‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 157 sur 305 · Bossebœuf, art. cil., p · texte numérisé non relu

Bossebœuf, art. cil., p

l'art de solesmes

à la même époque, à leur rôle d'ornemanistes. C'est eux sans doute qui dictèrent la forme du sarcophage classique avec ses mufles de lion, ainsi que le dessin du vase de la Madeleine et de celui d'une des Saintes Femmes, où court une frise de palmettes renversées que nous retrouvons exactement parmi les arabesques des pilastres. Tout ceci est du reste de pur hors-d'œuvre et n'altère en rien ce que nous avons établi plus haut du style de l'ensemble qui demeure profondément gothique et national.

Les auteurs du Sépulcre.

Mais il serait temps de nous demander qui sont ces maîtres italiens, ou français, dont nous n'avons pas encore jusqu'à présent, et pour cause, cherché à pénétrer la personnalité.

Pour les Italiens, Palustre a affirmé à plusieurs reprises ' que ce ne pouvait être, étant donné le style des morceaux exécutés par eux, que les deux tailleurs de maçonnerie antique italiens, employés avec Michel Colombe au tombeau de Nantes, et il en a tiré son principal argument pour attribuer le sépulcre au maître tourangeau. Cette ressemblance de style est loin de nous avoir frappé, lorsque nous avons étudié tout à l'heure ces divers morceaux, et, à son défaut, ce serait un véritable cercle vicieux que de prouver la présence à Solesmes de Jérôme de Fiesole par celle de Michel Colombe, et celle de Michel Colombe par celle de Jérôme de Fiesole. Fn dehors de Jérôme de Fiesole, nous avons mentionné également quelques autres décorateurs italiens, Pacherot par exemple, qui seraient susceptibles d'être venus à Solesmes, mais rien ne nous prouve jusqu'ici que ce soit les uns plutôt que les autres, et il faut attendre la découverte de quelque texte pour nous fixer sur l'identité de ces Italiens qui vinrent travailler à Solesmes.

Est-on plus renseigné sur celle des imagiers français? Il ne nous semble pas En général, pourtant, on a vm peu moins battu la campagne à propos de ces sculptures, qu'à propos de la seconde série des saints de Solesmes, poijr lesquels les attributions les plus variées et les plus fantaisistes se sont succédé. Ici, presque tous les auteurs qui se sont occupés de la question, se

d. Ren. en France, III, H7, 142-3, et Arch. de la Ren., p. 149.

2. Il ne faut tenir aucun compte de la tradition rapportée par un manuscrit de Dom Germain (xvii« siècle), attribuant toutes les sculptures de Solesmes à Germain Pilon et à deux élèves de Michel-Ange 11). On a supposé à Germain Pilon un père sculpteur comme lui, mais c'est une simple tradition. (Cf. Dom Piolin, Recherches sur les artistes qui ont exécuté les sculptures de l'église abbatiale de Solesmes, Revue de l'art chrétien, 1877, p. 40G-430.) La vraisemblance provenant du fait de la naissance de Pilon à Loué (Sarthe) n'existe même plus depuis que ce fait même a été contesté et que l'on a prouvé que Pilon était né à Paris.

sont acharnés à démontrer comme nécessaire l'attribution de l'œuvre à Michel Colombe; c'est presque un fait acquis pour certains d'entre eux, et pourtant les arguments proposés sont en général si faibles qu'on est tenté dès le premier abord de prendre le contre-pied de la démonstration.

Nous rencontrons d'abord l'argument de Palustre dont nous parlions tout à l'heure, tiré de la soi-disant ressemblance de la décoration italienne; nous avons vu ce qu'il en fallait penser, remarquons de plus qu'il repose sur ce postulat que, du moment que Michel Colombe est censé avoir travaillé côte à côte avec certains Italiens en 1502-1507, il était déjà sûrement associé avec eux dix ans auparavant, à une époque où les Italiens étaient beaucoup moins nombreux en France et où ses futurs associés n'avaient peut-être pas encore franchi la frontière.

Il y a aussi l'argument historique dont nous avons parlé en commençant qui suppose, sans preuve absolue, que le roi aurait pris une part importante dans les travaux, et qu'il n'aurait pu choisir, pour les diriger, que Michel Colombe, attendu que dans la suite celui-ci sera désigné comme tailleur d'images du roi. Or, rien ne nous prouve que le sculpteur ait eu ce titre ou cette fonction dès cette date ; il faut de plus se rendre bien compte de ce que signifiaient ces titres à une époque où la centralisation et l'organisation futures étaient à peine commencées.

On a invoqué enfin un argument qui repose sur un contre-sens évident. Un texte que nous étudierons plus tard nous donne l'indication de la commande faite à Michel Colombe, pour l'église de La Rochelle ' (1507), d'un sépulcre qui, hélas ! a disparu, et dont le seul aspect nous eût permis sans doute de trancher la question qui nous occupe. Or, ce texte contient à propos de certains détails exigés du sculpteur cette formule « de la sorte et manière que le cas le requiert et qu'il est accoutume' faire en tel cas », cet il, qui dans la langue du temps est évidemment neutre, a été pris pour un masculin; on l'a fait rapporter à Michel Colombe ; on a donc représenté celui-ci comme habitué à sculpter des sépulcres et comme ayant par conséquent exécuté certainement celui de Solesmes '-. Comme ce texte est assez circonstancié, on a pu appliquer tous les détails fournis par le marché de l'œuvre perdue à l'œuvre existante et l'on a ainsi constitué ime histoire très documentée, mais reposant sur une bien faible base, de l'exécution du tombeau de Solesmes^.

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