Deville, ouv. cit., p. cxxv
6. Les deux statues sont couvertes aujourd'hui d'un badigeon jaunâtie d'un assez médiocre effet. Ce badigeon décent a remplacé, parait-il, vers 1860, un bariolage jugé peu convenable et qui n'était peut-être que la trace d'une polychromie ancienne.
ces deux œuvres, peu séduisantes au premier abord mais qui retiennent cependant, incline tout de suite à leur donner une origine illustre, et la tradition telle que nous l avons recueillie auprès du curé de Gaillon confirme cette impression. Les statues proviendraient bien du cbàteau ; elles auraient été apportées là après la Révolution'. Divers fragments d'œuvres analogues de même travail, de même matière et de même provenance, ont été retrouvés à Gaillon. Telle est la tête cbauve que nous reproduisons ici; tel aussi un masque d'homme très mutilé, enfin un pied nu en terre cuite, de même aspect, ramassé dans des débris du château-.
Nous aurions donc là très probablement les restes d'une série de figures d'apôtres complétée par une figure du Christ provenant du château et qui ne serait autre que la série des images de la chapelle. Gela suffirait presque pour nous y faire reconnaître les œuvres du sculpteur italien, Antoine Juste.
Mais cette probabilité va se changer en certitude si nous examinons maintenant les œuvres en elles-mêmes. Elles ont véri-
l'^i^lise (le ("luillon. — Statue d'apôtre provenant tablement assez grande allure, et de la chapelle du château, attribuée i\ Antoine Juste.
. (Terre cuite.)
1 on y reconnaît bien la main
d'un habile ouvrier. Les gestes sont légèrement forcés, les draperies habilement traitées commencent à se tourmenter; on dirait même qu'il y passe déjà un peu de ce vent qui soufflera si fort dans les grands manteaux tumul-
1. Est-ce au moment où le citoyen Raroche, maire de Gaillon sous le Consulat, dél)arrassa l'église, qu'il voulait rouvrir, des admirables boiseries de la chapelle qui l'eneombraient ? (Cf. lettre de Lenoir, Arch. du Mus. des mon. fr., I, 247.) Trouva-t-il ces statues utilisables et daigna-t-il les conserver, ou bien furent-elles rapportées là plus tard'? Nous ne saurions le dire.
2. Le premier de ces fragments est au Musée du Louvre, le second chez le directeur de la prison, le troisième à la mairie de Gaillon.
tueux de l'école classique. Les têtes sont plutôt banales dans leur expression, encore que fortement accentuées et vigoureusement modelées. L'Apôtre à la grande barbe a les jeux rentrés, la bouche presque tordue, le front convulsé ; la tête chauve, qui peut être celle d'un saint Pierre, est un peu plus banale, mais énergique encore avec la saillie de son front et de ses pommettes, avec ses yeux très vifs soulignés par de nombreuses rides. Tout
cela nous étonnerait assez dans une œuvre française, à la date probable de ces statues (1509).
Mais ce sont bien là justement les qualités et les défauts de l'art très avancé et tournant presque déjà à la décadence qu'importèrent chez nous les artistes italiens dès le règne de Louis XIL La comparaison de nos terres cuites avec les statues d'apôtres exécutées en marbre par Antoine Juste et son frère Jean pour le tombeau de Louis XII à Saint- Denis est tout à fait instructive.
L'attribution de cette seconde série est certaine, et il ne nous manque que de savoir auquel des deux frères attribuer cette partie de l'œuvre commune ' ; le rapport avec les œuvres d'Antoine Juste à Gaillon pourra peut-être servir à décider cette question. Quoi qu'il en soit, c'est bien au même art que nous avons affaire dans les statues assises de Saint-Denis et dans les statues debout de Gaillon. Si nous avions la série complète de ces dernières nous pourrions sans doute retrouver toute la liste, qui ne devait pas être bien longue, des clichés chers à l'artiste, des types conventionnels constituant la série de ses « têtes d'apôtres ». Le rapprochement s'impose entre la tête de notre saint Pierre et celui de Saint-Denis. Il est plus frappant peut-être encore, le type étant plus caractérisé, entre l'apôtre à la grande barbe et deux figures de saint Denis, le saint Jude et le saint Barthélémy, qui nous présentent ce même mouvement de cou si bizarre et si forcé, cetti. longue
Tc'te d'apôtre prov. tic la chapelle du château de Gaillon, attribuée à Antoine Juste.
( Terre cuite.)