‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 103 sur 305 · Cf. Ramé, Mélanges d'Archéologie bretonne.^ II, p · texte numérisé non relu

Cf. Ramé, Mélanges d'Archéologie bretonne.^ II, p

îi. Cf. Monlaiglon, ouv. cit. — Giraudet, Artistes tourangeaux, etc.

soit par des figures comme celles des apôtres de Gaillon, où nous avons senti en germe tous les pires défauts, les conventions et les recherches exagérées de la sculpture française après son contact avec l'italianisme.

Ateliers secondaires.

A côté des ateliers de Paris, de Tours et de Gaillon, que nous venons d'étudier comme les centres les jdIus importants de la production italienne en France au début du xvi*' siècle, d'autres ateliers moins importants et plus isolés se formèrent sur d'autres points. Nous y insisterons peu, d'abord parce qu'ils ne nous apprendraient pas grand'chose de nouveau après la revue que nous venons de faire, ensuite parce qu'ils sont généralement plus tardifs.

L'un d'eux travailla probablement pour la famille des Gondi, à Joigny^ en Bourgogne, oii nous trouvons dans l'église Saint-Jean, ancienne chapelle du château, un curieux sépulcre en marbre dont le sarcophage surtout est un morceau de sculpture italienne intéressant et assez proche du soubassement du tombeau de Folleville, mais très inférieur comme style. On affirme que l'ensemble a été rapporté d'Italie ; cela nous paraît bien invraisemblable, étant donnés et les dimensions du monument et le peu de valeur de la sculpture, les personnages du second plan surtout, disposés à la manière française, sont d'une exécution très affadie et amollie.

A Folleville., en Picardie, un marbrier italien chargé sans doute d'apporter et d'installer les marbres du tombeau de Raoul de Lannoy dut faire comme Bertrand de Meynal à Gaillon, et rester pour continuer à travailler à d'autres besognes, constituant ainsi sur place une sorte d'atelier italien et de foyer d'art nouveau. Que ce soit ou non le Pnxius qui avait mis son nom sur le tombeau à côté de celui de son oncle, Antonio délia Portn^ nous avons des traces évidentes de l'activité d'un Italien à Folleville.

Ainsi, bien que transformés par des mains françaises et mêlés à des feuillages gothiques, certains détails de la décoration de l'enfeu du tombeau, un Centaure et une Sirène, par exemple, nous rappellent la fantaisie mythologique du tombeau des enfants de Charles VIII à Tours; la A^ierge centrale elle-même, bien que de type septentrional, est coupée à mi-corps comme les madones italiennes; des médaillons avec des personnages de profil présentent aussi vm parti pris très exceptionnel chez nous à cette époque.

Dans la même église, on voit un bénitier formé d'une vasque en marbre reposant sur un piédouche en pierre décoré de quatre grandes gritfes, qui bien certainement fut exécuté sur place parles marbriers ultramontains ^

1. Cf. Basin de Gribeauval, Descript. histor. de Folleville, p. 32-33, pl. IV.

Dans le jardin du presbytère, deux médaillons décoratifs provenant du château voisin dont l'église n'était que la chapelle, l'un d'homme mûr, l'autre de jeune homme, nous montrent encore des produits du même atelier. Ce sont des têtes de profil en marbre dans un encadrement de pierre, comme les empereurs romains du château de Gaillon ; elles ont la prétention ici d'être des portraits \ mais ce sont des portraits bien lourds et bien médiocres. L'ouvrier qui les a exécutés était sans doute un simple ornemaniste, et ces figures peu caractérisées sont beaucoup plus molles et plus gauches que les profils des neveux de Thomas James, exécutés à Dol par les Juste.

Notons enfin, parmi les productions postérieures du même atelier, l'entourage du deuxième tombeau de Folleville, celui de François deLannoy, édifié à côté de l'œuvre d'Antonio délia Porta On y voit un bas-relief à quatre niches, contenant chacune, suivant une disposition toute italienne, la figure d'une ^ ertu ; ces figures sont lourdes, compliquées, épaisses, et bien que pourvues des mêmes accessoires, elles sont très éloignées de la grâce de celles de Michel Colombe. Nous pourrions les retrouver du reste identiques à Amiens, dans le tombeau du cardinal Ilémard^ (1543), sorti évidem- > ment aussi de cet atelier. Le bas-relief que l'on y voit offre une répétition pure et simple des mêmes motifs, exécutée par un praticien qui se copie luimême sans pudeur. Mais, contrairement à ce qui se passa à Folleville pour le François de Lannoy, la figure principale fut bien certainement ici confiée à des praticiens italiens : on s'en aperçoit à sa maladresse, à sa gaucherie, à sa facture en trompe-l'œil, en persjsective qui nous rappelle, avec moins d'habileté, ce que nous observions à propos du Commines du Louvre, et s'oppose autant que possible à la manière franche, robuste et bien assise dont nos imagiers français savaient toujours poser une figure, témoin le François de Lannoy et sa femme.

A Fécamp, la tradition, rapportée par Leroux de Lincy, et les autres auteurs de notices sur l'abbaye de la Trinité de Fécamp*, veut que l'abbé Antoine Bohier ait appelé un certain nombre d'ouvriers italiens pour exécuter tous les travaux accomplis par ses ordres. Nous savons maintenant que les marbres

1. L'homme reproduit ici serait François de Lannoy, le fils de l'ancien gouverneur de Gênes, qui garda à son service, après la mort de son père, les marbriers italiens qui avaient installé le tombeau de celui-ci, et le jeune homme serait son propre fils.

2. Il ne s'agit ici que de la partie décorative en marbre de ce tombeau ; les deux effigies priantes en pierre, sincères et robustes images réalistes, sont de pur style français et pourraient servir à nous prouver la persistance jusque vers le milieu du xvi<^ siècle des traditions gothiques du xv'.

François deLannoy mourut en 1548, mais on sait que son tombeau était achevé bien avant sa mort. Cf. Basin de Gribeauval, ouv. cit., p. 23.

3. Cf. Palustre, Ren. en France, I, p. 42-43, et Duscvel, Notice sur la cathédrale d'Amiens, 1830.

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