‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 102 sur 305 · Cf. Montaif;lon, oiiv. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. Montaif;lon, oiiv. cit., p

barbe brusquement étalée sur la poitrine, le maxillaire inférieur disparaissant presque complètement; des deux côtés, la façon de traiter la chevelure et la barbe est identique et toute conventionnelle, en petits paquets de mèches frisottantes pour le saint Pierre, en longues mèches flottantes peu nombreuses et faisant songer à des paquets de filasse pour les autres.

Il y a évidemment dans la facture de toutes ces statues beaucoup de souvenirs de l'antique. Il y en a dans le choix du costume qui se réduit à la tunique quelconque, à la draperie vague; il y en a dans ces procédés tout artificiels qui font sentir le nu sous la draperie collante et comme mouillée. Dans les apôtres de Caillou comme dans ceux de Saint-Denis, on voit paraître la même imagination véhémente dans le choix des attitudes recherchées, des poses forcées, avec des ploiements inattendus et peu naturels des articulations, du cou ou des poignets. Nous sommes loin du bel art français du moyen âge, si digne et si calme au xiii^ siècle, si naturel et si vrai au xv*'. Tous ces caractères s'exagèrent encore dans les statues de Saint-Denis qui sont d'une époque plus avancée dans la carrière de l'artiste, si même elles ne sont pas de son frère cadet, Jean Juste, ou de son fils. Juste de Juste *.

Quant à l'emploi de la terre cuite, loin de nous étonner, il nous fournit au contraire l'occasion de rattacher ces ouvrages à toute une série de morceaux

1. Le Christ de Gaillon est moins caractéristique peut-être que le saint Jacques, il est évidemment supérieur pour la beauté plus simple et plus ample de sa draperie. Celle-ci est bien italienne également, et il serait facile d'en trouver des exemples dans l'école florentine ou napolitaine du temps. La tète également, aux traits forts et durs, nous offre bien un type de Christ italien de cette date avec son front haut et légèrement fuyant, son nez fort et droit, ses lèvres épaisses, son menton peu prononcé et sa barbe rare. Le profil ressemble même singulièrement à celui qui, répandu par les médailles du nord de l'Italie, a donné lieu chez nous à des imitations célèbres telles que le Christ du Musée des Antiquaires de Poitiers, et les médaillons de Thouars, ou û'Oiron. (Cf. Palustre, la Ren. en France, III, 216-217.)

Clichr Firh,)t.

Saint-Denis. — Figure d'apôtre du tombeau de Louis XII par les frères Juste.

(Marbre.)

de même technique et de provenance également italienne'. On sait, par exemple, qu'il y eut un peu plus tard dans la chapelle du château de Cognacune série de médaillons en terre cuite, représentant les douze apôtres que Ton attribuait à Girolamo délia Robbia. A Gaillon même, d'après Lenoir, la statue de Louis XII de Lorenzo da Mugiano n'était-elle pas entourée de plusieurs autres statues en terre cuite ^ ?

Leur matière comme leur style, comme leur provenance, tout semble donc concourir à rattacher indubitablement les deux statues de l'église de Gaillon à la série des apôtres d'Antoine Juste. Ce sont par conséquent des documents de première importance pour nous montrer quelles œuvres ces premiers artistes italiens introduits dans notre pays pouvaient opposer à celles de nos imagiers nationaux, quels modèles et quelles leçons ils pouvaient leur proposer.

Antoine et Jean Juste, ainsi que leurs fils, travaillèrent encore longtemps en France ; ils allaient y recevoir des lettres de naturalisation ; employés d'abord par le cardinal d'Amboise, ils allaient l'être bientôt par le roi luimême ; on les retrouverait installés à Amboise et à Tours durant l'exécution du tombeau de Louis XII qui leur fut confiée, en grande partie tout au moins. Ils établiront même à Tours un véritable atelier qui sera très florissant et prolongera son activité jusqu'au moment des guerres de religion. Mais cet atelier ne se fondra jamais avec celui de Michel Colombe et il est absolument inexact de considérer les Juste comme les continuateurs du grand maître tourangeau ^. Ils sont ses concurrents, ses adversaires : ils sont les représentants du style italien installé chez nous comme, en pays conquis.

Nous n'avons pas à les suivre ici dans toute leur carrière -^. Il nous suffit d'avoir marqué leur place dans la première invasion de l'italianisme. Bien qu'ils ne fussent pas des premiers arrivés, cette place fut très importante, et leur faveur, très grande dès le début, ne fit que s'accroître avec le temps. Mais dès avant 1510, nous avons pu juger déjà de leur manière propre et de la qualité de leur influence, soit par les parties décoratives du tombeau de Dol,

1. Nous noterons cependant tout à Theure quelques œuvres de style purement français exécutées dans cette matière. On prétend (jue l usage de la terre cuite fut répandu sinon importé en France par les Italiens, et notamment dès la fin du xv" siècle par le médailleur et céroplaste Jean de Candida. (Cf. II. de la Tour, Jean de Candida, p. 80.)

2. Cf. Biais, Réiin. des Soc. des B.-A. des dép., 189i-, p. 1138.

3. Courajod attribuait ces statues à Mazzoni. S'il est établi, comme nous venons d'essayer de le montrer, qu'Antoine Juste s'est servi lui aussi de cette technique, il n'y a aucune raison d'introduire ici le nom de Mazzoni, puisque nous ne pouvons citer aucun témoignage de sa présence à Gaillon et qu'il n'est question dans les comptes de Deville que d'oeuvres très portatives baillées par lui, c'est-à-dire envoyées probalilement de Paris. Cf. plus haut, p. 150.

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