CHAPITRE VII CONTINUITÉ DE L'INFLUENCE FLAMANDE AVANT ET APRÈS
L'influence flamande à côté de rinfluence italienne. — Difl'érence de nature.
La cour de Bourfjogne, foj-er d'influence flamande. — Les rois de France. — • Le roi René.
Artistes flamands appelés en France.
OEuvres flamandes importées : peintures, miniatures, gravures.
D'ordinaire, quand on étudie l'art français de la fin du xv® et du commenment du xvi^ siècle, si l'on cherche les influences que cet art a pu subir du dehors, on regarde avec obstination du côté de l'Italie. L'évidence du mouvement qui entraîne, à un certain moment, amateurs et artistes vers les modes italiennes, mouvement que nous venons d'essayer de définir dans sa portée, et de délimiter aussi exactement que possible dans le temps, empêche de constater les actions différentes et souvent divergentes qui s'exercent au même moment sur notre art français; ou bien, si on les constate, on passe rapidement et on omet d'en tenir compte lorsqu'on établit le bilan général de l'époque.
Or, notre but ici est de rechercher à l'aide de quels éléments s'est constituée notre école de la Loire, et comment a pu se former le talent d'un Michel Colombe : après avoir étudié les antécédents français de cette école, après avoir vu comment l'apport, si considérable soit-il, des Italiens la côtoie longtemps sans la pénétrer, nous ne voudrions pas omettre d'examiner aussi ce qu'elle put recevoir des Flamands. Nous allons constater en effet que dans cette deuxième moitié du xv'^ siècle où s'élabore l'école nouvelle, où grandit Michel Colombe, l'influence flamande est encore beaucoup plus importante, beaucoup plus générale surtout qu'on ne le croit d'ordinaire Même
1. M. l'abbé Bossebœuf, dans son livre sur Aniboise, où bien des questions sont abordées en dehors de l'objet même de la monographie, consacre à l'influence flamande un chapitre très honorable qui précède celui sur l'influence italienne (p. 276-282). Mais, s'il a bien noté le double courant, s'il a môme essayé de caractériser le génie de l'art flamand et écrit un résumé de son histoire, il tourne un peu court en arrivant à la démonstration : il cite quelques noms, (quelques dates et pas une œuvre.
CONTINUITÉ DE l'iNFLUENCE FLAMANDE AVANT ET APRÈS 1495
après 1495, dans le temps où s'accentue, nous avons dit dans quel sens, le mouvement italianisant, l'influence flamande continuera à se faire sentir et à laisser des traces profondes dans l'art français.
M. Mûntz, quels que soient son amour pour l'art italien et sa conviction que lui seul put régénérer l'art européen, constate cependant que, « à partir de la seconde moitié du xv*^ siècle, notre école, jusque là profondément indépendante et originale, subit l'ascendant de l'école flamande d'une part, de l'école italienne d'autre part* ». N'avons-nous pas, du reste, ce texte bien curieux de Commines pour établir l'éclectisme de ce Cliarles VIII que l'on considère surtout comme le promoteur du mouvement italianisant, éclectisme qui continue celui du roi René et prépare celui de François P"" ou d'Henri IV? « Il joignit ensemble, dit l'bistorien, toutes les belles choses dont on luy faisait feste, en quelque pays qu'elles eussent été vues, fust France, Italie ou Flandres. »
Pourtant, il convient de noter que ces deux influences constatées par M. Mùntz ne sauraient être mises sur le même plan : elles ne sont ni de même date, ni de même nature. En effet elles sont d'abord plutôt successives que simultanées : la démonstration des influences flamandes durant tout le xiv<^ siècle a été faite depuis longtemps : nous n'avons pas à y revenir, ni même à y insister ici^. Après la venue à la cour de France de Beauneveu et de ses compatriotes flamands en plein xiv^ siècle, c'était encore d'un apport septentrional qu'était sorti, au début du xv*^, l'art puissant de la Bourgogne ; c'était le même mouvement d'art qui avait fait fleurir de la Meuse à la Loire et au Rhône le naturalisme vigoureux des Van Eyck et des Van der Weyden, des Sluter et des Lemoiturier. Nous avons vu au contraire à quelle date l'influence italienne avait commencé à se faire sentir chez nous de façon réellement appréciable.
De plus, ces rapports artistiques de la France avec les provinces flamandes, rapports qui avaient duré pendant tout le moyen âge*, étaient naturels et logiques, ils fortifiaient l'esprit national, tandis que l'influence italienne, l'introduction d'un art formé d'éléments nouveaux et étrangers, tels que l'imitation de l antique, allait donner lieu à une révolution tout artificielle et arbitraire : cette influence italienne allait être absolument novatrice, tandis