Cf. Marcel Reymond, Les Délia Bobbia, passim
2. M. Thiollier en a très justement rapproché le type d'une Vierge allaitant, de Moulins, sur laquelle nous reviendrons plus tard ; mais cette dernière, si le type choisi est le même, est beaucoup plus précieuse et contemporaine sans doute des Vierges de la Chira et de Saint-Galmier.
L ART DE SOLESMES
Avons-nous le droit d'attribuer à une école spéciale, ce groupe de sculptures de Moulins et des environs? Peut-être, si on l'étudiait avec plus de détail, pourrait-on découvrir là les traces de l'activité d'un ou de plusieurs ateliers locaux intermédiaire entre ceux de l'école bourguignonne et ceux de l'école tourangelle, ou plutôt contemporains des débuts de cette dernière. Une étude de l'art de cette région , plus approfondie que nous n'avons le loisir de le faire ici, pourrait seule nous en assurer.
Il conviendrait peut-être alors de rattacher à ce groupe certaines œuvres de même esprit, que l'on peut rencontrer à l'autre extrémité du département de l'Allier, en remontant dans la direction de Bourges et en se rapprochant par conséquent de la Loire.
La pièce la plus importante de cette série est une petite sainte Madeleine qui se trouve dans l'église Saint-Pierre à Montluçon. C'est une œuvre digne de prendre place à côté des statues foréziennes, ou des plus charmanles productions de l'école de la Loire. Elle porte encore un vêtement qui ressemble assez au surcot du XV*' siècle. Son manteau et sa robe tombent en plis souples et modérés. D'une main, elle tient son vase à parfums; de l'autre qui pend le long de son corps, elle saisit son manteau d'un geste coquet. L'exécution de ses jolies mains effilées est d'une délicatesse exquise. Le modelé du jeune Montuivon. Église Saint-i'iene.
„ «, T « , 1 Sainte Madeleine.
corps tluet apparaît discrètement sous le
corsage collant. Quant au visage, avec son petit nez légèrement retroussé, ses yeux en amande, il a encore un léger accent de réalisme à la Fouquet et une nuance locale très savoureuse que nous trouverons tout à l'heure, avec un peu moins de finesse peut-être et moins de tendance à la mièvrerie, dans une petite sainte Madeleine des bords de la Loire'.
1. Il existe une sainte Madeleine du même type a Sainf-Hilaire-la-Croix (Puy-de-Dôme). Sans avoir la même grâce, elle peut se rattacher cependant à la même série. Une autre figure analogue, qui provenait aussi du centre de la France, figurait dans la collection Stein. L'attitude, le geste étaient à peu près identiques. Mais la figure, dans son ensemble, était plus lourde dans ses proportions et plus vulgaire dans son expression. Elle était aussi plus compliquée dans son costume très précis et réaliste, avec des crevés aux manches, des broderies au bord du corsage, et comme coiffure un petit bonnet également brodé. La petite sainte Madeleine en ivoire, de la collection
Cette charmante statuette n'est pas al)solument isolée à Montluçon. D'autres œuvres, crexéeution moins fine et moins séduisante, nous expliquent sa nature et son origine. C'est, par exemple, à l'église Notre-Dame, nn saint Jean dont le type reste gothique, mais qui, de même que celui de Moulins, est légèrement affadi. Dans la même église, une Notre-Dame de Pitié, qui paraît bien être sortie du même atelier que la Madeleine, nous montre une figure toute gracieuse, qui s'efforce d'être dramatique et douloureuse sans y réussir tout à fait. Les mains jointes sont effilées et d'une exécution délicate comme dans la
Madeleine. L'anatomie du Christ est excellente ; il est même moins raide et moins conventionnel que dans les Pitiés bourguignonnes de Solesmes ou de Dierre. La draperie, toutefois, est encore assez épaisse et le manteau couvre la tête d'un bourrelet légèrement disproportionné par- dessus la guimpe qui enserre le petit visage
Quelques fragments de sculpture du Musée de Bourges, peu nombreux, du reste, intermé-
Moissac. — Pitié. (Pierre peinte.) .
diaires entre les sculptures d esprit franco-flamand de l'hôtel Jacques Cœur et les réfections italianisantes du portail de la cathédrale, continuent la série de ces œuvres de transition.
Il est bien difficile de donner une dale précise pour toutes ces œuvres d'importance secondaire et qui n'ont pas d'histoire. Il nous semble bien, cependant, en les étudiant dans leur esprit et dans leur facture, y reconnaître une inspiration générale et des qualités de style très analogues à ce que nous a révélé l'analyse du monument capital de Solesmes, et il nous paraît assez légitime de les grouper aux environs de la date de 1496.
