Cf. Crozes, Monographie de la cathédrale d'Albi
Persistance du style gothique clans les monuments religieux
après 1495.
Vers 1490-1495, le style gothique religieux était donc loin d'être frapi>é à mort comme on le prétend. II va même continuer à se développer, à prospérer et à s'épanouir dans presque toute la France, malgré les influences étrangères qui vont, à partir de ce moment, le venir battre en brèche. En effet, outre le grand nombre de monuments du xv^ siècle que nous avons cités. Tune des meilleures preuves que nous puissions rencontrer des qualités vivaces de ce style, c'est précisément sa prolongation, sa persistance jusque très avant dans le xvi^ siècle. II n'y a pas de rupture, d'abandon brusque : maint édifice entamé sous Charles VIII se continue naturellement sous Louis XII et même sous François P'' par les mains des mêmes artistes et dans le même style : l'examen des monuments le prouve avec évidence. De nouvelles constructions s'élèvent, des travaux de réfection totale s'entreprennent vers 1510, 1520, 1530, et c'est toujours le style traditionnel qui s'y manifeste aussi bien en Touraine qu'en Champagne ou en Normandie.
Dans la région de la Loire, une fois l'impulsion donnée, les modes nouvelles de décoration se propageront, il est vrai, plus rapidement que partout ailleurs. Dès avant 1510, les François qui terminent les clochers de la cathédrale de Tours sont des tenants de l'italianisme, tandis qu'à Troyes, par exemple, où la persistance gothique fut plus longue que partout ailleurs, ce n'est qu'en 1559 que l'on renonce au style initial pour l'achèvement de la façade de la cathédrale Cependant, on peut encore citer en Touraine, même après 1500, bien des agrandissements d'églises exécutés dans le style gothique. Ainsi à Ballan où Jacques de Beaune fait les frais des travaux, à Azay-le-Ricleau (1518-1519) où c'est Gilles Berthelot -, à Crissay^ où l'on élève en 1527 un clocher très analogue à celui de l'Isle-Bouchard et tout gothique encore. A Saint-Martin-le-Beau , deux nefs latérales datent de 1520-1525; à Cangey, le chœur est des environs de 1530; à Limeray, à Dierre, à Cérelles., plusieurs parties de l'église furent refaites vers la même date. A Cléry, les adjonctions de 1528 se distinguent à peine des constructions précédentes.
A Bourges^ après l'accident arrivé à la cathédrale en 1506, c'est dans un style tout gothique que l'on relève la partie gauche de la façade ainsi que la
1. Cf. Pij;collc, Élude sur les travaux iVachàvemenl de la cathédrale de Troyes [1 430-1 630). Paris, 1870, in-8°.
2. Cf. abbé Chevalier, Bull. Soc. archéol. Tour., II, 475-476. Marché avec le maçon Étienne Rocher.