Cf. Fichot, Statistique monumentale de l'Aube, I
3. Cf. Catal. exp. rélrosp., 1900, n" 343, appartenant au baron de Schickler. Cet objet avait déjà figuré, en 1878, à l'exposition des portraits nationaux:, où le Catalogue le donnait pour un Louis XI (?) en prières devant un cerf.
4. Cf. A. Montier, Normandie pittoresque et monumentale. Eure, 2*^ partie, p. 133-139, pl.
5. Deux bois assez différents l'un de l'autre et d'origine très probablement flamande exposés au Petit Palais en 1900 [Catal., n° 3085 et 3105 bis) représentaient, dans une forêt du même genre, avec des chiens et des accessoires réalistes de la même vigoureuse minutie, un saint Hubert à cheval se découvrant devant le cerf miraculeux.
l'exécution des figures taillées dans une pierre au grain très fin, semble nous prouver que le sculpteur est un de nos compatriotes, le travail des Flamands étant d'ordinaire un peu plus sec et plus âpre. Mais ce que nous pouvons affirmer en tous cas ici, c'est l'ascendant exercé manifestement par l'art des huchiers flamands sur cet ouvrier ou cet atelier qui travaille à Amboise, à un moment où sans doute Charles VIII a déjà ramené d'Italie son butin, ses parfumeurs, ses tailleurs, et ses faiseurs de « planchers à la mode d'Ilalie ».
Autres reliefs pittoresques clans la région de la Loire.
Si le relief que nous venons d'examiner est le plus important par sa date à peu près certaine et sa présence dans un château royal, ce n'est pas du reste le seul relief pittoresque que nous rencontrions dans la région de la Loire. On voit à Amboise même, sur une maison de la rive droite de la Loire, au Bout-des-Ponts, un haut-relief sculpté en pierre, de facture assez sommaire, et d'ailleurs en mauvais état, mais amusant encore par son caractère pittoresque et la justesse de l'observation du geste des personnages : il représente un seigneur à cheval en costume civil très exact, faisant l'aumône à un pauvre. C'est un petit groupe réaliste d'un arrangement ingénieux, et il est dû bien probablement au même atelier franco-flamand que le saint Hubert du château'.
A Blois, dans l'église Saint-Laumer, au-dessus d'un autel du bas côté gauche, un grand bas-relief rectangulaire formant retable, nous présente dans le même champ plusieurs scènes de la vie de sainte Marie l'Egyptienne - : c'est saint Jérôme lui apportant des vêtements dans le désert, lui donnant la communion, puis l'ensevelissant à l'aide de son lion. L'exécution en est très inférieure à celle de la sculpture d'Amboise ^. On y reconnaît cependant certaines habitudes pittoresques, certaines conventions dans le paysage rocheux et boisé qui dénotent la même influence flamande subie par l'imagier local de la fin du xv'^ siècle^.
d. Cf. Bossebœuf, Amboise, p. 164, fig. C'est peut-être un Saint-Martin, peut-être une simple enseigne do quelque établissement charitable.
2. Ce bas-relief figurait dans l'église abbatiale de Saint-Laumer, où l'on avait une grande vénération pour cette sainte, dont on conservait le crâne parmi les reliques. Déplacé et mutilé à la Révolution, il fut restauré et rétabli sur un autel par les soins de M. de la Saussaye, vers 1850. Une erreur du restaurateur a transformé en saint Jérôme la figure de l'abbé donateur, agenouillé dans un coin devant un prie-Dieu armorié.
3. Il avait de plus été très mutilé, et toutes les têtes sont modernes, ainsi qu'un bon nombre de détails du paysage.
4. Nous pouvons noter encore dans le même genre, au Musée de la Société archéologique à Tours, un bas-relief assez médiocre représentant le martyre de saint Laurent. Il provient du
CONTINUITÉ DE l'iNFLUENCE FLAMANDE AVANT ET APRÈS 1495
En Anjou, clans la chapelle du château du Plessîs-Chivré, au nord d'Angers, lions avons relevé une petite sculpture qui, pour peu importante qu'elle soit, n'en est pas moins caractéristique comme exemple de composition flamande imitée ou transposée par un artiste français de la fin du xv*^ siècle. C'est un petit has-relief en pierre, autrefois peint et doré, qui représente la Nativité. Il est conçu tout à fait à la façon d'un petit tahleau ou d'une miniature. Le relief en est assez faible, le style purement gothique avec une nuance flamande très prononcée. La Vierge, qui porte une grande robe à plis cassés, est agenouillée devant un enfant minuscule et chétif posé sur un pli de son manteau ; un angelot, long vêtu, adore l'enfant de l'autre côté.
Par derrière on voit l'âne et le bœuf, avec saint Joseph qui retire son bonnet d'un geste familier aux artistes flamands ; vers la gauche, un berger, de silhouette et de physionomie curieusement réalistes. Par-dessus le toit de l'étable, suivant un procédé de composition pittoresque familier aux peintres et miniaturistes, on aperçoit la campagne et la scène, en plus petit, de l'Annonciation aux bergers. La traduction, la transposition paraît là évidente, et l'on pourrait citer maintes peintures ou sculptures flamandes qui reproduisent la même scène de la même façon pittoresque et familière.
