‹ Michel-Ange et Raphae˜lChapitre 10 sur 19 · In modo che io son tornato men che mezzo a Roma. Vasari · texte numérisé non relu

In modo che io son tornato men che mezzo a Roma. Vasari

écrire que tout était vanité ; tout, y compris la sculpture et la peinture, qui ne contentaient pas l'âme une fois éprise de l'amour divin1; tout, excepté le bonheur d'aimer Dieu et la gloire de le servir. Or, c'était à ce service que Michel- Ange consacrait alors le dernier souffle et la plus belle inspiration de son génie; l'année suivante, parut enfin le modèle de la coupole de Saint-Pierre! Sa mission touchait à son terme.

Pie IV occupait alors le trône pontifical. Non-seulement il continua l'œuvre de ses prédécesseurs, maïs il imprima aux travaux de construction une nouvelle activité, ce qui permit à l'architecte, alors presque nonagénaire, d'achever les deux tribunes du transept et d'élever le tambour de la coupole jusqu'à l'origine delà voûte, c'est-à-dire jusqu'au point où il n'était plus possible à ses successeurs de rien changer à la courbe déterminée par lui. Celte garantie semblait épanouir le cœur du vieillard, qui en témoignait sa reconnaissance pour le nouveau Pontife en traçant, d'une main encore ferme, divers dessins, sur sa demande, enlr'autres celui de la Porta Pia, et celui d'un monument sépulcral pour son frère, le marquis de Marignan2., Parfois, il s'occupait aussi de son propre monument, et, malgré l'adieu solennel qu'il avait dit à la sculpture, il travaillait, en guise de

1. Nè piriger, nè scolpir fia pià che queti — V anima volta a quelLo amor divino — cK aperse,a premier noi, in croce le braccia.

2. Ce monument fut ensuite sculpté par Lione Lioni et placé dans la cathédrale de Milan.

pieuse récréation, à un groupe qui se rapportait à la pensée dominante de ses dernières poésies, la Rédemption de l'homme par la passion du Christ. Ce groupe, qui se voit aujourd'hui derrière le grand autel du dôme de Florence, et qui représente le corps mort du Sauveur, soutenu par Nicodème, est resté, comme tant d'autres ouvrages du même artiste, à l'état d'ébauche, non point par caprice, ou par désespoir de bien rendre son idée, ou par impatience contre son bloc *, mais par la défaillance et l'engourdissement de son bras qui, pour me servir de sa propre expression, n'obéissait plus à son intelligence8. C'était une raison de plus pour placer sur sa sépulture, conformément à ses intentions bien connues, ce dernier produit sinon de son génie, au moins de sa patience et de sa piété, au lieu de le laisser enfoui, jusqu'au dix-huitième siècle, dans un magasin de marbres attenant à l'église de San-Lorenzo8. Ses compatriotes, ou plutôt la dynastie qui les gouvernait, se figurait, sans doute, avoir pleinement acquitté la dette de reconnaissance nationale, par l'érection du tombeau si mesquin qu'on voit à Santa-Croce. Cela pouvait suffire à Florence ou à ses maîtres ; mais il fallait autre chose pour satisfaire la chrétienté tout

1. Ce bloc était un chapiteau de colonne antique. Le groupe se ressent des difficultés que la matière présentait au sculpteur.

2. Solo a quello arriva la man ché obbedisce ait intelletto .

3. Ce groupe ne fut placé derrière le grand autel du dôme, qu'en 4722.

entière, qui semble s'être entendue pour regarder la basilique de Saint-Pierre et surtout sa coupole, comme le véritable monument de Michel-Ange, comme celui qui assure le mieux son immortalité.

Ses biographes nous disent que, dans sa jeunesse, il admirait tellement l'église de Santa-Maria-Novella, qu'il avait coutume de l'appeler sa fiancée. En traduisant de la même manière les affections artistiques de sa vieillesse, on pourrait dire que l'église de Saint- Pierre fut son épouse et qu'il débuta, dans ses relationsavec elle, comme Moïse avec les filles de Jéthro, en la délivrant des brigands qui la pillaient. Quand il l'épousa dans un âge avancé, il y mit la condition expresse qu'il l'épouserait sans dot, et il l'aima plus que si elle l'avait enrichi. Une fois ce lien formé, rien ne put le rompre, ni même l'affaiblir. Au contraire, son amour crut avec les tribulations et les épreuves. En vain les puissances de la terre eurent-elles recours à tous les genres de séduction pour le tenter de faire divorce ; tout échoua contre son héroïque fidélité à cette épouse qu'il voulait rendre aussi belle qu'elle avait été pauvre. Pendant dix-sept ans, il ne cessa pas de travailler à sa parure, et ce fut la plus douce occupation de ses vieux jours. Enfin, avant de fermer les yeux, et comme dernier témoignage de tendresse, il posa sur sa tête la plus belle couronne de l'univers, couronne glorieuse devant laquelle le voyageur s'est incliné plus respectueusement que devant le capitole, couronne radieuse qui paraît quelquefois toute étincelante de rubis, et ce surcroît de parure, réservé

jusqu'ici pour les jours ou plutôt pour les nuits de grande fête, était encore l'ouvrage de la main caressante et hardie qui éleva cette coupole si haut dans les airs? et qui lui traça pour la gloire de Dieu et du prince des apôtres, de si majestueuses proportions.

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