‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 128 sur 305 · Provenance non indiquée · texte numérisé non relu

Provenance non indiquée

3. Cf. Bull, monum., XX, 156. — Abbé Barraud, Notice sur l'église de Saint-Martin-aux-Bois, Beauvais, 1831.

4. Un des huchiers qui travaillaient à Rouen aux stalles de la cathédrale était oriy;inaire des Andelys. C'est un nommé Nicolas Lechevalier.

5. Ces deux dernières séries de stalles furent exécutées par un artiste originaire de Bourges, André Sulpice, entre 1473 et 1488. (Cf. F. André, Béun. des Soc. des B.-A. des dép., 1896, p. 232-239).

6. Date de l'achèvement de la chapelle de Danois. (Cf. Coudray, ouv. cit., et plus haut, chap. I, p. 24.)

scène à deux personnages, sans aucune scène grivoise, ainsi qu'il s'en trouve assez fréquemment.

Les stalles de la Trinité de Vendôme^ au nombre de trente-deux, forment une série Lien plus importante et bien plus célèbre. Elles furent exécutées pour l'abbé Louis de Ci'event et datent de la fin du xv^ siècle. Les dossiers, en partie refaits, sont couverts d'ornements gotbiques d'une grande élégance. Les miséricordes sont ornées des sujets les plus variés, sacrés ou profanes, et les plus spirituels d'exécution ; les jouées terminales supportent de véritables sculptures en ronde bosse, dont ime Pieta un peu lourde mais qui est

bien dans la tradition franco-flamande du xv" siècle.

A Tours même, on voit dans l'église des Carmes deux rangées de neuf stalles assez simples dans lesquelles nous retrouvons les mêmes profils des moulures, des colonnettes, des appui-bras, le même caractère décoratif des feuillages ou des petits personnages accroupis sur les accoudoirs ' .

Mais la série la plus curieuse peut-être que nous connaissions en Touraine est celle qui décorait jadis l'église de l'abbaye cistercienne de Fontaines- les- Blanches. Elle comprenait vingt stalles dispersées aujourd'hui-. La partie ornementale n'y est pas très compliquée; mais elle est d'une belle largeur d'exécution, surtout dans les jouées terminales qui sont couronnées par de robustes feuilles frisées. Les miséricordes présentent les divers types de représentations habituelles. Ce sont, outre des feuillages et des animaux, quelques bustes de personnages à longue barbe portant des phylactères : à Noizay, un enfant nu avec une grappe de raisin, deux fous frappant sur une cloche, etc. ; à Poce, un autre fou occupé à traire une vache ou plutôt à jouer un mauvais tour à quelque fermière en remplissant son pot d'autre chose que de lait ; c'est tout à fait la plaisanterie septentrionale des lutins et des farfadets cherchant misère

Noizay. — Fragmcnl des stalles de Fontaines-les-Hlanches.

1. L'église Notre-Dame-la-Riche, qui contint tant do merveilles et fut saccagée à la fin du xvi" siècle, montre encore actuellement une série de stalles de ce modèle. Mais la majeure partie en paraît refaite, si même il y a quehjues parties anciennes.

2. Il y en a douze à Noisay, six à Pocé, une à Liineray, la vingtième enfin a été brûlée. (Cf. A. Gabeau, Les œuvres (Varl de l'abbaye de Fontaines-les-BLinches, Réun. des Soc. des B.-A. des dép., 1899.)

CONTINUITÉ DE l'iNFLUENCE FLAMANDE AVANT ET APRÈS 1495

au pauvre monde; enfin, sujet curieux entre tous, une représentation delà Mort chevauchant une monture fantastique et portant sur son épaule un cercueil et une longue flèche, sujet de danse macabre où se trahit bien encore l'esprit septentrional.

Tout cela, sans être d'une grande finesse d'exécution, est très vivant d'allure et tout mélangé d'esprit flamand réaliste et familier; et nous retrouvons en même temps ici l'esprit général de la sculjDture décorative gothique de la fin du xv*' siècle, telle que nous l'avons définie plus haut.

L'abbaye de Beau lieu -lès- Loches renfermait aussi une série de stalles qui avaient été mises en place sous l'abbé Ilardouin Fumée, nommé en 1494*. La plus grande partie s'en trouve encore dans l'église de Beaulieu, le reste a été transporté dans celle de Saint-Flovier.

