‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 141 sur 305 · CHAPITRE VIII L'ART DE SOLESMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII L'ART DE SOLESMES

Le Sépulcre de Solesmes. — Son histoire et sa signification dans l'art français de la fin du xv" siècle. Composition traditionnelle. — Place donnée à la Madeleine. — Réalisme des figures. — Les attitudes. — La draperie. — Impression d'ensemble. Unité de l'œuvre. — Part des ouvriers italiens. Les auteurs. — Discussion de l'attribution à Michel Colombe. Le saint Cyr de Jarzé et Louis Mouriei'.

Hypothèse d'un atelier local. — Ce que l'on trouve de sculptures dans les environs de Solesmes.

— Les Alignés et la Chapelle-Rainsouin.

Ilypotlièse d'un atelier nomade. — La série des séj>ulcres du xv" siècle. Accord de l'art de Solesmes avec l'ensemble de l'art français du temps.

Les sculptures du Bourbonnais : Souvigny, Moulins. — Vierge de l'Hôpital-sous-Rochcfort. — Madeleine de Montluçon.

Ecoles méridionales. — - Ecole normande (sépulcre de 'Verneuil). — Ecole champenoise (La sainte Marthe et le saint Bonaventure de Troyes).

Accord plus particulier de l'art de Solesmes avec la production de l'école de la Loire contemporaine de la maturité de Michel Colombe.

La tête casquée d'Orléans et le saint Michel de Ferrières.

En Touraine. — Productions secondaires et courantes de l'école. — Le groupe des statues de l'abbaye de Fontaines-les-Blanches. — La Pitié d'Autrèche. — La Madeleine de Limeray. — La Vierge de douleurs de Beaulieu.

Essai de groupement et de détermination de divers ateliers.

Entre ces deux influences très actives dont nous venons d'étudier successivement l'une et l'autre, entre ces deux redoutables rivaux dont nous venons de mesurer les forces, et que nous avons vus se heurter et se pénétrer parfois

1. L'italien tendant à se répandre vers le Nord, le flamand vers le Midi, il arrive c[uelquefois, par un hasard géogi'aphique, que les deux arts semblent venir h la rencontre l un de l'autre. Ainsi, sur les limites de l'Oise et de la Somme, nous trouvons à quelques lieues de distance, le toinhenu du h:Unrd do Sninl-Pol, à Ailly-sur-Noye, qui est une œuvre d'importation flamande de la fin du xv° siècle, et le tombeau de Raoul de Lnnnoij, à Folleville, qui est l'une des œuvres capitales amenées d'Italie en France au début du xvi° siècle.

P. ViTRv. — Michel Colombe el la sculpture française.

y avait-il encore place jDOur quelque chose qui ne fût ni flamand ni italien, mais purement français? Une simple constatation nous prouve en fait qu'il y eut en France un art très abondant et des artistes très féconds pendant cette période. Nous pouvons même dire plus : quelque influence qui menaçât cet art français, il garda toujours ime manière, un style qui lui fut absolument propre. Entre ces deux arts très diflérents, le flamand et l'italien, qui tendent, chacun à leur façon, au dramatique, à la violence, à l'exagération des mouvements et des expressions, nous allons trouver un art calme, modéré, tempéré, qui élimine à ce moment précis ce qu'il y avait en lui d'âpreté, de rudesse et de qualités étrangères à son tempérament profond, tout ce qu'il avait précisément reçu jadis d'une source extérieure.

L'équilibre durera peu de temps, et lorsqu'il sera rompu au bénéfice de l'Italie, lorsque se produira un véritable débordement d'italianisme et que le flamand reculera touché lui-même, l'art français perdra peu à peu ces qualités originales. Mais au moment où nous sommes placés, celles-ci fleurissent en toute liberté, en particulier dans la région de la Loire, et le sépulcre de Solesmes, que nous allons étudier tout d'abord, est un des spécimens les plus caractéristiques de cet art vraiment français de la fin du xv^ siècle, puissant et charmant à la fois, qui est resté gothique dans son principe, même après avoir subi celte transformation que nous avons vue s'esquisser plus haut, en dehors de toute intervention italienne.

Le Sépulcre de Solesmes.

Le groupe de l'Ensevelissement du Christ de l'église de l'abbaye bénédictine de Solesmes' nous est parvenu dans un état de conservation remarquable. Il est très connu, très célèbre même, et on l'a bien des fois décrit et commenté. Il ne laisse pas cependant de régner à son sujet de nombreuses obscurités et beaucoup des commentaires dont il a été l'objet sont assez hasardés ou reposent sur des bases bien fragiles. Le beau livre de Dom de la Tremblaye ^, qui les résume et les discute avec une modération et une sagesse remarquables, nous donne à peu près le dernier état de la question; après toutes les recherches qui ont été faites soit aux Archives nationales, soit chez les notaires de Sablé, il est peu probable que des lumières nouvelles viennent d'ici longtemps éclairer l'histoire de ce monument. C'est donc en lui-même surtout qu'il convient de l'étudier, et en le rapprochant des œuvres de sculpture similaires que nous pouvons connaître.

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