‹ Michel Cervantes drame en quatre actes, en versChapitre 64 sur 92 · ACTE 111, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE X

Contre les écrivains pourquoi donc tant de bile?

De cette hostile humeur quel est le vrai mobile? Fouillons chez tel orgueil de lui-même rempli;

Scrutons de certains cœurs tel intime repli.

Ah! j’entends une voix au fond du sanctuaire,

Qui dit : « Eh ! quoi ! voilà cet homme , un pauvre hère !

« Il n'a point de châteaux , de terres au soleil ,

« 11 n’a point de laquais attendant son réveil,

« Point de salons dorés qui, le soir, étincellent,

« Point de sacs entassés d’où les ducats ruissellent ;

« Pour tout bien , — eh ! comment ne pas se récrier? — <« 11 possède une plume, avec un encrier,

« Une plume, instrument si faible et si fragile!

« Eh bien! son nom, des vents empruntant l’aile agile,

« Courra de bouche en bouche et d’échos en échos;

« Sous l'instrument chétif quelques feuillets éclos,

« De cet homme, en son coin, insolemment vont faire « L’ami que l’on chérit, la voix que l’on préfère!

« Par eux il obtiendra, cet auteur indiscret,

« Ce que le rang ou l’or en vain réclamerait! »'

(Le marquis se lève.)

Telle est, — et je maintiens le fait incontestable, —

De cette hostilité la cause véritable.

A l’écrivain parfois on aura bien recours ;

On le recherche alors, mais on le hait toujours.

L’esprit est un jardin que ferment des barrières ;

N’y pouvant pénétrer, l’on y jette des pierres.

Ah! laissez-nous , Messieurs, cet empire idéal Qui nous compense, au moins, un partage inégal.

Vous avez les grandeurs et les biens de la terre •

Place au labeur profond du penseur solitaire !

Place au germe puissant qui, par Dieu seul conduit. Fera jaillir du sol et la fleur et le fruit!

Place! — et ce n’est pas trop d’une telle exigence, - Sous, les rayons du ciel , place à l’intelligence !

LE MAKQIMS.

Vous entendez, Messieurs!

DON AI.ONZE, ironiquement.

Oui... cette royauté

Voudra bientôt sur l’autre avoir la primauté.

DON RAMON, de mime.

I/intclligence!... Il faut que son pouvoir domine,

Et devant son- drapeau que tout drapeau s’incline

Ce drapeau , c’est à tort que ma main l’arbora ,

Soit ; et pour vous , Messieurs , l'auteur disparaîtra. 11 est un autre nom dont ici je me nomme :

Ce n’est plus l’écrivain , mais c’est le gentilhomme , Car je suis gentilhomme , et tout autant que vous , Qui parle en ce moment , de son honneur jaloux ; C’est le soldat, jadis éprouvé dans des guerres Dont vos heureux loisirs ne s’arrangeraient guères , Car là, bien rudement le fer s’cntrc-choquait,

Car là , c’était de front , au moins , qu’on attaquait ! Par le plomb musulman cette main sillonnée ,

Cette main qu’au repos vous croyez condamnée , N’est pas débile encore au point de me trahir,

Si mon honneur blessé lui criait d’obéir !

LE MARQUIS

Des menaces !

Non pas : un avis salutaire,

Qui bientôt, j’en réponds, aurait son commentaire.

LE MARQUIS

J’entends : par votre plume il serait éclairci.

Mon épée au besoin s’en chargerait aussi !

LE MARQUIS

Oui-da!...

De son fourreau si mon bras la dépouille...

LE MARQUIS

L’encre a dû sur sa lame imprimer de la rouille.

CERVANTES, hors de lui, tirant son épée.

Vous plaît-il d’en juger?...

LE MARQUIS

Tirer ici le fer!...

Soyez, pour un moment, moins hautain et moins lier.

DON RAMON

Dans le palais du roi!... c’est une grave oflense,

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