Ouv. cit. Avant-propos
Le caractère du robuste sépulcre bourguignon est, il est vrai, légèrement transformé et adouci' dans cette sculpture postérieure. Mais il serait inadmissible là-devant de songer à tel ou tel groupe dramatisé de Modène ou de Naples. Traditionnelle et purement française, telle nous apparaît essentiellement l'œuvre que nous allons étudier.
Tout d'abord la disposition des personnages est à peu près celle qui est de tradition constante dans l'art français. Deux disciples âgés debout soutiennent
Solcsmes. — Ensevelissement du Christ. (Pierre.) (D'après une héliogravure de l'ouvrage de Dom de la Treniblayc.)
dans un linceul le corps du Christ qu'ils vont déposer dans le tombeau : derrière, la mère de douleur également debout, les bras pendants, sans un cri, sans un geste, discrètement soutenue par un saint Jean triste et beau; à sa gauche, deux saintes femmes affligées dont l'une joint les mains et l'autre ouvre un vase de parfums; à droite du saint Jean, sur la même ligne, un disciple barbu apportant également des parfums.
L'introduction de ce personnage dans le groupe principal est la seule addition au thème consacré que se soit permise l'artiste. Et cette addition était
d. Cf. plus haut, chap. II.
l'art de solesmes
nécessitée tout simplement par le fait du déplacement de la Madeleine. D'ordinaire, en effet, trois saintes femmes accompagnent la Vierge et saint Jean ; nous les retrouvons bien ici ; mais l'artiste a séparé la Madeleine du groupe principal pour la représenter sur le devant du tombeau, accroupie, abîmée dans sa douleur.
Cette idée assez rare dans les grands groupes de la Mise au tombeau que nous connaissons n'était pas cependant sans précédent. Parfois, dans les miniatures ou les peintures des xiv" et xv*^ siècles, représentant l'ensevelissement du Christ, on voit un personnage séparé du groupe principal et accroupi sur le devant du sarcophage ^. Dans la nombreuse série de ces bas-reliefs en albâtre d'origine douteuse, espagnole disent les uns, anglaise disent les autres-, c'est la Madeleine qui est figurée quelquefois à genoux devant le sarcophage oii va reposer le Christ et qui saisit dévotement la main du cadavre^.
Dans le retable de Besseylès-Cîteaux, œuvre probable de l'imagier Claus de Werve*, où l'on remarque, à défaut d'une exécution très soignée, quelques idées plastiques curieuses et originales, la Madeleine, agenouillée sur le devant de la scène, se précipite ardemment vers les pieds du Christ pour les embrasser et y
1. Voir, par exemple, au Musée du Louvre, un petit panneau peint de la fin du xiv" siècle, où est un disciple âgé et barbu qui est figuré de cette façon.
2. Cf. Gourajod, Bull, archéol. du comité des trav. historiques, 1895, p. xxiii-xxiv. — Destrée, Guide du visiteur aux Musées d'art décoratif de Bruxelles, 1897, p. 29. — Paul Vitry, Bull. Soc. archéol. de Touraine, 1899. — Abbé Douillet, Bulletin Monumental, 1901, et Bull. Soc. Anliq. de France, 17 avril 1901.
3. Particulièrement dans l'un de ceux que l'on voit dans la chapelle du château de Condé en Touraine.