Cf. plus haut, ch. III, p
Besscy-lès-Cîteaux. — EnscvelissciacnL du Clirisl. Fragment du retable de Claus de Werve.
pose déjà la main droite. Enfin, un émail peint, de la collection Chalandon, qui a figuré à l'Exposition rétrospective de 1900', nous montre précisément la même disposition qu'à Solesmes : la Madeleine est accroupie sur le devant de la scène et remplacée dans le fond par un troisième disciple barbu, avec un turban.
Il est très rare dans l'art du moyen âge qu'une modification iconographique se fasse brusquement et sans intermédiaire, et nous venons de voir que le Sépulcre de Solesmes ne fait pas exception à cette règle. Cependant, l'attitude particulière que le maître a donné ici à la Madeleine, son expression surtout sur laquelle nous reviendrons, dénote, de sa part, une intervention personnelle et une véritable trouvaille de génie.
La présence de ce disciple supplémentaire, ajouté pour maintenir dans le fond de la grotte le nombre de personnes nécessaire à l'harmonie de la composition, a donné lieu à des suppositions tout à fait inutiles. On a prétendu^ que le porteur de gauche, désigné d'habitude comme Nicodème, était Joseph d'Arimathie ; son voisin, avec son vase à parfums, représenterait dans ce cas Nicodème ". Quant au disciple de droite, imberbe et portant des vêtements civils somptueux, avec un collier d'ordre au cou, ce serait, dit-on, Jean cV Armagnac lui-même, le seigneur de Sablé, qui se serait fait représenter en personne dans la scène de la Mise au tombeau. La tête de ce personnage reproduit avec une vigueur peu commune, une physionomie individuelle, prise directement dans la nature, cela est certain. Mais que ce soit le portrait de Jean d'Armagnac, nous ne pouvons l'affirmer. L'hypothèse d'un portrait du roi René d'Anjou ^ nous paraît au moins aussi vaine ; quant à l'idée de faire figurer à cette place, non pas un personnage sacré, avec les traits particuliers d'un personnage réel et vivant, mais bien ce personnage lui-même, elle nous paraît contre tous les usages et toutes les traditions^.
Cette discussion iconographique qui met en relief les qualités de portraits
1. Cal. Exp. rétrosp. 1900, n° 2C20, reproduit dans la Uev. de Cari ancien et moderne, 1900, t. VIII, p. 60.