De la Tremblaye, ouv. cit., p
l'art de solesmes
En tous cas, ce que Ton raconte sur Jean d'Armagnac, seigneur de Sablé, sur sa présence parmi les personnages du tombeau, sur la direction qu'il aurait donnée à l'œuvre, sur ses séjours en Touraine, sur ses rapports possibles avec Michel Colombe qui l'auraient amené à employer cet artiste de préférence à tout autre, tout cela est de pure hypothèse On sait seulement que ce personnage avait fait quelques libéralités au prieuré ~ ; mais rien ne prouve qu'il ait collaboré à l'édification du Sépulcre qui ne portait même pas ses armoiries.
Nous laisserons donc de côté pour le moment la question de l'attribution qui ne peut être résolue par aucun document certain, nous réservant d'y revenir quand nous aurons examiné l'œuvre en elle-même. Nous nous contenterons de désigner l'auteur des sculptures sous le nom de mnitre de Solesmes. Peu nous importe, du reste, à vrai dire, de pouvoir ou non remplacer par un nom propre cette désignation vague : car ce que nous cherchons surtout ici, c'est la signification et la place de l'œuvre dans l'art français.
Constatons tout d'abord que nous avons affaire à un aboutissement plus qu'à un commencement. Rien ne nous paraît plus injuste en effet que l'opinion de Palustre qui prétend quelque part que les morceaux essentiels de ce sépulcre « rompent ouvertement avec le moyen âge et accusent tous les caractères de la véritable sculpture ». Si une œuvre au contraire nous paraît proche de la noblesse, de la grandeur et de la dignité simple de notre sculpture du xiii'' siècle français, c'est bien celle-ci, et il faudrait méconnaître absolument notre passé pour prétendre que ces qualités sont nouvelles chez nous.
Le R. P. de la Tremblaye nous paraît également s'écarter de la vérité lorsqu'il insinue que, tout en étant restée plus française, cette sculpture, comme la décoration qui l'environne, s'est pénétrée d'éléments italiens et « qu'à force de chercher la noblesse dans la nature elle ira peu à peu elle aussi au courant italien-^ ». Nous avons suffisamment étudié dans un chapitre précédent les œuvres italiennes des Laurana., des Mazzoni et des Juste., pour comprendre que ce n'est pas elles qui pouvaient diriger le maître de Solesmes dans la voie où nous le voyons engagé. Lorsque nous nous mettons en présence de son œuvre et que nous lui cherchons des analogues, c'est à celle de Gilles de la Sonnette à Tonnerre que nous songeons tout de suite.
\. Cf. notamment abbé Bossebœuf, Les sculptures de Solesmes et l'école de Tours, l'Art. XLIX (1890).
2. Deux chartes citées par Dont Guépiii {ouv. cit., p. 41) concernent les droits et rentes concédés par lui aux religieux.