ELLE LE FROTTA D UN BAUME AROMATIQUE
en travaillant. Comme je t'ai bercé petit, je te berce encore. Et la chanson que je te chantais, je veux te la chanter, pour que tu partes avec ma voix dans le cœur. Elle a raison, vois-tu bien, la chanson ! Elle a raison, mon Tiarko I Et, d'une voix grêle et chevrotante, assourdie par les larmes et brisée par les sanglots, tandis que les coups de marteau rhythmaient la mesure sous son geste machinal, elle fredonna la vieille chanson Romane, qui dit mélancoliquement :
Deux bons baisers je me rappelle :
Le premier baiser de ma maîtresse, Le dernier baiser de ma mère.
Celui de ma maîtresse m'a fait froid.
Celui de ma mère m'a réchaulTé. Jamais je n'eus si froid ni si chaud.
Deux bons baisers je me rappelle.
Celui de ma maîtresse est parti.
Celui de ma mère est resté.
Premier baiser de maîtresse, on en a lant I Dernier baiser de mère, on n'en a qu'un. Un seul bon baiser je me rappelle.
Dans la maison, on était scandalisé do l'entendre chanter ainsi. Vainement M. Cattion-Bourdille, descendu maintenant de son observatoire, essayait-il de l'excuser, en affir-
Miarka
iiuuit que cYUiL là une prière funéraire, Madame Octavie ne cessait de répéter :
— Oh ! la sans-cœur, la vieille gueuse 1 Elle n'a pas honte ! En clouant le cercueil (le son fils ! C'est une abomination.
Mais Gleude, l'innocent, sans comprends les paroles bohémiennes de la chanson, voyait bien, lui, la profonde et navrante douleur de la mère, et il pleurait en l'écoutant, et, quand elle eut fini, il vint se planter devant elle et simplement lui dire :
— Moi t'aime bien, va, la Vougne, la pauvre Vougne!
Moi t'aime bien.
En mêmetemps il embrassait Miarka, et avec la douce menotte de Penfant il essuyait les larmes de la vieille.
Ce fut un maigre et , unentable convoi funèbre, qui sortit du clos à trois heures de l'après-
idi. Pour éviter le ta-
ge de la marmaille, le
aire avait consigné oie que gardait stricent M. AUiaume.
ant aux paysans ils sont pas assez cu-
eux pour aller perdre • n badauderie un jour de moisson. Les vanniers eux-mêmes, plus inusards de nature, avaient à regagner les heures gaspillées hier au spectacle de l'accident.
Donc, personne du village n'était venu. A la maison, madame Octavie avait déclaré qu'il fallait être un mécréant pour assister à cet enterrement païen. M. Cattion-Bourdille s'était vu obligé de faire acte d'autorité pour décidei' Ai'sène à compléter le nombre des porteurs de cercueils. Ces porteurs devaient être quatre. Le menuisier et son fils consentirent, moyennant un fort salaire, à se charger de la bière de la femme. Arsène et le fossoyeur mirent sur un brancard le coffre lourd de Tiarko. A part ces quatre ouvriers indispensables, il n'y avait pour faire cortège que M. Cattion- Bourdille, l'abbé Ternaille et Gleude. Au dernier moment, la Vougne y adjoignit un personnage imprévu, Pouzzh, dont elle confia la laisse à l'Innocent.
M. le curé eut un haut-le-corps à cette idée, t M. Cattion-Bourdille lui-même ne put
s*empécher de manifester son peu de goût pour cette compagnie bizarre. Mais la Vougne leur répondit tranquillement :
— Croyez vous que Pouzzli n'aimait pas
son m;dlrc' ?