‹ Miarka, la fille à l'ourse. Illus. de Louis StrimplChapitre 6 sur 40 · PAREILLE A UNE PRÊTRESSE · texte numérisé non relu

PAREILLE A UNE PRÊTRESSE

leusement la vieille en montrant la petite. Ma fille, la voici ! C'est la fille de mon Tiarko !

Elle revenait vers la voiture, à grands pas. Quand elle fut auprès, en face de la femme morte :

— Celle-ci, fit-elle, n'était pas^maTfille. C'était une étrangère, une fille de chien, que

Miarka

mon Tiarko a aimée, pour son mal et pour le nôtre. Voici ma vraie fille, ma Miarka.

— Mais, interrompit une commère, qui donc va nourrir votre petite ?

— Qui ? répondit la vieille. Vous allez voir. Elle posa dans la voiture, entre les pieds

des deux cadavres, l'enfant emmailloté à la hâte dans un haillon de laine. Puis elle se courba entre les roues :

— Roh! rohl laisse-moi faire, Pouzzli!

C'est moi le chef, à présent. Allons ! crambo, tais-toi. Eh ! oui, ton petit. Je le veux. Donne! Roh / roh ! Donne-le-moi, je te dis.

Elle desserrait les pattes crispées de l'ourse, lui giflait les joues, lui tapait sur le mufle, sans crainte des dents grinçantes sous les babines retroussées. Enfin, elle parvint à lui arracher l'ourson. Elle courut alors se cacher dans la cour de la ferme la plus proche, pour ne pas être vue de Pouzzli, et là, empoignant la petite bête par les pattes de derrière, elle la fit tournoyer en l'air et lui fracassa d'un seul coup la tête contre la muraille.

— Là, là, ne pleure pas, Pouzzli, dit-elle en revenant. Un petit de perdu, un de reretrouvé. C'est toi qui nourriras l'enfant.

— Comment ! fit M. Cattion-Bourdille, vous croyez que votre ourse...

— Oh ! s'écrièrent les gens ; elle est folle !

— Non pas, répondit-elle. Pouzzli a du bon lait, savez. Pouzzli est une ourse romane, elle aussi. Pouzzli nourrira l'enfant. J'aime mieux ça ! L'autre avait du lait d'étrangère.

Puis, sans prendre garde à la stupéfaction des gens, elle mit sur le haillon de laine un lambeau de fourrure qu'elle ficela ; et, se traînant auprès de Pouzzli, elle lui fourra et lui maintint entre les pattes l'enfant, dont elle colla la bouche à la brune tétine du fauve.

Et c'est ainsi que naquit Miarka, la fille à l'ourse.

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