Il a été relégué depuis au dehors
5. Il existait au Mans, avant les guerres de religion, un monument très important, qui aurait peut-être pu nous renseigner sur la valeur et le style des écoles de sculpture locales contempo-
L ART DE SOLESMES
encore au Mnns, au Musée de la reine Bérengère, deux Lurrons crucifiés en pierre, qui rappellent ceux de Solesmes, bien qu'infiniment plus contorsionnés et sans doute assez postérieurs*. Mais il nous est impossible de reconnaître quoi que ce soit qui ressemble même aune simple tradition venue de Solesmes dans deux ensembles de sculptures du premier quart du xvi'' siècle, situés dans la même région.
Le premier est un retable qui se voit dans la chapelle des Alignés ~ (Sarthe). Ce retable en pierre comprenait une partie peinte représentant un Calvaire encadré d'une bordure de feuillage sculpté d'un assez bon style gothique^; et, au-dessus, trois statues petite nature, dont deux subsistent seules^. C'est d'abord une Vierge debout, portant l'enfant habillé sur le bras droit, qui nous donne dans l'inscription naïve de son manteau bordé de lettres, la date de l'exécution, 1519. La figure est, du reste, extrêmement lourde et rustique; couronnée, et les cheveux pendants, elle nous fait penser à certains de ces types franco-flamands de la fin du xv*^ siècle, que n'a pas touchés l'influence du style nouveau. Le saint Joseph qui l'accompagne, avec l'enfant debout à côté de lui^, est de facture plus habile, très précise, mais encore un peu lourde et compliquée. On y sent un esprit de réalisme minutieux, pittoresque, anecdotique, sans rien de l'ampleur de style que nous avons constatée à Solesmes.
raines du Sépulcre de Solesmes. C'était le fameux jiiIj/' construit dans la catliédralo j)ar Philippe de Luxembourg, cardinal en 1497, et qui mourut en 1519. 11 fut détruit par les protestants en 1502, et il ne nous en reste plus qu'un dessin, relevé, du reste, plutôt que projet du monument. D'après ce document ancien, conservé aujourd'hui au Musée archéologiciuc du Mans et en partie mutilé (il a été publié en 1875, d'apiès des calques, par M. Iliiclier), le jubé comprenait à sa hase plusieurs tombeaux, un enfeu abritant un reliquaire, deux autels et, répandues un peu partout, une (juanlité de statues : c'était une œuvre entièrement gothique, couverte d'une décoration très riche, un peu surchargée même à la flamande. La plupart des statues semblent, d'après le dessinateur, avoir présenté des plis cassés et durs, des types brutaux et des expressions violentes, et ces caractères nous feraient croire ici à une influence ou à une direction fiamande. Pourtant quelques statues, les principales, celles qui ornaient les deux autels, et notamment, à gauche, la Noire-Dame de Pilié, le saint Grégoire et le saint Jérôme, paraissent d'un style beaucoup plus calme et plus adouci. Peut-être, mais ceci n'est qu'une hypothèse, la partie architecturale et décorative aurait-elle été l'œuvre d'artistes étrangers appelés du nord, tandis que les grandes statues auraient pu être commandées à quelque atelier comme celui qui travaillait à Solesmes. Il est bien difficile, en tous cas, d'en juger aujourd'hui, ne possédant plus les originaux.
1. De plus, leur provenance est extrêmement incertaine, comme celle de la plupart des objets qui composent cette collection, et l'on ne saurait affirmer, à coup sûr, être en présence d'œuvres locales.
2. Commune de La Chapelle d'Aligné, entre La Flèche et Sablé. Cf. abbé Charles, Guide au Mans, p. 336. Cette chapelle dépendait d'un petit manoir gothique et sort aujourd'hui de grange.
3. On voit au Musée Saint-Jean, à Angers, une peinture analogue formant retable : elle représente une Mise au Sépulcre et provient d'Elriché (Maine-et-Loire).