Il en est exactement de même pour un certain nombre de monuments que nous rencontrons dans des régions très diverses et souvent assez éloignées de
André {Exp. réirosp. 1900, sans n"), nous présente également un type tout à fait identique dans son geste discret et son e.xpression adoucie et souriante. On y relève, d'une part, des indications de costume assez compliqué et luxueux, qui annoncent bien le xvi" siècle; d'autre part, dans le bas de la figure, des formules de plis qui sont encore tout à fait du xiv" siècle.
1. Nous avons rencontré une Pitié du même genre à La CMlre, et une autre plus prèsde Bourges, à Sainl-Janvrin, à côté de Châtoau-Meillant ; celle-ci est acompagnée de deux statuettes, un saint Pierre et un saint Jean l'Evangéliste, traités dans le même sentiment.
l'art de solesmes
notre vallée de la Loire. C'est le même mouvement de détente qui s'y manifeste, sans que l'on puisse jamais affirmer avec certitude que l'influence italienne en est la véritable cause.
Ainsi, dans le Languedoc, certaines de ces sculptures de Toulouse, dont nous avons mentionné plus haut le caractère nettement bourguignon, présentent déjà des traces d'adoucissement notable. De plus, on rencontre à côté de celles-ci toute une série de sculptures dont le type, ainsi que le caractère général, est encore gothique, mais qui sont déjà d'une élégance très raffinée. L'un des morceaux les plus caractéristiques qui, par extraordinaire, porte une date précise, est la Pitié de Moissac, dédiée en 1476. La Vierge y est d'un type très particulier, local peut-être, assez différent, en tous cas, des visages ronds à la Michel Colombe, à la Bourdichon ou à la Gérard David ; la figure est mince, le nez droit et assez long, la bouche petite, les sourcils très élevés ; on y voit paraître cette même grâce fine et douce, un peu mièvre déjà, qui atteint son plus haut degré dans le célèbre buste-reliquaire de Sainte-Fortunade (Corrèze).
C'est le même type de femme que l'on rencontre dans toute une série de Sépulcres exécutés dans cette région, dont le principal est celui de Saint-Jacques de Monestiès, qui fut exécuté pour le château de Combéfa, résidence de Louis l^^ d'Amboise, évêque d'Albi, et peut dater des environs de 1490 ^ ; celui de Rodez, dont l'ensemble est très
inégal, présente, à côté de gaucheries et de rudesses inouïes, certaines figures qui ont un caractère de finesse charmante et très proche de celui de la Pitié de Moissac.
Collection Cliabrière-Arlcs. — Sainte Femme. (Bois peint et doré.)
1. Cf. E. Jolibois, La Mise au tombeau de Saint-Jacques de Monesliès, près Carniaux, Album des monuments et de l'art ancien du Midi de la France, t. I, p. 64-65, pl. XXI-XIII. Nous connaissons quelques groupes de la Mise au tombeau, de petite taille, il est vrai, mais d'un type très proche de
Ce type, enfin, n'est pas sans rapports avec celui de la petite Sainte Femme en bois de la collection Chahrière-Arlès Quelle est l'origine exacte de cette
statuette? nous n'en savons rien, Estelle flamande, comme certains le prétendent, appartient-elle à cette école française méridionale dont certains caractères la rapprochent à notre avis ? Quoi qu'il en soit, elle répond parfaitement à la nuance de l'art contemporain du sépulcre de Solesmes. C'est la même finesse précise dans l'exécution, celle du visage et des mains en particulier, la même discrétion dans l'expression du sentiment. Debout, les mains jointes, la physionomie douloureuse, mais sans grimaces, cette Marie- Marthe ou Marie-Madeleine compatit profondément au drame dont le dernier acte devait se dérouler devant elle, mais sans un geste, sans un cri, sans rien qui dépasse la mesure, qui rompe l'harmonie. Or ce sont exactement les qualités que nous avons déjà eu l'occasion de relever dans les meilleures figures du célèbre sépulcre.
En Normandie et en Champagne, il faut, pour trouver des œuvres équivierge. valeulcs OU du moius analogues à celles de Solesmes, descendre un peu dans le temps ~ ; mais, un peu plus tôt ou un peu plus tard, c'est toujours la
Verneuil. Église de la Madeleine.
(Pierre peinte.)
celui-ci : l'un se trouve à Paris, clans l'église saint Louis-en-l'lle et provient des collections de l'abbé Bossuet;un autre à Folleville (Somme), où il a été apporté récemment par un curé qui avait longtemps séjourné à Albi. Les personnages masculins en sont assez peu significatifs, assez affadis, mais les femmes ont la même grâce subtile et délicate.