Il n'en est pas tout à fait de même pour la Déposition de croix de Sainfe- Catherine de Fierhois, qui est cependant une œuvre très importante et très significative. C'est un petit groupe en pierre, finement sculpté, en haut relief ou même en ronde bosse \ qui faisait partie sans doute de quelque retable aujourd'hui détruit.
prieure do Saint-Laurent à Chainhray. (Palustre, Ca^.i/., 1871, n" 332. — Manceau, Mém. Soc. arch. Tour., V, p. H2-H4.)
1. Il mesure environ 0 ™ 45 de haut sur 0 " 63 de large. Il est actuellement déposé au presbytère mais il provient sûrement de l'église dont nous avons parlé plus haut et qui date du milieu du xv" siècle. Cf. chap. I, p. 12-13.
Ctiapelle du Plessis-Chivrc. — La Nativité. Bas-relief. (Pierre.)
Au point de vue iconographique, l^ien qu'il comprenne les mêmes personnages, il diffère notablement des Mises au sépulcre habituelles à Tart français. La Vierge, le saint Jean, les saintes femmes et les deux disciples qui vont ensevelir le Christ y sont disposés sur une sorte de plan incliné dans un groupement pittoresque; la Vierge est assise à terre et le Christ posé en travers sur ses genoux : les autres personnages l'entourent et expriment
Sainte-Calherinc de Fierbois. — Déposition de croix. (Pieri'c.)
leur douleur de diverses façons : c'est une sorte d'arrêt dans le cortège funèbre, une Lamentation sur le corps du Christ plutôt qu'une Mise au Tombeau. Or, c'est déjà là un thème plus familier à l'arl flamand ou germanique qu'à l'art français.
L'exécution est très poussée et très minutieuse ; les draperies sont d'une facture particulière à petits plis serrés et creusés profondément; le manteau de la Vierge forme même dans sa chute une série de cassures multipliées et confuses, avec une exagération que ne connaissait ni l'art bourguignon, ni l'art flamand de la belle époque, mais qui va devenir formule courante dans l'art flamand de la fin du xv^ siècle et plus encore dans l'art allemand. Le style des figures est extrêmement dur; l'expression de la douleur va jusqu'à la grimace : de grosses larmes apparentes coulent sur les visages, les attitudes sont violentes et quelque peu forcées.
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Pourtant si le caractère de la draperie, si l'aspect général dn groupe et sa composition nous font bien songer à certains bois flamands, nous n'en avons jamais rencontré qui soit le prototype direct de cette composition. Le slyle en est surtout plus sévère, plus tragique que dans la sculpture brabançonne elle-même des environs de 1460-1480, et il a quelque chose en même temps de plus fin, de plus aigu, de plus mouvementé que chez les Bourguignons. C'est dans la peinture flamande, chez un Rogier Van der Weyden par exemple, que nous pourrions trouver des analogues à cette composition dramatique et réaliste avec rudesse. Dans nombre de tableaux du maître ou de ses élèves, nous avons remarqué des arrangements de guimpe, de voile, de costume identiques à ceux des saintes femmes de Sainte-Catherine de Fierbois, Dans lun même, au Musée de Bruxelles, l'une des saintes Maries relève son manteau pour s'essuyer les yeux avec un geste semblable à celui de la figure que l'on voit à droite dans notre groupe. Très souvent enfin, dans les peintures de cette école nous retrouvons ce procédé des grosses larmes courant comme des perles énormes sur les joues creusées des Vierges douloureuses ; c'est là un détail qui est plutôt du domaine de la peinture, et que l'imagier de Sainte- Catherine de Fierbois a cru pouvoir s'ap- Limeray. — Christ. (Bois.)
proprier, un peu indûment peut-être.
Quoi qu'il en soit, ici encore nous pouvons dire que, même si l'exécution en est française, le monument est très profondément pénétré d'esprit flamand ; et que nous sommes sans doute en présence de l'un des morceaux les plus caractéristiques dus à cette influence dont nous recherchons les traces en ce moment. Quant à sa date, elle doit être assez antérieure à celle de la chapelle d'Amboise et pourrait se placer vers 1460, au moment où commence à travailler Michel Colombe. L'œuvre reste, en tous cas, tout à fait en dehors de ce mouvement général d'adoucissement que nous avons noté plus haut.
1. Il y en a aussi quelques exemples, mais assez rares, dans certaines sculptures comme celles du Calvaire de Nivelles, au Louvre. (Cat. se. mod., n° 219).
