PERSO.NNE, EN EKKET, N OSAIT
la fille à l'ourse. Elle tenait Blancot elîaré dans son giron, et lui disait tout bas :
— N'aie pas peur, mon Béjamin.. Nous n'aurons rien, nous autres. C'est elle, c'est elle qui va soufTrir. Et nous sommes au balcon pour la voir griller, mon Blancot, la voir griller comme une rate prise dans un fourneau. Ah ! ah ! je te l'avais bien juré, qu'elle ne l'emporterait pas en paradis. En enfer, en enfer, la merlifiche ! En enfer toute vivante ! Et tant pis pour le niquedoule, s'il y reste avec elle !
Tout de même, plus pitoyable pour son frère, elle lui criait :
— Sauve-toi donc, Gleude ! sauve-toi !
Mais Gleude ne bougeait point de son poste,
pas plus que Pouzzli.
Il n'était plus calme comme tout à l'heure, cependant. Il se demandait avec angoisse comment il allait défendre Miarka, contre ce danger nouveau. Il se sentait impuissant. Quoi faire ? Aller jusqu'au brasier, en écarter la foule ? Mais c'était loin, à plus de cinquante pas. Et pendant qu'il serait là-bas.
Lo8
Miarka
on forcerait la porte, on éventrerait l'ourse à coups de fourche, et Miarka serait aux mains des forcenés. Quoi faire ?
Miarka, elle, sa première terreur passée, s'était retrouvée la courageuse fille qu'elle était, et tout son sang romane lui était remonté aux joues, en une belle pourpre d'audace et d'orgueil. Comme Gleude se retournait, à un moment, pour la rassurer, il la vit tout près de lui, derrière son dos, la
jeter les branches enflammées qu'ils brandissaient comme des torches.
Le premier tison lancé vint tomber à dix pas devant Gleude. Il courut le ramasser et le relança parmi la foule, où il brûla quatre ou cinq personnes qui se sauvèrent en hurlant.
— Finissons-en, dit quelqu'un. Marchons tous à la fois.
Ils s'avancèrent une vingtaine ; et derrière eux la bande des commères et des gamins se
EN LA TENANT CONTRE SON CtEUR.
figure sereine et presque souriante. Elle avait pris dans un tiroir un long coutelas de cuisine, qu'elle aiguisait d'une main ferme, et, le lui montrant, elle dit :
— J'en tuerai aussi, moi, avant de mourir. Qu'ils y viennent !
Mais ils n'j venaient pas, les madrés et lâches ennemis. Ils s'approchaient lentement, maintenant à pas sournois, prêts à reculer si l'on avançait, et guettant la minute où ils seraient à portée de la maison pour y
mit à grouiller. Évidemment les assiégés ne pourraient pas tenir contre la pluie de feu qui se préparait. Il ne leur restait plus qu'à tenter une sortie, au milieu des flammes dont on les mitraillerait alors en pleimfigure.
— Allons-y, fit Miarka. Finissons-en, comme a dit ce grand lâche. Ah ! celui-là, je veux voir la couleur de son sang !
— Moi y aller seul, d'abord, répliqua Gleude. Laisse, Miarka, laisse.
Miarka