L'église Saint-Pierre de Saumur nous en présente d'autres dont nous connaissons les auteurs Ceux-ci paraissent bien être Français. Ce sont Pierre

P intard et Raoullet MicheaU, et s^^^^nv. - Stalles de réglisc Saint-Picre. (Bois.)

après eux Philippe Amy, qui

termine l'œuvre en 1475 Ces stalles sont parmi les plus soignées et les plus vigoureuses que nous connaissions : les figurines des accoudoirs sont spirituelles et ingénieusement campées ; la sculpture des miséricordes, très robuste, sans finesse exagérée de détail : on y aperçoit des hommes d'armes

1 . Le siège abbatial a été sans doute exécuté un peu plus tard que l'ensemble et offre un curieux mélange de la décoration gothique et de celle de la Renaissance. (Cf. Palustre, Album Exp. rétrosp. Tours, 1891, p. 43-46, pl. XXIII.)

2. Cf. Cél. Port, Artistes angevins, 248. — Palustre, Ren., III, 213.

3. Celui-ci était sinon le père, comme l'a prétendu Palustre, du moins peut-être un parent de l'architecte André Amy qui travaillait à Thouars en 1512. Si nous ne répugnions à remplacer une hypothèse gratuite par une autre qui ne le serait guère moins, nous pourrions insinuer que cet André Amy, l'architecte de Thouars, serait bien plutôt le fds de Denis Amy (cf. plus haut, chap. I, p. 23, note), maître maçon, habitant l'Ile Bouchard en 1483, et qui construisit à cette date le château de Montpensier. C'est là en tous cas sûrement une famille d'artistes locaux et dont l'activité s'exerçant en Touraine, en Anjou et en Poitou nous montre bien les liens qui unissaient au point de vue artistique ces différentes parties de notre région de la Loire.

combattant, des moines confessant, des monstres figurant vaguement des centaures analogues à certaines sculptures de la maison d'Adam à Angers. Quant aux dossiers, ils sont en grande partie modernes, à part quelques détails ; nous y notons en particulier au fond du chœur un bas-relief qui représente un saint Georges, composition pittoresque à la flamande, qu'il sera intéressant de comparer plus tard avec le saint Georges de Michel Colombe.

Plus bas encore, en descendant la Loire, à la chapelle de VIle-Behuard, enrichie des dons de Louis XI, on voit seize stalles, un peu plus rustiques, assez proches pourtant de celles de Saumur. Au nord de la Loire, nous en rencontrons encore une série assez simple à Jarzé, due sans doute aux libéralités de Jean Bourré', une autre à Chàteau-VHermitage-^ à peu près de même valeur, avec des sujets amusants aux miséricordes, tels qu'une truie filant, un singe monté sur un éléphant, un coq prêchant à des poulets.

La forme même de ce genre de mobilier est tellement consacrée, que l'influence italienne pourra se répandre, la Renaissance triompher, on n'y verra paraître que des modifications légères et très tardives, même dans cette région de la Loire où se propage si rapidement le style décoratif nouveau. A Saint- Epain, par exemple, où certaines miséricordes présentent quelques imitations évidentes de plaquettes italiennes, telles que Hercule et le Lion, Déjanire et le Centaure Nessus ^, le dessin essentiel des stalles reste le même. Il ne change que très peu dans les stalles cVUssé^ postérieures à 1520 : la forme des sièges et des accoudoirs reste identique ; certaines des miséricordes gardent même encore des sujets très proches de ceux que nous avons signalés tout à l'heure ; tandis que les jouées se décorent de grands médaillons entourés de guirlandes à l'italienne. Il en est presque de même à la collégiale de Monlrésor ou à l'église Saint-Maurille des Ponts-de-Cé, dont les stalles proviennent du prieuré de La Playe-aux-Bonshommes-lès-Angers, et peuvent dater des environs de 1540 4.

A la fin du siècle même l'on conserve toujours le vieux type traditionnel des stalles gothiques ; la fantaisie et la verve des décorateurs vont seules disparaître devant la banalité des motifs étrangers, c'est le cas pour les stalles

1. Cf. plus haut, chap. I, p. 15-16 et plus loin, chap. VllI.

2. Cf. abbé Charles, Guide au Mans et dans la Sarthe, p. 145.

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