Cf. Miintz, Ben. en Italie, I
CONTINUITÉ DE l'iNFLUENCE FLAMANDE AVANT ET APRÈS 1495
tableaux flamands' et l'on sait également quelle est l'abondance des œuvres flamandes et néerlandaises dans les grandes collections de Gênes-. Les manuscrits abondamment répandus contribuaient à propager la même influence : tels le livre d'heures du pape Alexandre VI Borgia (1492-1503) ou le bréviaire Grimani de Venise. Les gravures flamandes avaient également exercé une influence caractéristique dans les œuvres de certains graveurs italiens, telles que les sibylles attribuées à Baccio Baldini^. Les tapisseries venues des Flandres enfin avaient servi de modèles aux ateliers établis à Mantoue, à Ferrare, à Florence
On pouvait même voir en Italie des morceaux de sculpture exécutés par les ateliers de Bruxelles et d'Anvers. L'un des plus importants retables qui soient sortis de ces ateliers avait été commandé par une famille piémonlaise : nous y voyons figurés en donateurs Claude de Villa, et sa femme Genline Solaro ^, et c'est d'Italie qu'il est rentré récemment au Musée de Bruxelles. A Naples, parmi beaucoup d'autres produits de l'art flamand, on peut citer le Presepe de l'église San Giovanni à Carhonara, dont les figures en bois peint et doré^ accusent nettement leur origine.
Ces rapports et ces contacts n'agirent guère, sans doute, sur le style des grands maîtres du quattrocento florentin, mais ils purent exercer cependant une influence notable sur certaines écoles moins fortement constituées. A Naples, par exemple, une suite de crèches postérieures à celles que nous venons de citer, nous montreraient l'action de la propagande flamande. A Gênes, de nombreux reliefs pittoresques représentant saint Georges se rapprochent beaucoup plus de l'art des hauts reliefs flamands avec leurs saillies vigoureuses, leurs détails précis et réalistes, leurs forêts aux arbres trapus que de l'art sobre et élégant du saintHjeorges de Donatello à Or San Michèle ^. A San Fermo Maggiore de Ve'rone, le tombeau de la famille Brenzoni nous montre des anges porte-lumières de caractère absolument flamand, et nous ne pouvons que mentionner ici les scidptures vénitiennes de Barthélémy Buon ou d'Antonio Rizzo, où le caractère septentrional est également très accusé. De même dans l'école milanaise, les draperies tourmentées d'Omodeo ou des Mantegazza dénotent un rapport évident avec les œuvres flamandes, aussi bien que le réalisme brutal d'un Caradosso.