‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 166 sur 305 · Cf. plus loin, chap. XI et XII · texte numérisé non relu

Cf. plus loin, chap. XI et XII

Mais entre les Bourguignons et Jean de Chartres, il y a place pour tout un développement d'art : c'est justement celui qui nous intéresse ici. Dans quelle mesure Michel Colombe ou des artistes de son groupe purent-ils y collaborer? Nous n'en savons absolument rien. Constatons seulement que

c'est exactement dans le même esprit que l'on travaillait alors à Moulins et à Tours.

On voit à Souvigny^ à côté des œuvres franchement bourguignonnes que nous avons signalées, une statue malheureusement très mutilée, qui devait représenter soit un saint Pierre^ soit un Père éternel assis. Le personnage était vêtu d'une chape pontificale ornée d'orfrois brodés et décorée de ces grands dessins à ramages qui sont comme ciselés dans la pierre et ressemblent à ceux des magnifiques étoffes brochées dont sont revêtus les statues de Solesmes. Il devait être très proche également de celles-ci par l'ampleur sans exagération des plis du vêtement, et par ce que l'on entrevoit de la dignité simple de l'attitude.

Dans la même église, une petite sainte Madeleine est encore vêtue d'étoffes de ce genre. Mais par le caractère trapu de ses proportions, de même que par la lourdeur accablante de sa draperie, celle-ci est bien encore dans la tradition de l'école bourguignonne, malgré la grâce voulue de sa figure et l'élégance déjà un peu recherchée de son attitude.

Nous nous éloignons davantage de cette école avec des œuvres comme le saint Jean-Baptiste du Musée de Moulins, dont le type est encore tout gothique, mais dont la vigueur atténuée n'est pas sans quelque fadeur Si

Moulins. Musée. — Vierge.

(Marbre.)

i. Exp. rc/rosp. 1900, n° 4654. — Une tète d'évèque, provenant du môme Musée, figurait aussi à cette exposition. Par son caractère réaliste très accentué, celle-ci nous parait devoir être rattachée à un art quelque peu antérieur.

l'art de solesmes

les types un peu rudes, comme celui du Précurseur, perdent nécessairement à cet adoucissement du style, les sujets gracieux, tels que celui de la Vierge et de l'enfant, y gagnent au contraire infiniment. C'est une œuvre tout à fait charmante que cette petite Vierge en marbre du Musée de Moulins^, dont le grand manteau aux plis copieux, aussi scrupuleusement étudiés sur le revers que sur le devant, indique assez l'origine bourguignonne. Toutefois, son petit corsage délicat entrevu par l'entrebâillement du manteau, son geste discret, son expression naïve et douce, la joliesse surtout du petit, tout frisé et réjoui, qui appuie son bras sur le sein maternel, en font une œuvre très marquante dans cette histoire de la détente bourguignonne.

Nous avons noté ailleurs, avec la Vierge de Riom, par exemple, la persistance de certaines habitudes et même d'un style purement gothique, qui se laisse d'autant plus facilement pénétrer par l'esprit nouveau que cet esprit n'est qu'une légère transformation de ses qualités propres. Nous allons trouver quelque chose d'analogue en Bourbonnais. La Vierge de Sainl-Gérand-de-Vaux~, debout et allaitant l'enfant, nous montre en effet des draperies moins épaisses que celles des statuettes de Moulins ou de Souvigny, et beaucoup plus proches des habitudes du xiv^ siècle. L'enfant nu tette gloutonnement ; mais le caractère de la figure de la mère pleine et douce, un peu plate, encadrée dans des bandeaux de cheveux tombants est très proche déjà, par son charme simple, de ce que nous pourrons trouver plus tard dans la pure école de la Loire.

1. Exp. rétrosp. 1900, n" 4656. — Calai. Mus. Moulins, n° 420. La provenance exacte n'en est pas indiquée.

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