucoup plus sombre. Que faire donc? Demander des prières, toujours des prières;

(1) A M. l'abbé V. L.. 5 décembre 1865.

(2) . . 30juinlS73.

et chasser de notre esprit toute préoccupation touchant le temps à venir.... Cher ami, je voudrais avoir mille bouches et mille voix pour vous crier incessamment : priez, priez, priez, et faites prier! » (i)

Si le saint prêtre était homme d'oraison, il n'était pas moins persuadé de la nécessité d'un autre moyen de perfection : la confiance et l'entière ouverture de cœur à , l'égard d'un homme capable de donner conseil et lumière. II. rendait compte de tout ce qui se passait dans son âme : désirs et tentations, aspirations et découragements, ardeurs et lâchetés, tout était exposé avec sincérité, ouverture et humilité. Il savait combien l'homme est aveugle sur tout ce qui le regarde, combien facilement il s'égare dans l'appréciation de ce qui se passe dans son intérieur. Il acceptait les conseils avec respect et reconnaissance, et s'empressait de les mettre en

pratique.

Combien ardent est son désir de sainteté ! Combien vive sa gratitude pour ceux qui le stimulent dans la voie de la perfection !

« Quand je quittais le vieux pays, je me disais, en pensant à S^ François Xavier et à S^ Paul : On va se sanctifier là-bas!... Du tout, je suis toujours le même; je

(1) A M. l'abbé V. L., 30 septembre 1864.

pense pourtant que le bon iJieu m'aime beaucoup ; il me semble que je l'aime aussi ». (i)

Son œil toujours ouvert et vigilant aperçoit toutes ses faiblesses, il soutf're de ne [)oint marcher à pas plus ra})ides; il lui semble parfois qu'il recule, et vive est la peine qu'il en ressent.

« Je ne crois pas que je sois en train de devenir bien mauvais; mais je dois reconnaître que mes propos de l'aire du progrès chaque jour, de devenir plus parfait, sont grandement exposés à l'oubli : alors un langage comme le vôtre vient m'électriser ». (2)

« Ciel! je n'avais jamais pensé que le fait de prêcher aux autres jH'it faire plus de mal (pie de bien au prédicateur. Et cependant, j'en suis siu-, il en est ainsi. Il y a maintenant deux ans que j'ai fait une retraite, et je sens un extrême besoin d'exercices spirituels, J'ose à peine demander à Sa Grandeur de m'accorder (piehjues jours de repos pour songer à mon âme ». (3)

Un dernier trait, qui montre à découvert cette belle âme pleine d'énergie :

« Je me sens heureux et content, bien que j'aie à supporter (\o temps en temps quelques petites croix. Je ne me sens nullement découragé'. Je prévois de grandes difficultés,

(1) A M, r:il)t)é V. I,., 5 (Uk-einba^ 18GÔ.

(2) A Mgr De Nevc, juin 1864.

(3) » !> 27 juillet 18GÔ.

et je m'y prépare; mais, je ne pense pas qu'aucune adversité soit capable de m'abattre. La seule chose (jue j'aie perdue, au milieu des épreuves et des luttes, c'est la suavité de la dévotion : je n'éprouve })lus la même douceur dans la prière ; je ne sais plus prier, je dirai : en enfant, comme j'avais coutume de le faire. Mais je ne pense pas avoir rien perdu de la foi, de l'espérance et de la charité ;>. (i)

L'énergie calme, la pleine possession de soi-même, l'empire absolu sur tous les mouvements de son cohu^ n'étaient pas nés avec l'homme chez qui nous les admirons. Son caractère d'une fougue inconsidérée s'était manifesté, dans sa jeunesse, de manière à iiKpiiéter ceux (pd avaient le soin de son éducation.

Ce serait lùen mal comprendre ce qu'était la force de caractère de Mgr Seghers, son mépris du danger, son audace à atf'ronter les périls, de confondre ces viriles qualités avec la fougue de l'impétueux jeune homme. Cette énergie et cette audace étaient faites entièrement de possession de soi-même et de vue calme du devoir.

(1) A Mgr De Neve, 11 novembre 1867. Il nous est impossible de rendre dans une traduction tout le charme de ce passage. Le voici dans l'original ang-lais :

I feel satisfied and happy although off and on. I hâve some little crosses to carry ; but I am by no means discouraged : I look for great trials, and 1 prépare myself; but I dont think any adversity will be in force to depress my spirits The ouly thing I am losing amidst trials and difiiculties is sweetness of dévotion : I can no niore pray as tenderly and, I shoul.l say, childishly as I used to pray before ; but 1 dont think I lost a bit of faith, h ope and charitv.

Nous l'avons vu, et nous le verrons mieux encore dans le cours de cette étude, pesant les situations, examinant froidement le pour et le contre, calculant les chances de réussite, regardant en face les obstacles et les écueils, traçant sa ligne de conduite, et marchant dans la voie qu'il s'était assignée, sans plus écouter ni les révoltes de la nature, ni les menaces du dehors. Ce n'était plus l'impulsion, aveuglément suivie, d'une nature bouillante; c'était la force d'une volonté, ne connaissant d'autre règle que la raison et le devoir. Un regard superficiel peut ne pas voir une différence profonde entre le mépris du danger, l'amour des aventures chez l'adolescent, et le mâle courage de l'homme fait; un regard plus pénétrant verra dans les grandes qualités du missionnaire, le fruit d'une entière victoire sur la nature. D'une part, c'est l'inconsidération; d'autre part, c'est la réflexion. D'une part, c'est la légèreté ; d'autre part, c'est l'entreprise longuement étudiée et mûrie. D'une part, c'est l'impulsion ; d'autre part, c'est la froide volonté, ce sont les passions toujours tenues en bride, dominées jusqu'à être réduites au silence, anéanties sous la perpétuelle contrainte du devoir. D'une part, c'est la nature dans sa sauvage vigueur; d'autre part, c'est la volonté réduisant cette nature sous le joug, en employant toutes les richesses et toutes les ressources pour le but grandiose qu'elle s'est proposé.

Cette entière victoire sur les passions, se traduit en

cette formule, si banale à première vue, si insondablement profonde en réalité, que nous admirions tantôt : « C'est bien dur, mais cela ne fait rien. »

Cette entière transformation fut chez Mgr Seghers le fruit de la constante pensée des vérités supérieures, contemplées dans la méditation ; de l'incessante vigilance sur soi-même, par l'examen de tous ses actes; de l'appel sans trêve au secours de la Force divine, dans la prière.

Nous l'avons vu homme d'oraison : c'est tout le secret de ce qu'il fut, lui, qu'on n'a pas craint d'appeler le plus

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