‹ Michel-Ange et RaphaelChapitre 7 sur 8 · ALEXANDRE BOTTICELLI · texte numérisé non relu

ALEXANDRE BOTTICELLI

«Dans le temps où vivait le vieux Laurent de Médicis , temps qui fut le véritable siècle d’or du génie, fîorissait Alexandre, nommé Sandro suivant le diminutif florentin, et surnomniéBotticellopour le motif que nous allons dire. Il était fils deMarianoFelipepi, qui leleva avec soin et lui fit apprendre tout ce que Ton enseigne ordinairement aux enfants axrant de les mettre en apprentissage.

» Sandro était doué d’une grande facilité, mais son imagination inquiète ne lui permettait pas de se contenter des leçons de lecture , d’écriture et d’arithmétique que lui

donnait son maître d’école : son père, fatigué de son exigence, le plaça en désespoir de cause chez un de ses amis nommé Botticello , qui exerçait avec distinction l’état d’orfévre.

«Comme il existait à cette époque de continuels et fréquents rapports entre les orfèvres et les peintres, Sandro commença par se livrer tout entier à l’étude du dessin, et finit par se prendre d’un bel amour pour la peinture : son père, pour ne point contrarier sa vocation , le confia selon ses désirs aux soins de frère Philippe dei Carminé* célèbre peintre de cette époque. Sandro imita si parfaitement son maître, que celui-ci le prit en affection et le poussa de telle sorte, qu’il dépassa de beaucoup les espérances qu’on avait conçues de lui. » Voilà ce que dit Vasari d’Alexandre Botticello, ou Botticelli.

Alexandre était donc un grand peintre : ce que prouverait en tout cas, même en l’absence du témoignage de Vasari , le tableau dont nous allons parler.

C’était sous Laurent de Médicis, comme

le dit Vasari, et au moment de la renaissance grecque: or, quoique Botticelli (peintre idéaliste par excellence) dût adopter plus tard la réforme de Savonarole, un jour il lut dans un des dialogues de Lucien la description suivante du tableau d’Apelles, intitulé la Calomnie, et son imagination d’artiste ne lui laissa dès lors plus de trêve qu’il n’eût essayé de le reproduire.

Voici la description de ce tableau :

» Sur la droite de la composition est assis un homme à longues oreilles, à peu près semblables à celles de Midas : il tend la main à la Délation, qui s’avance de loin ; près de lui sont deux femmes dont Tune paraît être l’ignorance, et l’autre la Suspicion ; on voit la Délation s’avancer sous la forme d’une femme parfaitement belle, son visage est enflammé,' elle paraît volemment agitée et transportée de colère : d une main elle tient une torche ardente, de l’autre elle traîne par les cheveux un jeune homme qui lève les mains au ciel; un homme pâle et défiguré lui sert de conducteur: son regard sombre

et fixe, sa maigreur extrême le font ressembler à ces malades exténués par une longue abstinence: on le reconnaît aisément pour l’Envie: deux autres femmes accompagnent aussi la Délation , l’encouragent, arrangent ses vêtements, et prennent soin de sa parure: l’une est la Fourberie, l’autre la Perfidie; elles sont suivies de loin par une femme dont le vêtement noir et déchiré, dont la douleur annoncent le Repentir : elle détourne la tête, verse des larmes, regarde en arrière, et voit avec confusion la tardive Vérité qui s’avance. »

Ce beau tableau fut fait pour messer Fabio Segni , gentilhomme florentin , ami intime de Botticelli, auquel le peintre en fit don.

Messer Fabio inscrivit au-dessous les vers suivants :

Indicio cjuemcjuam, ne falso lœdere tentent Terrarum reges , parva tabella monet.

Huic similem Ægypti régi doncwit A pelles, Rex Juitet dignus , munere , munus eo .

Ce tableau, placé dans la salle Toscane, est

aujourd’hui un dçs plus précieux joyaux de la Galerie des Offices.

Pour bien juger le talent de Botticelli , il faut mettre en face l’un de l’autre un de ses tableaux religieux et un de ses tableaux mythologiques , et alors on verra que la commande d’un seigneur riche , qui préférait les nudités du paganisme à la chasteté des compositions religieuses, pouvait bien changer le sujet , mais non l’exécution , et que le génie idéaliste était le meme, qu’il peignît la Madone en adoration devant son fils, ou Vénus adorée par les Heures et par les Zéphirs.

En effet Botticelli, quoiqu’il nous ait laissé une; douzaine de tableaux païens, n’en est pas moins, par le sentiment, un des peintres les. plus religieux du moyen-âge.

La Madone, l’enfant Jésus et six anges est un des chefs-d’œuvre du maître ; grâce des attitudes, charme des figures, ajustement des habits , expression en harmonie avec le sentiment, tout y est; il y a plus, l’auteur a voulu

réunir dans le divin Bambino la double na-

ture, matérielle de l’enfant, et idéaliste du Dieu; il joue avec une grenade d’une main, et il bénit de l’autre.

