‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 155 sur 305 · Palustre, Ren. en France, III · texte numérisé non relu

Palustre, Ren. en France, III

3. Nous laisserons de côté les imaginations de M. Cartier, qui veut voir ici soit des soldats convertis au Calvaire, comme le Centurion et Longin, cl venus pour assister à rensevclissemcnt, soit deux seigneurs du temps de Charles Mil, revenant d'Italie et ayant désiré figurer dans cette scène avec les brillantes ai mures rapportées de Naples ou de Florence.

L ART DE SOLESMES

représente ces soldats d'ordinaire couchés, endormis devant le tombeau, surtout en Allemagne et en Flandre, et dans la région de l'Est de la France, à Pont-à- Mousson^ par exemple. Ceux que l'on voit cependant, à Auch, sont debout, de même ceux qui figurent à Châtillon-suj'-Seine, dans le sépulcre de saint Vorle

Il nous est difficile de juger du caractère de leurs visages, car ils sont l'un et l'autre très mutilés, et c'est surtout celui de leur harnachement qui nous frappe. Or, il est certain que la forme de ces cuirasses à lambrequins est en partie empruntée à l'antiquité. Est-ce une raison pour déclarer que le travail est italien? Remarquons d'abord que le souvenir de cette forme du vêtement militaire romain ne s'était jamais complètement perdu pendant le moyen âge ~ ; de plus, par les miniaturistes, par Fouquet et son atelier, quelques types de costumes italoantiques avaient pu déjà se répandre chez nous. Ici du reste ce harnachement antique, très interprété et singulièrement défiguré, est bien loin de la réalité archéologique. Il est même très loin de ce qu'un Italien eût pu faire à la même date, de ce que va faire par exemple Lorenzo da Mugiano pour son Louis XII de Gaillon représenté en cuirasse antique, de ce que faisaient ou avaient fait Mantegna dans ses fresques ou ses gravures, Andréa Riccio dans ses petits bronzes ^, Michelozzo dans sa porte de Milan, Donatello lui-même dans les bas-reliefs où il introduisait des figures costumées à l'antique ^ Dans toutes ces représentations italiennes, le thorax et les lambrequins étaient identiques à ceux des statues romaines, quelquefois même chargés de bas-reliefs comme dans certaines

Solesmes. — Un des soldats du Sépulcre. D'après le moulage du Trocadéro.

1. La vigoureuse tête bourguignonne de soldat casqué au Musée de Toulouse doit provenir d'une figure de ce genre.

2. Il y en a des exemples dans la sculpture de nos cathédrales du xni^ siècle (notamment dans le tympan du portail sud de N.-D. de Paris et au revers de la porte principale de la cathédrale de Reims).

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