LA COMTESSE, CERVANTES
Quel que soit le séjour que l’arrêt me destine.
Ma fille me suivra. Partout une orpheline Trouve bien d’un couvent l'abri sûr et pieux.
LA COMTESSE
Pensez-vous donc, Monsieur, qu’elle y puisse être mieux Qu’auprès de moi? Sa place est assez indiquée.
Au giron maternel , oui , Dieu l’avait marquée.
Mais qui de Joséfa soigna les premiers ans?
Qui cultiva son cœur et ses pensers naissans ?
Pardon , si votre esprit à ce mot se révolte ;
Mais c’est à qui sema qu’appartient la récolte.
LA COMTESSE
Quoi que vous en disiez, il n’est jamais trop tard Pour qu’un droit si sacré revendique sa part.
On la réclame alors hautement, sans réserve,
Sans songer si le monde est là qui vous observe ,
Et sans ménager rien et sans rien calculer.
Mais des le premier pas je vous vois reculer ;
A l’élan filial vous imposez silence,
Et ce n’est pas vers lui qu’a penché la balance ,
Quand le respect humain , ce fantôme glacé ,
En un pareil moment devant vous s’est dressé !
LA COMTESSE
Mon cœur...
A volonté s’ouvre ou bien se resserre.
LA COMTESSE
De ces ménagements la loi trop nécessaire Permet...
De cette erreur il faut que vous sortiez.
On se dit : De mon cœur je ferai deux moitiés ,
— Oh ! ne prétendez pas que cette idée est fausse ! —
Puis , l’une de ces parts , — et non pas la moins grosse , — Sera pour les grandeurs , la cour, les dignités.
Pour tout ce qui reluit à vos yeux enchantés ,
Pour ces hochets dorés dont vous êtes sujette :
L’autre part, bien fermée ainsi qu’une cachette,
Pour l’amour maternel on la ménagera ;
Cet amour clandestin, on l’y retrouvera,
Quand on sera bien seule et sûre du mystère ;
Alors on reprendra sa qualité de mère,