‹ Michel Baron, acteur et auteur dramatiqueChapitre 14 sur 31 · CHAPITRE IV Les comédies non imprimées · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Les comédies non imprimées

Les trois pièces de 1689: Les Fontang es maltraitées. — La Répétition. — Le Débauché.

En 1689, Baron donna la petite comédie en un acte en prose : les Fontanges maltraitées, ou les Vapeurs, Représentée le H mai, précédée de la tragédie à! Ariane^ elle n'eut pas moins de seize représentations, la dernière le 17 juin suivant *. Malgré ce succès, la pièce ne paraît dans aucune édition des œuvres, et n'est point connue. Sans nul doute, elle a été inspirée par la mode à laquelle M"® de Fontanges, qui avait succédé en 1661 à M"* de Montespan comme favorite de Louis XIV, avait donné son nom, une dizaine d'années avant. Cette mode^ subsistait toujours dans toute sa force, comme le prouvent d'autres pièces qui parurent vers cette époque, telles que la Fontange ou les Façonneries 3, comédie d'un

* Histoire du théâtre français, t. XIII, p. 130.

' La fontange était à l'origine un nœud de ruban porté sur la coiffure. Puis, cliangeant de forme, elle devint une sorte d'édifice à plusieurs étages, en fil d'arclial, sur lesquels on plaquait différents morceaux de toile séparés par des rubans ornés de boucles de cheveux qui les recouvraient tout à fait. Dict. de Littré. —Pour l'origine de cette mode, voyez Bussy-Rabutin, La France galante. Tous les éléments de la fontange portaient un nom particulier. « On composerait un dictionnaire entier rien qu'avec les termes inventés à diverses époques pour désigner chaque parti de ce monument, dont le frontispice en employait quinze ou vingt à lui seul », dit Fournel dans les Petites Comédies rares et curieuses du XVI fi siècle, t. II, p. 262 et suiv.

5 Léris, Dict. portatif des théâtres^ p. 158.

auteur anonyme (1694); et les Fontanges^ comédie de Perrault (manuscrit de 1690), réimprimée par Fournel. C'est avec cette dernière qu'on a parfois confondu la pièce de Baron, mais ni le titre ni le sous-titre ne sont semblables. Sans doute les Fontanges maltraitées comprenaient une satire de cette mode extraordinaire.

hdi Répétition^ donnée le 10 juillet 1689, n'était qu'une petite comédie en un acte, en prose, comme les Fontanges ^ Elle eut sa onzième représentation le samedi 6 août*. Elle ne fut pas conservée. Suivant les frères Parfaict, la pièce fut jouée, sans être annoncée, après \ Homme à bonnes fortunes^ et Baron n'eut point de part dans la recette de la première représentation ; il eut une part, pourtant, à la seconde et. aux suivantes ^.

* Histoire du théâtre frûnçois, t. XIII, p. 142.

2 Ibidem.

3 Histoire du théâtre françois, t. XIII, p. 142. — Les observations de Samuel Ghappuzeau, dans son Théâtre françois (1674), nous font heureusement savoir la "part que Baron aurait eue dans la recette : « La plus ordinaire condition, dit le lyonnais, et la plus juste, de côté et d'autre, est de faire entrer l'auteur pour deux parts dans toutes les représentations de sa pièce jusqu'à un certain temps. Par exemple, si on reçoit dans une chambrée (c'est ce que les comédiens appellent ce qui leur revient d'une représentation ou la recette du jour), si l'on reçoit, dis-je, dans une chambrée 1.660 livres, et que la troupe soit composée de quatorze parts, l'auteur, ce soir-là, aura pour les deux parts 200 livres, les autres 60 livres, plus ou moins, étant levées par préciput pour les frais ordinaires, comme les lumières elles gages des olTiciers. Si la pièce a un grand succès et tient bon au double, vingt fois de suite, l'auteur est riclie, et les comédiens le sont aussi; et si la pièce a le malheur d'échouer, ou parce qu'elle ne se soutient pas d'elle-même ou parce qu'elle manque de partisans qui laissent aux critiques le champ libre pour la décrier, on ne s'opiniâtre pas à la jouer davantage, et l'on se console de part et d'autre le mieux que l'on peut, comme il faut se consoler en ce monde de tous les événements fâcheux. Mais cela n'arrive que très-rarement, et les comédiens savent trop bien pressentir le succès que peut avoir un ouvrage. Quelquefois les comédiens payent l'ouvrage comptant, jusques à 200 pistoles et au-delà, en le prenant des mains de l'auteur et au hasard du succès. Mais le hasard n'est pas grand quand l'auteur est dans une haute réputation et que tous ses ouvrages précédents ont

Page 1