‹ Michel-AngeChapitre 14 sur 17 · MADONE DES MÉDICIS · texte numérisé non relu

MADONE DES MÉDICIS

(Chapelle des Médicis, Florence].

limite étroitement. Des formes indécises, semblables à des thèmes musicaux, éveillent notre esprit, l'excitent, lui ouvrent le champ infini des rêves. La forme trop rigide, trop matérialisée, se volatilise pour laisser la pensée, libre de toute entrave, s'envoler vers les cieux.

Michel- Ange, peut-être, n'a pas précisé de tels raisonnements, mais néanmoins il les a entrevus. Son intention était sans doute de pousser plus avant le modelé de la Descente de croix et de la Pietà Rondanini^ mais si dans ces deux œuvres il a mis tant de soin à sculpter toutes les parties accessoires, ne se hâtant pas de terminer ces lèvres et ces yeux, c'est qu'il n'était pas choqué de cet inachèvement, et c'est que, étant ainsi à peine ébauchées, €es figures lui plaisaient. Par quelques traits de ciseau f hardis, tout chargés de passion, il était parvenu à dire toute sa pensée et il n'était plus aussi pressé de reprendre un travail qui ne pouvait rien ajouter d'essentiel à son œuvre.

Quand il fait ces statues si pleines d'une intense poésie

(C'est précisément le moment où son âme, sans cesse e

quête de formes d'art nouvelles, cherche dans les vers d(!

'nouveaux moyens d'expression. • ,

Dès sa jeunesse Michel-Ange avait été attiré par la poésie, mais les œuvres que nous possédons de lui datent toutes de son âge mûr, du moment où il connut et aima Vittoria Colonna. Elles sont un admirable commentaire de ses travaux, surtout de ceux de la fin de sa vie.

Dans ses vers il a dit son idéalisme, sa tentative de

réaliser une beauté supérieure aux formes créées. « Parce que la beauté de ce monde est fragile et trompeuse, je m'efforce, dit-il, d'atteindre à la beauté universelle ».

Ma perche e troppo deboL e fallace Trascende in ver' la forma universale.

Mais surtout il dira sa tristesse et, au fond, c'est là peutêtre la grande originalité de sa poésie. Le premier depuis le Dante, rompant sur ce point avec la tradition de Pétrarque, avec celle de Politien et de tous les quattrocentistes, il réintroduit la. douleur dans l'art. Il chante l'amour, non pour en dire les joies, mais pour en dire toutes les tortures, et s'il parle de bonheur, ce n'est que du bonheur que le ciel promet :

La gioa che nel cielo eterna ride.

Ici-bas tout n'est plus pour lui que tristesse, tristesse de I vieillir et tristesse d'être couvert de péchés :

Garico d'anni e di peccati pieno.

Quelle joie aurait-il dans ce monde corrompu?

0 mondo falso ! allor conosco bene L'errore e l'danno dell' umana gente.

Mais surtout il faut fuir l'amour : « Amour, c'est par toi que je souffre. »

Di te mi dolga, amor.

Et cette prière qu'il lui adresse, sortie du plus profond de ses entrailles, est bien vraiment un élan digne de son

Cliché Ali:i,ii

LE JUGEMENT UERMER.

(Palais du Vatican, eljapelle Sistine.)

MICHEL-ANGE. ^il

grand génie : « Amour, si tu es Dieu, dclivre-moi de tes

cnaines »

Amor, se tu se' Dio,

Sciosliiui. deh ! deiralrria i lacci luoi.

Par cette soif d'idëal et par cette mélancolie, par cette î ^ grandeur et par ce désespoir qui furent le fond même de I OxJlxX^ toutes ses œuvres, il semble être le premier des modernes. n^jjjMfi^

Les mêmes causes politiques et sociales qui, au xvi* siècle, '*'yéi>'^^*-^^ ont créé l'ait de Michel-Ange ont fait naître au début du xix^ siècle l'art de Gœthe, de Leopardi et de Chateaubriand.

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