Cf. abbé Bossebœuf, arl. cil., p
P. ViTRY. — Michel Colombe et la sculpture française.
presque le même coup de ciseau que dans certains détails du costume des autres Saintes Femmes]. De même, le modelé un peu lourd du torse rappelle exactement ce que nous voyons dans ces statues dont on voudrait séparer notre Madeleine. Au contraire, dans la seconde série des sculptures de Solesmes, chez les suivantes classiques qui environneront le Sépulcre de la Vierge, tout tendra à l'élégance, tout deviendra convention dans la figure, ainsi que dans les costumes qui n'offriront plus rien de réel ni de précis; la draperie à petit plis multiples et compliqués n'aura plus rien de commun avec celle-ci qui est toute voisine encore, dans sa largeur et sa souplesse, de la draperie gothique du xv^ siècle.
Cette simplicité qui nous frappe est voulue sans doute chez le maître de 1496. Pour distinguer la Madeleine des autres Saintes Femmes, on la représentait d'ordinaire la tête nue, les cheveux pendants, tandis que les autres figures étaient chargées de coiffures compliquées ou de voiles sévères ; elle portait en général des costumes d'une richesse extraordinaire. Le sculpteur ayant ici donné une parure très somptueuse à tous ses personnages a voulu sans doute distinguer la pécheresse en lui prêtant un appareil très simple, très humble, qui s'harmonisât avec la modestie et l'humilité de l'attitude qu'il concevait pour elle.
Il n'y a donc aucune espèce de raison, selon nous, de placer l'exécution de ce morceau admirable aux environs de 1550, ni de l'attribuer, comme a fait M. l'abbé Souhaut, à l'école des Richier, fut-il même constaté, et ce n'est pas le cas, que ceux-ci sont venus à Solesmes pour l'exécution des groupes subséquents.
Il serait plus naturel, et on le fait presque toujours, de regarder les deux soldats debout de chaque côté du Sépulcre comme étant sortis d'une main ou d'un atelier différent. On les considère un peu comme des hors-d'œuvre de même style et de même origine que les pilastres à arabesques*. Nous ne sommes pas, pour notre part, absolument certain de la légitimité de cette exclusion.
D'abord, au point de vue iconographique^, ce sont bien suivant le type traditionnel, deux des soldats chargés de garder le Sépulcre du Christ. On
1. On retrouve aussi dans les rochers formant terrasse sur lesquels elle est assise, un parti pris d'arrangement identique à celui des autres figures, ce qui semble bien prouver qu'elle a été faite à tout le moins en même temps et sous la même direction.