‹ Michel Cervantes drame en quatre actes, en versChapitre 83 sur 92 · ACTE IV, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XII

JOSÉ FA, se jetant dans ses bras.

En est-il un meilleur!

CERV ANTES.

Ma J osé fa chérie!

LA COMTESSE

Ah! c’est bien dans son cœur la nature qui crie!

Trop heureux ôtes-vous dans votre adversité!...

Et moi, trop. malheureuse en ma prospérité!...

A quel prix, ciel vengeur! à quel prix je l’achète !

Dans un gouffre de maux que le destin vous jette.

Que le plus dur labeur, en usant votre main,

A peine, au jour le jour, vous procure du pain.

Vous avez votre fille aimante et dévouée ;

Vous avez cette amour hautement avouée,

Ce baume adoucissant, ce paternel orgueil.

Ce rameau parfumé qui fleurit votre seuil!

Et moi, moi qu’à la cour un beau titre décore.

Dût mon ambition s'élever plus encore,

Dût pour moi la fortune épuiser sa faveur,

Ce bien tant convoité n’est qu’un fruit sans saveur.

Le succès est à moi, mais le bonheur m’échappe,

Car dans ce même amour le châtiment me frappe,

Car mon enfant hésite à voler dans mes bras Quand je lui fais appel... et 11 e me choisit pas!

JOSÉFA.

Choisir?... Et pourquoi donc faut-il que je choisisse?

Quelle nécessité d’un triste sacrifice?

Quel est ce sort fatal et ce motif caché

Qui veut qu’ainsi mon cœur en deux parts soit tranché?

Dites! ne suis-je pas un nœud qui vous rassemble.

Et m’est-il interdit de vous aimer ensemble?

Ah ! c’est plus que mon cœur n’en saurait endurer !

Page 1