‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 167 sur 305 · Moulage au Musée de Moulins, Calai., n" 42i · texte numérisé non relu

Moulage au Musée de Moulins, Calai., n" 42i

Saint-Gérand-de-Vaux. — Vierjje.

[D'après un moulage du Musée de Moulins.)

C'est exactement le même caractère de physionomie, avec une simplicité et un naturel encore plus grands dans le vêtement comme dans Tallure générale, que nous remarquons dans un charmant groupe de l'église de Souvigny, représentant une femme assise avec deux petits enfants, dont l'un est assis sur

ses genoux, l'autre debout à sa droite ; les enfants sont habillés tous deux de longues robes et jouent avec un petit animal, peut-être un agneau. Au premier abord, ce groupe fait penser à une Sainte Famille.

Mais nous ne connaissons aucun exemple de ce sujet habituel aux Italiens de la Renaissance classique, et à leurs disciples, traité par un artiste gothique.

Or, il ne saurait être question ici de style italianisant : le costume de la femme, simple mais absolument vrai, avec le caractère encore très gothique des plis, nous en assure ; de même les deux gamins, avec leurs longues tuniques et leurs tètes de petits paysans de chez nous, nous font penser à ceux qu'a représentés Fouquet dans sa miniature des Trois Maries \ ou bien encore à ceux si ingénus et si naturels de Quentin Metsys dans le triptyque de sainte Anne du Musée de Bruxelles. Le groupe provient peut-être même, selon nous, de quelque ensemble analogue à ceux représentés par Fouquet ou Quentin Metsys, les trois Maries ou la parenté de sainte Anne, et il faudrait peut-être voir là l'une des familles entourant celle de la mère du Christ. Quoi qu'il en soit, l'œuvre est extrêmement typique, par ce que l'on y remarque de délicatesse et de réalisme, de simplicité et de charme.

Souvigny. — Groupe. (Marbre.

d. Feuillet détaché du Livre d'heures d'Etienne Chevalier, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. — Cf. Lepricur, liev. de l'Art ancien et moderne, 1897, I, p. 30.

l'art de solesmes

C'est pour nous à cette école du Bourbonnais, et par cet intermédiaire à l'école de la Loire, qu'il convient de rattacher une œuvre charmante qui a été mise en lumière par M. Thiollier, la Vierge en bois de V Ilôpital-soiis- Rochefort, en Forez. M. Thiollier l'a publiée avec deux autres statues très importantes également, celles de saint Galmier et de Saint-Marcel d'Urfé, et il a cru pouvoir dater ces quelques statues, malgré la pénurie de renseignements où nous sommes sur leur compte, des environs de l'année 1500'.

Mais ces œuvres, assez dissemblables et très isolées, ne sauraient représenter la production d'une école vraiment locale -, et nous verrons aussi plus tard la différence qu'il y a à faire, selon nous, entre la Vierge de l'Hôpital-sous- Rocheforl, qui est encore d'un style large et plutôt dans l'esprit du xv*^ siècle, très simple, bien qu'attendri et charmant déjà, et les deux autres qui sont infiniment plus compliquées, plus précieuses, et rappellent bien plutôt ce que nous trouverons vers 1510-1520, soit en Touraine, soit en Champagne^.

La Vierge de V IIôpital-sous-Rochefort, par tous ses caractères, nous paraît pouvoir se placer immédiatement à côté de la Vierge d'Autun, de M. Bulliot, et des sculptures de Souvigny et de Moulins, à mi-chemin entre les œuvres de style bourguignon adouci et les œuvres de style purement gothique continué. Elle a la tête nue et les cheveux tombants. Son costume très simple, sans ornements, participe encore de la grande draperie bourguignonne, mais il est souple, laineux, à grands plis, sans avoir la prétention et la virtuosité

L'II("i[)ilal-sous-Hocliefort. — A'iergc.

(Bois.)

1. Thiollier, Sculptures foréziennes de la Renaissance, Gaz. des B.-A., 1892, 3° série, t. VII, p. 496-305; Art et Archéologie dans le département de la Loire, 1898, pl.

2. Nous nous en sommes rendu compte par nous-mêmes en leur cherchant vainement des analogues dans la région ; les œuvres que Ton rencontre à côté, à Vernay, à Grezolles, à Saint-Laurent-sous-Rochefort, la Vierge même du portail de Montbrison, signalée par M. Thiollier, comme un point de départ, sont maladroites, lourdes et sans style.

Page 1