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bête les avait conduits droit au corps de son maitre. Depuis lors la haine entre les deux tribus s'était envenimée ; de part et d’autre on échangeait les plus atroces menaces.
L’éloquence du marchand russe eut raison des craintes des Indiens.
Le départ se fit par un froid de 18°. Le missionnaire visita d’abord, sur sa route, les habitants de trois barrabarras. À Kaltag il fallut descendre de traineau, et le reste du trajet, un parcours de quatre-vingt milles, fut fait à pied. C'était une rude étape, par un froid de 30°, dans un mètre de neige.
L’Evêque et les Indiens chaussèrent les raquettes, de larges et longues sandales à mailles, qui permettent de marcher dans la neige sans trop s’enfoncer.
La première nuit, on campa. Un campement dans la neige est vite préparé. L'un des voyageurs coupe quelques petits arbres, un autre apporte du bois sec, tandis qu'un troisième, retirant sa chaussure, s’en sert comme d’une pelle pour dénuder le sol. On étend alors le bois «ec; on élève un abri du côté du vent, généralement le Nord; on fait du feu, on prépare le repas, on soupe; puis, la prière dite, on se roule dans ses couvertures, et la fatigue amène le sommeil.
Mais il ne faut pas dormir longtemps par les grands froids. Nos voyageurs se remettaient en marche à trois heures, par un beau clair de lune. L'Evêque dut prendre la tête de la petite caravane et frayer la route. On conçoit la fatigue d’un tel exercice continué jusqu'à six heures du soir. Heureusement une barrabarra offrit aux voyageurs un gîte moins incommode qu’un campement dans la neige.
La caravane rencontrait en route de nombreuses traces d'animaux de toute espèce. Les plus importants étaient le
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reune, l'élan et le cerf. Les cerfs portent des bois magnifiques ; ceux des femelles sont plus petits, mais encore de belles dimensions. Le renne de ce pays n’est pas aussi docile que celui de Sibérie et de Laponie. Il est de taille énorme; il n’est pas rare d’en rencontrer qui soient grands comme des chevaux. Le renard abonde; il y en a trois espèces : le renard rouge, le renard du Nord et le renard argenté. La fourrure de ce dernier vaut, en Alaska, vingt-cinq dollars. On trouve encore le loup, l'ours brun et l'ours blanc, l’hermine, la zibeline, la martre, le chat polaire. La peau de zibeline est, dans ce pays, l’unité de monnaie, tout comme le dollar aux Etats-Unis. Au delà des montagnes, la peau de castor remplit la même fonction économique. Nommons encore le castor, le rat musqué, l'écureuil, dont les fourrures sont fort recherchées.
La caravane atteignit enfin Uhuluk par une température de 32° sous zéro.
Dès le lendemain, l’apôtre se mit à instruire les habitants de deux barrabarras, une trentaine de personnes ; mais il lui fallut compter d’abord avec un Chaman. En entrant dns l’habitation, l’Evêque ne fut pas médiocrement surpris à la vue du spectacle étrange qui s’offrait à ses yeux Un long, maigre Mahlemut se trouvait étendu sur le sol avec un petit garcon de quatre ans, à qui il donnait une lecon accompagnée de gestes sauvages et de cris à faire peur. Le gamin semblait trouver plaisir aux clameurs de son maitre.
Après avoir attendu patiemment pendant quelques minutes, le missionnaire demanda combien de temps cette scène allait durer. « Toute la soirée », fut la réponse. Là dessus il s'approche ; il ordonne au Chaman de se taire et de s’asscoir.
L'homme ainsi interpellé s'arrête stupéfait, mais sans faire
Nouvelles installations.
mine d’obtempérer à l’injonction. L'Evêque, sans plus de discussion, lui enlève son tambour et ses baguettes, et les met dans un coin, où bientôt leur propriétaire les suit, et écoute avec les autres les explications sur la doctrine chrétienne. Celle-ci lui sembla sans doute trop sévère, car il se blottit dans son coin, et se mit à fumer sa pipe sans faire attention davantage aux enseignements de l’Evêque.
Le missiounaire aurait désiré rester quelque temps à Uluhuk ; mais il avait promis de ramener au plus tôt ses traineaux et ses chiens; il se mit en route, par 29° sous zéro, pour refaire cinq journées de voyage dans la neige. Deux fois il tomba à l’eau ; il eut une peine immense à retrouver sa route, car le vent avait balayé la neige et recouvert ies traces du premier trajet. Les renards avaient enlevé le poisson caché pvur la nourriture des chiens, et les pauvres bêtes restèrent quarante-huit heures sans manger.
Enfin, le 1° décembre, il arrivait à Kaltag, où les Indiens lui firent ne entrée triomphale ; le 2, il retrouvait le père Mandart à Nulato.
A son retour, les missionnaires, quittant le Fort où ils avaient reçu jusqu'alors l'hospitalité, s’établirent sur la rive gauche du fleuve. Mgr Seghers avait acheté et fait remettre en état une barrabarra. Il voulait se mettre mieux à portée des Indiens, dont le camp était peu éloigné.
Ils s’installèrent le 17 décembre. Ils avaient engagé un jeune Indien pour leur servir de cuisinier et d’interprête. Le jeune homme avait promis de rester toujours avec les missionnaires, mais il trouva bientôt qu’on se levait de trop bonne heure, et quitta au bout d’une semaine.
Après avoir fait cette déconcertante expérience de l’insta-
1 Chant des Indiens de Kaltag
2. Chant lugubre que les Indiens exécutent avec accompagnement de tambours.
3. « quelques mesures d’un morceau chanté à tuetète par un homme, accompagné de sept autres frappant un coup de tambour à chaque mesure. »
4, Chant d’un Indien de Nuklukayet, en l'honneur de son oncle défunt.
Chants Alaskiens.
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