‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 142 sur 305 · Moulé au Musée de sculpture comparée du Trocadéro · texte numérisé non relu

Moulé au Musée de sculpture comparée du Trocadéro

2. Dom de la Tremblaye, Les scu Iptures de réylise abbatiale de Solesmes, 1892, fol., 36 héliog.

L ART DE SOLESMES

Nous n'en referons pas ici une description détaillée que l'on trouvera dans les monographies de Dom Guéranger', Dom Guépin ' et Dom de la Trembla je, et dont nous dispensent, du reste , les gravures ci-contre.

La décoration du monument tout entier, à part les deux pilastres à arabesques de droite et de gauche, est un admirable spécimen de cet art gothique si riche et si vivant dont nous avons parlé au chapitre II. Nous avons également étudié plus haut le caractère des deux pilastres à l'italienne nous n'y reviendrons donc pas.

Quant aux sculptures proprement dites, elles comprennent ici : dans la grotte inférieure, ou plutôt dans l'enfeu, le groupe des huit personnages qui accomplissent la mise au tombeau du Christ ; à l'entrée de cette grotte, les deux soldats qui gardent le sépulcre, dans la partie haute, les figures à mi-corps de David et d'Isaïe encadrées dans des niches flam-

Solesmcs. — EnsL'iuljle du Sépulcre, ^l'icrre.) (D'après une liéliogravure de l'ouvrage de Dom de la Tremblaye.)

1. Dom Guéranger, Essai historique sur l'nbhaye de Solesnies, Le Mans, 1846.

2. Dom Guépin, Soles/nes el Dom Guéranger, Le Mans, 1876. .3. Cf. plus haut, chap. VI, p. 192-193.

boyantes, plus cinq figures d'anges continuant la série de ceux qui sont placés sur les parois de la grotte et portent les instruments de la Passion ; enfin, les deux larrons qui se tordent de chaque côté de la croix vide du Sauveur.

Nous devons joindre à cet ensemble un saint Pierre qui a figuré longtemps dans la même chapelle et se voit aujourd'hui à l'entrée de l'église, sous un édicule moderne de style roman. Il est indépendant du sépulcre ; mais il est absolument de même style que les plus belles figures et doit s'y rattacher étroitement.

La date de l'ensemble, au moins celle qui paraît marquer l'achèvement du monument', nous est donnée par une inscription placée dans l'un des pilastres de l'encadrement :

MCCCC IIII"'' XVI KAROLO VIIl" REGNANTE

A ce moment, le monastère, qui avait été déjà très embelli, après 1470, parle prieur Philibert de la Croix^ était gouverné par un nommé Philippe Moreau de Snint-llilaire (1495-1507). Mais c'était le prédécesseur de celuici, Guillaume Cheminart^ qui avait commencé le monument; il l'avait peutêtre même à peu près achevé lorsqu'il résilia ses fonctions en 1495. Ce sont en effet ses armes que l'on voyait seules, d'après une description ancienne, dans un des écussons décorant la façade du sépulcre. Les autres écussons, qui avaient été, comme celui-ci du reste, grattés pendant la Révolution, ont été restaurés de notre temps : ils portaient les armes du roi de France, celles de la reine Anne, mi-partie hermine et mi-j^artie fleur de lis, enfin les armes du dauphin leur fils. Etait-ce là une simple flatterie? Ou faut-il y voir, comme on l'a soutenu, une preuve de la part prise par Charles \\\\ aux travaux du sépulcre ? Cette dernière hypothèse est assez plausible lorsqu'on sait surtout que Charles VIII vint à Sablé en 1488 et qu'on retrouve encore le nom de Solesmes dans un acte royal daté de 1493*. Il est peut-être téméraire en tous cas d'affirmer pour cette seule raison que le roi fit la plus grande partie des frais du monument, il l'est encore davantage d'en induire que Michel Colornbe, parce qu'il était ou sera plus tard désigné comme tailleur d'images du roi et de la reine, doit être considéré comme l'auteur des sculptures du Sépulcre.

1. On sait cependant <jue ces dates, inscrites dans quelque partie de décoration, n'indiquent pas toujours, avec la valeur d'une signature aulhenti(jue générale, la date de l'œuvre totale. Ainsi certains pilastres du tombeau de Louis XII, à Saint-Denis, sont datés de dSi9 et cependant le tombeau ne fut achevé que près de 10 ans plus tard. Ici, Dom de la Tremblaye {ouv. cit., p. 18 et 20) indicjue, d'après un manuscrit ancien, que le groupe aurait été commencé en d494 et fini en 1498. Nous garderons la date de 1496 comme une date moyenne.

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