Un morceau d'un autre genre nous présente également en Touraine la même note d'art : c'est un crucifix en bois * qui provient de l'église Saint-Florentin du château d'Amboise^ l'église de Louis XI, et se trouve actuellement dans l'église de Limeray. Avait-il été apporté directement de Flandre ou exécuté sur place par des artistes flamands? Nous ne saurions le dire. Toujours est-il que la tête douloureuse et tragique, l'anatomie du thorax aux côtes saillantes, les jambes maigres et nerveuses le rapprochent, à n'en pas douter, bien qu'il soit très inférieur, du Christ du Calvaire de Nivelles-en-Brabant au Louvre et de tant d'autres Christ décharnés et violemment réalistes de la fin du xv*^ siècle.
Le travail du bois : les stalles, les boiseries décoratives.
Les nombreux ouvriers flamands établis en France s'étaient fait du travail du bois comme une spécialité, de même que, peu de temps après, les Italiens allaient s'en faire une du travail du marbre. Aussi, dans tous les grands travaux de sculpture sur bois, de hucherie, entrepris à cette époque, allons-nous pouvoir discerner une part importante d'inspiration flamande. Les produits de ces travaux, en particulier de très nombreuses séries de stalles d'églises, ne sont pourtant pas à proprement parler chez nous des œuvres étrangères. Il y eut le plus souvent collaboration entre nos ouvriers et les Flamands, fusion entre leurs différentes traditions. Souvent même, le type original des œuvres ainsi créées était plus français que flamand.
Ainsi, avant de faire appel aux ouvriers étrangers que nous avons énumérés tout à l'heure pour l'exécution des stalles de Rouen \ on avait commencé par appeler en 1450 un nommé Jacques Barbelot, établi à Bourges et qualifié de « artifex cathedrarum ». Rien ne nous autorise à considérer cet artiste comme un Flamand. Mais il mourut en 1451, après avoir donné le patron d'ensemble du travail, et ses dessins furent mis en œuvre par un atelier peuplé d'artistes flamands, parmi lesquels ce MosselmanrfèxxTle rôle duquel nous avons déjà insisté, mais où il y avait aussi des Français tels que Philippot Viart.
Ce n'est ni à ces ouvriers flamands, ni même à ce Barbelot que revient l'honneur d'avoir créé le type des stalles que nous allons voir si répandu en France dans la seconde moitié du xv*^ siècle? Le type existait déjà et nous le trouvons à peu près complet dans les quelques très beaux spécimens qui nous ont été conservés de la hucherie franco-flamande de la fin du xiv*' et du début du xv"^ siècle ; les stalles de la chartreuse de Dijon, de la Chaise-Dieu, de
1. Cf. plus haut, p 228. Langlois, Les stalles de la cathédrale de Rouen, p. 180-198. (La partie basse de ces stalles est seule conservée aujourd'hui). — De Chaiiipeaux, Travaux d'art du duc de Berry, 38-40.
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Saint-Benoit-sur-Loire et de Bard-le-Régulier . Mais avec les stalles de Rouen, le modèle définitif paraît vraiment constitué. Dès lors, la forme des accoudoirs, des jouées terminales, des appui-bras et des miséricordes, est arrêtée et va se répéter presque invariablement'. Le style des sculptures, particulièrement de celles destinées aux miséricordes ou aux parcloses se fixe également : ce sont le plus souvent des figures grotesques ou de petites scènes réalistes.
Ces formules vont être colportées d'un bout à l'autre du pays par les ateliers franco-flamands et reproduites dans des œuvres telles, par exemple, que les deux séries de stalles de la chapelle du Musée de Cluny ^ ; celles que l'on rencontre en grand nombre dans l'Ile-de-France : à Gassicourt, à Fontenay-lès-Louvres , à Presles, à Saint-Sulpice-de-Favières, à Saint-Martinaux-Bois^, etc.; en Champagne, à Orhais; en Normandie, aux Andelys^, à Bourg-Achard^ à Routot ; en Bourgogne, à Charlieu ; enfin dans le Midi, à Albi, à Rodez, à Villefranche-de-Rouergue, etc. Même au milieu de l'invasion italienne, la formule ancienne persistera ; elle se compliquera parfois pour produire les fameuses stalles d'A/ni'e/?* (1508-1522) ou celles de Brou; celles de Saint-Pol-de-Léon (1512) et de Tréguier sembleront au contraire revenir en arrière jusque vers le xiv^ siècle, tant la sculpture en est grossière et atteste la rusticité des ateliers locaux. Cette liste est forcément incomplète, mais elle était destinée seulement à faire voir par quelques exemples la diffusion de ce type des stalles franco-flamandes à travers toute la France. Il convient maintenant d'étudier, avec un peu plus de détail, celles qui se rattachent directement à notre région de la Loire.
Les plus anciennes sont sans doute celles qui proviennent de la chapelle du château de Châteaudun et figurent actuellement à l'église de la Madeleine de cette ville. Exécutées aux environs de 1464^, elles sont de la forme courante, mais très simples, sans sculptures aux accoudoirs, avec des miséricordes décorées de feuillages, de monstres, de figures accroupies; mais sans aucune