Abbé Bossebœuf, ouv. cit., p
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n'y a que quelques années d'intervalle entre l'achèvement de la chapelle d'Amboise et l'exécution du tombeau de Nantes. Est-ce même à un artiste local qu'il faut attribuer ces sculptures? Il nous paraît difficile de l'affirmer a priori. Mais quand bien même cela serait, quand un texte nous révélerait demain le nom de l'imagier, si la main qui exécute est française, tenons pour certain que l'esprit qui dirige est flamand, ou tout au moins que l'auteur travaille sur une donnée flamande.
C'est le caractère même de l'œuvre qui nous en assure ^ Diverses scènes sont juxtaposées dans ce bas-relief suivant une habitude encore fréquente ; mais il faut en remarquer surtout l'aspect de tableau un peu encombré et manquant d'air, la composition d'un pittoresque voulu, avec des accessoires multiples ingénieusement disposés pour remplir tout le champ.
La sculpture très profondément fouillée , presque en ronde bosse pour les personnages principaux , rappelle absolument celle des retables flamands. Tout le paysage conventionnel, avec sa forêt formée de petits arbres en raccourci perchés sur de gros rocs conventionnels, nous paraît un souvenir évident de compositions du même genre, exécutées en bois par les huchiers flamands. Les types sont trapus, les figures un peu lourdes et vulgaires, d'un réalisme minutieux : l'équipement du saint Hubert notamment, et le harnachement de son cheval, sont détaillés avec amour; le cerf et les chiens sont d'un modelé vigoureux et précis.
A gauche enfin, le saint Christophe barbu, les cheveux ceints d'un ruban,
1. Dans une description sommaire, publiée dans le Bull, de la Soc. archéol. de Tour. (1882, p. 392), l'abbé Quincarlet remarquait que le bas-relief de la petite chapelle d'Amboise était fouillé avec « un art infini qui rappelle les retables (?) de la cathédrale d'Amiens ». Nous croyons que l'on peut aller plus loin encore, et remonter jusqu'à la source où les sculpteurs amiénois du xvi^ siècle, ainsi que notre imagier d'Amboise, puisaient leurs inspirations.
appuyé sur un long bâton, avec un manteau dont un pan flotte au vent derrière lui, la tête brusquement relevée vers l'Enfant Dieu qu'il porte sur ses épaules, nous offre un type que les peintres, les graveurs et les imagiers flamands ont répété à satiété, exactement dans les mêmes formules ; à Anvers surtout, saint Christophe était le patron des mariniers et des porteurs de tourbe; et l'on y rencontre encore des séries de bois reproduisant le même type avec de plus en plus de fantaisie, d'allure dramatique et cavalière ; le manteau est de plus en plus cassé et voltigeant, la pose de plus en plus contournée, à mesure que l'on avance dans le temps.
Quant au personnage de l'extrême gauche, on le désigne quelquefois comme un saint An/oine ; c'est tout simplement le moine ou l'ermite qui, sur la rive du fleuve, de la porte de sa petite chapelle, guide le passager une lanterne ou une clochette en main^, et ce personnage nous le retrouvons également dans tous les tableaux flamands où cette scène est représentée. Sa chapelle se compose ici d'un petit édicule en forme de dôme, orné de chapiteaux composites, et couronné de petits angelots nus qui tiennent des guirlandes ; c'est l'exemple d'un de ces motifs accessoires à la mode italienne qui s'étaient glissés dans la miniature française avec Jean Fouquet, qui pénètrent en Flandre un peu plus tard avec Quentin Metsys, sans altérer du reste le style fondamental de l'un ou de l'autre artiste. On peut même remarquer que le petit édicule en question est plus proche de la façon dont les Flamands interprèlent le style de la renaissance italienne que de la manière un peu plus régulière, même à l'origine, de nos compatriotes.
Lorsqu'on voit du reste la façon presque identique dont certains autres imagiers contemporains ou même postérieurs ont, dans des régions très diverses, interprété l'ensemble de la scène ou chacune des figures prise à part, il faut de toute nécessité supposer l'existence d'un prototype commun, sculpture, peinture ou estampe.
Ainsi, nous étudierons plus loin un saint Christophe de l'église de Verneuil qui dérive évidemment de la même source que celui d'Amboise. Pour le saint Hubert, nous le retrouvons dans un bas-relief en pierre blanche de la collection de M. E. Peyre, qui présente les mêmes dispositions pittoresques, les mêmes arbres étagés de façon conventionnelle, la même attitude du personnage principal, modelé en fort relief avec une grande précision 2.
1. Cf. Cahier et Martin, Caractéristiques des saints dans l'art populaire, I, p. 449, article Géant. Nous ne voyons pas ce qui peut représenter pour l'abbé Bossebœuf, au-dessus de l'oratoire de l'ermite, » la reine de Candie ». Quant au jjetit animal qui disparaît dans un trou, ce n'est ni le (( compagnon de saint Antoine », ni le « rat des champs )>, c'est un accessoire pittoresque et naturaliste ajouté là par l'artiste pour compléter son tableau.
2. La provenance est du reste incertaine et le bas-relief en assez mauvais état; certains changements dans le costume dénotent une date un peu plus avancée.
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Le caractère gothique s'atténue un peu, mais la composition générale reste la même, avec des partis identiques dans l'attitude du saint, la position du cerf, la façon de rendre la forêt dans quelques bas-reliefs d'une date plus avancée, comme celui de Bridoré^ en Touraine, celui du Musée de Verdun^ ou celui de Ui Chapelle Saint-Luc en Champagne-.
Quant au prototype même de la scène, c'est bien dans lart flamand qu'il faut le chercher. Parmi les dinanderies exposées en 1900 au Petit Palais^, un petit groupe en bronze représentait le saint en costume de chasseur, l'épée au côté, à genoux devant le cerf miraculeux. Un bas-relief
Clirlii- Moreau.
Amboise. — Linteau de la chapelle SainL-Blaise. (Pierre.)
flamand en bois à l'église de Bourg- Achard'^ en Normandie nous le montre dans une attitude plus voisine encore de celle qu'on lui voit à Amboise. Nous n'en connaissons pas en Belgique de plus proche, si ce n'est celui du jubé de Walcourt^ un peu postérieur peut-être, mais reproduisant sûrement un type courant dans l'art local ^.
Avons-nous. la preuve certaine, par ces différents rapprochements, que le haut relief d' Amboise ait été exécuté par une main flamande? Non, certes : car si le type original est flamand, il nous paraît bien y avoir ici comme une interprétation ; la rondeur même, on pourrait presque dire la bonhomie de
1. Cf. Paul Lafond, Réun. des Soc. des B.-A. dép., 1897, p. 621-630.