JE NE RESTERAI PAS UNE MINUTE DE PLUS
en langage romane^ et en prenant Miarka, et Gleude, et Pouzzli, à témoins de son honnêteté. Et la gouvernante, outrée de fureur dénouait fébrilement le cordon de taille où, pendait son trousseau de clefs, et les posait sur le bureau du maire en lui disant :
— Non, monsieur, non, je ne resterai pas une minute de plus dans une maison où vous
laissez des vagabondes, des mendiantes, des
voleuses, du gibier de prison, me manquer ainsi
de respect. Non, monsieur, je n'y resterai
pas. Et vous pouvez chercher qui prendra
soin de vos biens. Et ils dureront longtemps,
d'ailleurs, vos biens, avec des folies pareilles,
si vous autorisez le pillage organisé chez vous.
Car c'est le pillage, monsieur, n'en doutez pas.
Elle vous ruinera, la
vieille bête de proie. Elle
vous mangera la laine
sur le dos. Et ce sera
bien fait. C'est vous qui
l'aurez voulu.
— Voyons, madame Octavie, voyons, faisait le maire, n'exagérons rien!
Pour quelques œufs...
— Eh I monsieur, re- ■t-t... prenait la gouvernante,
on commence par un œuf, et on finit par un bœuf. Mais vous lui passez tout.
— C'est peut-être pour l'enfant, madame Octa vie, pour lui faire une petite soupe.
— Qu'elle demande, alors, qu'elle demande.
Bien sûr, je ne lui refuserai pas des œufs, même une poule au be soin, pour la petite. Ces gamines-là, un bon bouillon de poule leur fait du bien cela va sans dire.
Et celle-là, malgré tout, est comme les autres, quoiqu'elle tète une ourse et qu'elle soit fille de païens. La pauvre mignonne, je sais bien, ce n'est pas de sa faute.
Certainement qu'elle aura des œufs si c'est nécessaire. Mais qu'on me les demande I Qu'on ne me les vole pas I
— On vous les deman dera dorénavant, ma dame Octavie, soyez tranquille.
Et M. Cattion-Bourdille allait faire de la morale à la Vougne, qui ne voulait pas entendre raison, et qui consentait seulement à avouer, en fin de compte, ceci :
— Je ne vole jamais. Je trouve quelquefois des choses, voilà tout.
— Elle a promis que cela n'arriverait plus, disait-il à la gouvernante, en revenant.
M iarka
Allons, madame Octavie, soyez indulgente. Reprenez les clefs.
— Je les reprends, monsieur, répondait invariablement madame Octavie ; mais vous pouvez bien dire que c'est à contre-cœur, et seulement pour vous empêcher de mourir sur la paille.
Cependant, parmi ces incidents menus, un événement plus grave marqua la trame de cette existence monotone, et y amena un jniir (lifTtTpnt des autres. Ce fut le sevrage de
apportait. Pouzzli la roulait sous elle, avec de lentes et maternelles précautions, et l'enfouissait presque dans la molle tiédeur de sa fourrure, et la prenait entre ses bras quand c'était fini. Et souvent, s'il faisait beau et que le soleil eût chauffé l'air, la Vougne déshabillait Miarka et la donnait toute nue à Pouzzli, qui lui léchait patiemment le corps, du haut en bas, de bas en haut, de long en large, dans tous les sens, et lui rendait la peau propre et polie, les articulations souples, la chair ferme, et l'endormait peu à peu dans une délicieuse béatitude sous les caresses mouillées de sa langue enveloppante.