MIARKA S'INSTRUIT
— Bon, bon, je ne dis pas 1 gentille et espiègle si vous voulez 1 répétait souvent le r-ère AUiaume. Mais intelligente, vraiment
ritelligente, c'est une autre affaire. Je suis ompétent en la matière, si je ne m'abuse. Eh bien 1 mon humble avis est que votre Miarka n'est qu'une sotte. Ou bien alors une fainéante indécrottable. Il n'y a pas de milieu. Nous comprenez, une enfant qui ne sait seulement pas lire, à douze ans.
— Et comment diable aurait-elle appris à lire ? répondait madame Octavie. Ce n'est pourtant pas l'ourse qui peut lui montrer ses lettres 1
— Mais moi, madame, ripostait le maître d'école, moi, je ne suis pas un ours, je suppose. Or, je n'ai pas pu les lui montrer, moimêjne. Ainsi vous voyez bien !
La bonnet dame essayait malgré tout de léfendrp sa protégée. Cependant, au fond de i'>n âme et conscience, elle était bien forcée le convenir que le maître d'école n'avait loint tout à fait tort. Il avait essayé, en effet, 'enseigner l'alphabet à la fillette, pour faire >laisir à madame Octavie, qui voulait en être ière à tous les égards, et pour aider aux expéiences de M. Cattion-Bourdille, qui prépalit un nouveau mémoire touchant Y influence la civilisation ambiante sur l'atténuation
des caractères sauvages chez les nomades fixés» Mais Miarka n'avait répondu ni aux désirs de la gouvernante ni aux hypothèses du maire. Autant elle était disposée à apprendre par cœur ce qu'on lui disait, surtout quand la leçon se terminait par une bonne tartine de confitures, autant elle manifestait de répugnance à déchiffrer le grimoire de l'abécédaire. Même l'espoir d'une friandise ne pouvait l'apprivoiser à l'idée de cette besogne.
— Ah ! madame Octavie, disait alors le maître d'école avec une fureur désespérée, il n'y a rien à en faire, allez ! Elle est encore plus paresseuse que gourmande.
Elle avait, d'ailleurs, la riposte prête, imprévue et désarçonnante, à toutes les bonnes raisons qu'on lui donnait en faveur de la nécessité d'apprendre.
Quand M. Cattion-Bourdille lui faisait honte de son ignorance, et lui disait, pour piquer sa curiosité :
— Regarde mes livres ! Cela ne t'amuserait donc pas de connaître tout ce qu'il y a là-dedans ?
— Je le connais, répondait-elle.
Et, ouvrant un livre au hasard, elle se mettait à rire.
— Vois, faisait-elle, vos petites lettres noires sur le papier blanc, on dirait des mouches dans un fromage.
Miarka
Quand le père Alliaume lui montrait une superbe page calligraphiée de sa plus belle écriture, et voulait lui en faire admirer le joli dessin, les boucles arrondies, les paraphes entortillés, les majuscules aux rouges arabesques, elle allongeait sa lèvre en une moue dédaigneuse et lui disait avec pitié :
— Tu n'as donc jamais vu de papillons, les grands papillons du soir ? C'est eux qui ont de belles images sur les ailes !
— Mais si tu apprenais à lire, objectait madame Octavie, tu pourrais lire tant d'histoires, toi qui les aimes !
— Celles que tu lis dans vos livres sont
« Une fois, la poule se promenait dans la haie, et se grattait aux feuilles du houx, parce qu'elle avait des pipidons qui la démangeaient. Et alors le houx lui dit :
» — Je te punirai de me donner tes poux. Car je suis une plante noble, la plante des bons Romani qui piquent comme moi quand on les touche.
» Et puis alors le houx fourra une de ses feuilles sous la queue de la poule, et la poule se frotta le derrière par terre, et ça lui fit pondre un œuf.
» La fermière avait entendu chanter la poule et elle accourut pour chercher VœuL
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