Au reste, le dessin est peut-être plus parfait dans cette œuvre de Botticelli que dans aucune autre du même maître.

Judith , tableau sur bois, n’est pas tel qu’il puisse ajouter à la réputation de son auteur, car il est certainement bien au-dessous de la Calomnie d’Apelies , par exemple , et de tant d’autres.

Judith vient de trancher la tête à Hoiopherne, et elle revient vers Béthulie tenant un rameau de laurier d’une main, un sabre ensanglanté de l’autre.

Elle est suivie de sa servante , qui porte sur sa tête la tête d’Holopherne.

Le dessin en est souvent incorrect, les plis ne sont pas naturels, le coloris est terne et manque d’effet. En voyant l’autre tableau qui lui fait pendant et qui représente Holopherne décapité couché sur son lit et entouré de ses soldats effrayés , tableau charmant de

coloris et. d’expression , on serait tenté au premier abord de nier que le même peintre pût être Fauteur de celui-ci; cependant en J’examinant avec attention on trouve bien quelque chose qui justifie le jugement qui en a été porté en le lui attribuant. Il esta remarquer surtout l’originalité du peintre qui cherche toujours à représenter les sujets connus sous des formes nouvelles et frappantes, ainsi que l’on en voit un exemple magnifique dans l’autre tableau que nous nous plaisons à citer encore ; l’attention des artistes s’était toujours arrêtée au momen décisif où Holopherne a la tête tranchée par une femme, et ils ont toujours regardé ce point-là comme la fin du drame. îlotticelli 11e s’est pas contenté delà route tracée par les autres, il a cru comprendre que ce même drame pouvait avoir un développement plus grand encore; son génie ne l’aipas trompé, et il nous a laissé un petit chef-d’œuvre d’invention et de sentiment.

De même l’idée exprimée dans ce petit tableau de Judith est neuve et frappante;

Judith marche en avant, pressée de se soustraire aux périls qui doivent la menacer en se sauvant au milieu d’un camp ennemi, et les guerriers qu’on voit au loin dans la campagne font foi qu’il est bien temps de craindre et de se presser ; en se tournant vers sa servante qui plie sous le poids de la tête énorme d’Holopherne, Judith a l’air d’être contrariée en voyant quelle la suit avec peine malgré ses efforts. Sous ce point de vue ce tableau ne manque pas de mérite et d’intérêt.

La Madone et l'enfant Jésus au milieu des Anges , globe sur bois.

« En ces jours-là Marie se leva , et s’en alla en hâte au pays des montagnes dans une ville de Juda.

» Et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Elisabeth.

» Et il arriva qu’aussitôt qu1 Élisabeth eut entendu la salutation de Marie ^ le petit Enfant tressaillit dans son ventre, et Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit.

» Et elle s’écria à haute voix et dit : Tu es

bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre.

» Et d’où me vient ceci que la mère de mon Seigneur vienne vers moi?

» Car voici, dès que la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles, le petit Enfant a tressailli de joie en mon ventre.

» Or bienheureuse est celle qui a cru, car les choses qui lui ont été dites par le Seigneur auront leur accomplissement.

» Alors Marie dit : Mon ame glorifie LE Seigneur (i). »

C’est le moment où Marie écrit ce splendide chant de reconnaissance , qui a été choisi par le peintre: un ange lui présente l’encrier, un autre le livre, deux autres enfin posent sur sa tête la couronne d’étoiles.

On reconnaît cette habileté de composition, ce soin des détails , cette riche et capricieuse recherche de vêtements qu’Alexandre Botticelli avait puisés à l’école de Lippi son maître,

(1) Évangile selon saint Luc.

et peut-être aussi clans les boutiques d orfèvrerie où il fit ses premières études. Mais ce qui est incontestable , c’est une réelle amélioration du dessin, de la couleur et de la perspective.

La Galerie des Offices fit l’acquisition de ce tableau en i '784.

Alexandre Botticelli est en outre l’auteur de trois compartiments peints par lui à la chapelle Sixtine, et qui représentent, l’un Moïse défendant les filles de Jéthro , l’autre le Châtiment de Coré, de Dathanet d’Abiron, et le troisième la Tentation du Christ dans le désert.

Naissance de Vénus , tableau en détrempe et sur toile.

L’hiver s’enfuit, le printemps embaumé Revient suivi des amours et de Flore : Aime demain qui n’a jamais aimé ;

Qui fut amant , demain le soit encore.

L’hiver était le seul maître des temps, Lorsque Yénus sortit du sein de l’onde; Son premier souffle enfanta le printemps, Et le printemps fit éclore le monde.

L’été brûlant a ses grasses mois-sons,

Le riche automne a ses treilles encloses, L’hiver frileux son manteau de glaçons, Mais le printemps a l’amour et les roses.

L’hiver s’enfuit, le printemps embaumé Revient suivi des amours et de Flore : Aime demain qui n’a jamais aimé ;

Qui fut amant , demain le soit encore.

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