Cf. Bull. Soc. archéol. Tour., V
VITALITÉ DE l'aRT FRANÇAIS A LA FIN DU XV*^ SIÈCLE
tour nord. Les clochers de la cathédrale cVArif/ers, construits après 1516, sont encore de conception toute traditionnelle. Dans le détail seul de la décoration, se glissent par-ci par-là quelques éléments italianisants, mais renseinble est une imitation ou plutôt une continuation de l'ai'chitecture des époques antérieures.
Des églises ou des chapelles neuves s'élèvent encore, entièrement gothiques de plan sinon toujours de décoration , celle de Thouars , par exemple (1503- 1510 ) , construite pour Louis II de la Trémoille et Gabrielle de Bourbon ; l'église de la commanderie de Saint- Marc- Li-Lnnde (1508)', dont le portail est d'une conception délicate et d'une ornementation très fleurie avec tout en haut quelques timides volutes à l'italienne qui annoncent la venue du style nouveau. A Thouars, sur le haut de la façade , une petite galerie supérieure, conçue dans le goût nouveau, détonait déjà audessus d'un portail tout gothique Mais à Saint- Marc-la-Lande, de même qu'à Thouars, l'architecture intérieure reste d'une sobriété nerveuse et presque sèche très frappante, avec une élégance particulière dans le dessin des piliers et des arcs, comme à Cléry ou à Sainte- Catherine-de-Fierbois.
L'apparition de quelques détails tels que portes ou crédences à l'italienne, ces détails fussent-ils même contemporains de l'ensemble, n'a rien qui doive nous étonner absolument, car la séduction gagnait à ce moment de proche en
1. Cf. Bélisaire Ledain, La Gâline historique cl monumentale, 1876, p. 232, et Palustre, Ren. en France, III, 222.
2. Elle fut ajoutée, à ce que Ton croit, par un architecte qui succéda à Jean Chahureau et à Denis Amy (j 1516), qui avaient construit l'ensemble de la chapelle. Cf. Palustre, Notice sur Thouars, dans les Monuments du Poitou, de Robuchon.
proche et se manifestait de temps en temps par ces placages arbitraires. Le fonds cependant restait gothique, et un peu pkis tard encore dans la construction des grandes Saintes-Chapelles tourangelles du xvi'^ siècle, à Oi'ron, à Ussé, à Montrésor, aux Roches-Tranchelion^ malgré rornementation qui s'altère de plus en plus et se dirige vers la pure décoration classique, c'est le principe gothique que nous retrouverions à la base de la construction, de même que dans TIle-de-France, à l'église Saint-Martin de Montmorency, commencée en 1525.
En dehors de la région de la Loire, les exemples de persistance du style gothique seraient encore plus faciles à trouver. Nous n'en citerons que quelques-uns parmi les plus caractéristiques.
En Champagne, la prospérité de la bourgeoisie troyenne croissant toujours, le mouvement de construction dont nous avons noté les débuts se continue à Troyes dans les travaux de Saint-Pantaléon, Saint-Remi, Saint-Loup, Saint- Nicolas. La tradition persiste dans les reconstructions entreprises après le grand incendie de 1524, et dans toutes les églises élevées jusqu'en plein milieu du xvi*' siècle : à Troyes ou dans les environs, c'est le même style élégant et clair avec ses qualités de logique et de sobriété nerveuse qui reste toujours en vigueur.
En Normandie, c'est la cathédrale de Rouen qui s'achève avec la fameuse Tour de Beurre, terminée en 1506, et le grand portail commencé seulement en 1507 sur les plans de Jacques Le Roux, puis continué par son neveu Roland Le Roux, de 1510 à 1527, date de la mort de ce dernier. C'est la tour de la Madeleine de Verneuil qui cherche à rivaliser avec celle de Rouen : celle-ci est même sans doute l'œuvre d'architectes que le chanoine Arthur Fillon \ vicaire général de Georges d'Amboise, avait fait venir de Rouen pour embellir l'église de son pays d'origine. Le même personnage, devenu ensuite évêque de Senlis, fit élever dans sa nouvelle église la tour et le charmant transept fleuri qui s'y voient encore-. Notons encore en Normandie la tour de Saint- Jean de Laigle, le croisillon nord de la cathédrale à'Evreux où la richesse un peu exubérante, que nous avons déjà signalée plus haut, continue à s'épanouir, la nef de Pont-Audemer , construite par l'architecte Morin entre 1501 et 1506, etc.
Il faudrait aussi dans d'autres régions signaler l'œuvre un peu dispersé de cet architecte voyageur qui s'appelait Martin Camhiches et que nous voyons travailler à Troyes ^, à Sens, à Beauvais, d'autres disent même à Gisors et à