‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 100 sur 305 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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4. Des notes d'un voyageur du xviii' siècle conservées en manuscrit à la bibliothèque de Rouen (fonds Monbret Y. 19) signalent, dans la cour, à côté de la frise « représentant un triomphe», dont il va être (juestion, des bustes « en bas-relief saillant du roy Louis XII, du cardinal d'Amboise et de son frère ou neveu, grand maître de France. » (Cf. abbé Blanquart, Bull. Soc. des Amis des arls de l'Eure, t. XIV, 1899).

5. On voit encore à Châteaudun un cerf en pierre qui orne la cheminée de la grande salle de l'aile nord au rez-de-chaussée. On sait d'autre part qu'Antoine Juste exécuta pour Louis XII, peu de temps après les travaux de Gaillon, une biche de cire destinée aux jardins de Blois. Cf. Montaiglon, La famille des Juste, p. 20-21.

6. Ducarel, Anglo-norman aniiquities, trad. franç., 1823, p. 67.

7. Sur des dessins de la collection Destailleur (Bib. nat. Estampes, Provinces, III, 597), exécutés pendant la démolition de Gaillon on voit encore l'aspect de la cour avec les portiques actuellement à l'École des Beaux-Arts ; c'est au-dessus de l'un de ces portiques que se trouvait la frise.

le buste en marbre d'un homme casqué qui est conservé au Musée du Louvre et dont la provenance de Gaillon est à peu près certaine'. Mais cette opinion ne s'appuie que sur l'analogie constatée entre le style de ce morceau et celui de certaines têtes d'apôtres du tombeau de Louis XIL C'est une ligure décorative assez curieuse, plus fantaisiste du reste que réelle. La pose de la lète, même rendue comme elle l'a été récemment au Louvre à son inclinaison normale, est légèrement contournée, le cou se tend de façon exagérée, l'expression est vague et inquiète. S'il y a quelque intention de porlrait, comme le soulignait Courajod-, nous sommes loin de la robustesse réaliste de certaines figures décoratives de cette espèce dues à des Français, fussent-elles même un peu plus tardives, comme les bustes du château de Montai.

L'œuvre paraît bien italienne, mais est-elle d'Antoine Juste? Il y a peut-être un peu de témérité à l'affirmer aussi catégoriquement, étant donné le peu de renseignements que nous avons sur la provenance exacte du morceau , étant donné aussi que bien d'autres Italiens travaillèrent à Gaillon en dehors des Juste dans ce style qui

, . . Musée du Louvre. — Buste décoratif provenant de

nest m très personnel, m très Caillon attribué à .U<ome /«s<e. (Marbre.)

caractérisé. En tous cas, ce serait

une œuvre bien minime pour nous rendre compte de la manière propre de notre artiste que cette figure décorative destinée sans doute à être encastrée sur quelque façade du château à côté des fameuses médailles de Paganino.

Il existe cependant, croyons-nous, des témoins plus considérables de l'activité de notre artiste à Gaillon ; ce sont des morceaux qui se rattachent à cette série vaguement désignée par les comptes sous le nom d'images de la chapelle^. D'après les descriptions anciennes, ces images consistaient en une

1. Cf. Courajod, Une sculpture d'Antonio di Giusto Betti au Musée du Louvre, Gaz. archéol.,

2. Il indiquait, sans insister du reste, que l'on poui-rait peut-être reconnaître là les traits du jeune François de Valois, le futur roi de France.

3. Ils ont été signalés déjà et l'un d'eux a été reproduit dans un article de M. l'abbé Blanquart, La chapelle de Gaillon et les fresques d' Andréa Salaria, Bull, de la Sac. des amis des arts de l'Eure

série d'apôtres figurant tout autour du vaisseau de la chapelle supérieure*, à côté du fameux autel décoré par Jérôme Pacherot et pour lequel Colombe avait sculpté son saint Georges

Les recherches ont sans doute été égarées jusqu'ici par une affirmation de Deville qui ne repose sur aucun texte ancien Il prétend en effet que ces images étaient en albâtre, et ni les comptes, ni Thomas Corneille, ni d'Expillj, ni Piganiol, ni Ducarel, ne font mention de cette matière. Lenoir, au contraire, dans une lettre du 26 frimaire an X, raconte avoir vu six statues en terre cuite chargées de peintures provenant de la cliapelle^. En l'absence de toute indication, la simple hypothèse de l'exécution de ces statues en terre cuite aurait résolu une difficulté soulevée par Deville luimême ; celui-ci s'étonne en effet de ce que le jeune artiste ait pu exécuter en aussi peu de temps un travail aussi considérable et d'ailleurs aussi peu payé^ : il ne reçoit même pas pour douze statues autant que Michel Colombe pour un seul bas-relief. On pourrait répondre évidemment en objectant la grande renommée du maître tourangeau, renommée qui devait certainement faire estimer ses œuvres à plus haut prix. Mais si l'on admet que les sculptures d'Antoine Juste étaient en terre cuite et non en marbre ou en pierre, on comprendra mieux encore et la rapidité de son travail et la modicité de sa rémunération.

Or, nous trouvons aujourd hui dans la petite église de Gaillon, au pied même du château, deux statues grandeur nature en terre cuite qui ornent l'entrée du chœur L'une représente un Christ enveloppé d'une grande draperie, l'autre un personnage barbu, chauve, avec une mèche sur le front, tenant de la main droite un livre ouvert et dont la gauche paraissait s'appuyer sur un bâton ou sur une épée. Cela paraît être un apôtre; est-ce saint Jacques ou saint Paul? on ne saurait le dire au juste. Le caractère exceptionnel de

t. XIV, Evreux, 1899. L'auteur admet du reste simplement comme possible l'identification que nous proposons et réserve la comparaison avec les œuvres authentiques des Juste, les apôtres de Saint-Denis. C'est sur cette comparaison que nous prétendons surtout appuyer ici nos afQrmations.

1. Sur les piliers de cette chapelle, disent les notes citées plus haut.

2. C'était cette chapelle, disparue malheureusement, qui contenait aussi les fresques de Solario et les admirables Ijoiseries dues h la collaboration de huchiers français et de marqueteurs italiens, conservées aujourd'hui en partie à Saint-Denis, en partie au Louvre.

3. M. l'abbé Blanquart (art. cit., p. 51) s'élève aussi contre cette affirmation de Deville qui a été probablement induit en erreur par une description très fantaisiste de Guilmeth {Notices historiques sur Gaillon, le château Gaillard et Ecouis, Paris, 1835, in-8) qui parle vag-uemcnt des sculptures en albâtre de la chapelle.

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